À la signature du mémorandum visant à mettre fin au conflit israélo-américain contre l’Iran, le 17 juin, quatre pays se sont imposés comme les incontournables intermédiaires des négociations: le Pakistan, le Qatar, l’Égypte et la Turquie. Tous les quatre sont essentiels à la bonne réussite des négociations, alors que les détails de l’accord doivent encore être définis; chacun occupe sa propre place et poursuit ses propres objectifs.
Tous les quatre sont essentiels parce que, d’un côté, certains «historiquement ont des relations privilégiées avec l'Iran et de bons contacts avec des amis des États-Unis, comme le Qatar», explique Jonathan Piron, spécialiste de l'Iran et du Moyen-Orient, chercheur au sein d’Etopia et professeur de relations internationales contemporaines à l’école HELMo (Liège). D’un autre côté, «d'autres pays ont été poussés en avant, comme le Pakistan, parce qu'ils permettaient de rassurer les différentes parties sur leur neutralité et d’apparaître comme les médiateurs les plus adéquats. Et après, chacun a aussi essayé de faire avancer sa propre diplomatie pour tenter de sortir gagnant de la situation», poursuit-il.
Le Pakistan: le grand inattendu
«Le Pakistan, c'est plus nouveau, un peu inédit», raconte David Rigoulet-Roze, docteur en sciences politiques, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique, chercheur associé à l'EISMENA et rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques.
D'après l'analyse du Council on Foreign Relations, le Pakistan avait, par le passé, peu de partenaires au-delà de la Chine. Islamabad a commencé à exercer une influence régionale et mondiale grâce à deux changements clés. D’une part, les relations entre les États-Unis et l’Inde se sont détériorées. D’autre part, l’administration Trump a montré qu’elle n’était pas préoccupée par la nature autoritaire du régime pakistanais.
Entre-temps, le Pakistan a renforcé sa puissance militaire, rappelle David Rigoulet-Roze: «Le Pakistan, puissance nucléaire, est le voisin de l'Iran et, effectivement, il y a eu des relations parfois compliquées. Mais surtout, il y a une chose intéressante qui est sous-évaluée: le Pakistan a un accord de défense avec l'Arabie saoudite depuis septembre 2025». Cet accord n’est pas anodin puisque, pendant cette guerre, «le Pakistan a envoyé 8.000 hommes sur le territoire saoudien, une douzaine d'avions et des systèmes antimissiles».
Ces éléments ont permis à Islamabad de faciliter, en avril, les pourparlers de plus haut niveau entre l'Iran et les États-Unis depuis 47 ans. «Il a offert ses services aux deux parties. Le maréchal est bien vu par Donald Trump, et les Pakistanais sont bien vus par les Iraniens, puisqu'ils entretiennent des relations sécuritaires, par intérêt bien compris, dans la région instable frontalière du Baloutchistan», explique David Rigoulet-Roze.
Le Qatar: la force de la géographie ambiguë
Grâce au consensus régional en faveur d’une fin de la guerre et à sa réputation diplomatique reconnue, le Qatar est entré dans la sphère des discussions. Au cœur des tensions provoquées par les missiles lancés par l’Iran contre les pays du Golfe, il n’a pas bouleversé la donne. «Jouer le rôle d'intermédiaire a toujours fait partie de sa politique de souveraineté. C’est la manière dont le Qatar parvient à éviter des situations qui compromettraient son indépendance», souligne Jonathan Piron. «Aussi, il faut continuer à négocier avec l'Iran. (...) Il y a la réalité géographique qui s'impose, surtout parce que le Qatar partage avec l'Iran le grand champ gazier de South Pars/North Dome», ajoute-t-il.
Dans le même sens, David Rigoulet-Roze affirme: «Le Qatar, comme Napoléon le disait, a la politique de sa géographie. Le Qatar partage le plus grand champ gazier du monde avec l'Iran. Et en même temps, le Qatar héberge la plus grande base américaine. Donc, il y a une espèce d'ambivalence. L'ADN du Qatar, c'est l'ambiguïté. C'est à la fois sa force et sa faiblesse».
En effet, selon Jonathan Piron, si l’Arabie saoudite a commencé à dérouter une partie de ses exportations d'hydrocarbures vers la mer Rouge, pour le Qatar, compte tenu de sa géographie et des infrastructures existantes, cela est impossible. C'est pourquoi «il faudra s'entendre avec le régime iranien de ce côté-là, pour pérenniser l'exportation du GNL par méthaniers».
La présence discrète de l’Égypte et de la Turquie
L’Égypte et la Turquie ont maintenu une position plus discrète, mais ont été incluses comme observateurs concernés.
L’Égypte, car «il y a la question du Liban, il y a la question d'Israël», poursuit David Rigoulet-Roze. En outre, elle doit préserver son amitié avec les pays du Golfe, dont les financements sont essentiels à son économie, fragilisée par le conflit régional. «L'Égypte, évidemment, est un poids lourd régional», poursuit-il. Mais, comme pour le Qatar, la géographie s’impose: «L'Égypte fait partie du Machrek, mais elle est plutôt située au Proche-Orient qu'au Moyen-Orient. C'est pour cela que l'Égypte n'est pas habilitée à traiter des questions du Golfe».
De son côté, la Turquie «a pu jouer un rôle de facilitateur et de soutien, notamment auprès du Qatar, parce que les relations entre la Turquie et le Qatar sont importantes. La Turquie, c'est du back-office. Elle est en soutien de la diplomatie du Qatar, en réalité», affirme-t-il.
Les négociations encore à venir
Les négociations entre l’Iran et les États-Unis ne seront pas suffisantes pour satisfaire les intérêts de tous, car ils «avancent seuls dans les négociations sans inclure les autres, sur la question du nucléaire », explique Jonathan Piron. Ce que David Rigoulet-Roze précise: «Les médiateurs ont des intérêts très contrastés, mais ils seront tous, effectivement, obligés de trouver un modus vivendi avec l'Iran. Parce que l'Iran sera toujours là sur le long terme».
Pour les pays du Golfe, plusieurs questions restent ouvertes: «Est-ce que cela pourrait aussi aboutir à un accord entre les différents États du Golfe afin qu'ils tentent de se débrouiller ensemble et de relancer l'espèce de coopération régionale qui existe? Est-ce qu'il va y avoir un rapprochement un peu plus poussé avec Israël? Ou alors attendent-ils aussi une nouvelle situation politique aux États-Unis pour tenter de relancer des contacts?», énumère Jonathan Piron.
Il s’agit d’une situation que Jonathan Piron et David Rigoulet-Roze interprètent comme une «recomposition régionale», dont les contours restent encore flous, mais qui repose sur «la compréhension, finalement, qu'ils sont seuls, sur le constat qu'il leur faut prendre en main eux-mêmes, peu ou prou, leur stratégie de sécurité».
Par conséquent, en raison de cette solitude et de la diversité des intérêts, «on va peut-être assister à des négociations bilatérales entre les différents États de la région et l'Iran. Plutôt que d'avoir un grand accord régional, chaque État va essayer de négocier avec Téhéran afin de trouver la situation dans laquelle il s'en sortira le mieux», conclut Jonathan Piron.
Autrement dit, les négociations entre l’Iran et les États-Unis ne représentent que le début de la fin du conflit, avec de nombreux accords restant encore à écrire.



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