Depuis plusieurs semaines, les responsables américains multiplient les déclarations sur l'état de l'économie iranienne, qu'ils décrivent comme étant en chute libre. Le président Donald Trump a affirmé que l'Iran est «totalement en faillite» et évoqué une inflation qu'il a chiffrée à 300%.
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent, de son côté, a présenté la campagne de pression économique baptisée «Operation Economic Fury» comme l'équivalent financier d'une campagne de bombardements.
Washington mise désormais sur l'asphyxie économique plutôt que sur de nouvelles frappes militaires pour contraindre Téhéran à négocier sur son programme nucléaire et sur la réouverture du détroit d'Ormuz.
Des exportations pétrolières en effondrement
Le cœur de la stratégie américaine repose sur l'arrêt des exportations pétrolières iraniennes, principale source de devises de l'État. Selon des données de Capital Economics citées par le Wall Street Journal, ces exportations sont tombées à un niveau proche de zéro en juillet, contre 4,5 milliards de dollars en juin.
Homayoun Falakshahi, responsable de l'analyse du pétrole brut chez la société de suivi maritime Kpler, a précisé au Wall Street Journal qu'aucun pétrolier n'avait chargé de cargaison depuis le terminal de Kharg, principal point d'exportation du pays, ce mois-ci.
Le Trésor américain a de son côté indiqué que les chargements de pétrole iranien étaient passés de 1,8 million de barils par jour avant la guerre à moins de 500.000 barils par jour au cours du dernier mois. Les réserves flottantes iraniennes, qui servaient jusque-là de tampon face au blocus naval américain, sont également passées d'environ 180 millions à 60 millions de barils entre avril et début juillet, toujours selon Capital Economics.
Une contraction économique et une pauvreté qui s'étend
Nul ne peut nier que l’Iran est en pleine récession. Le Fonds monétaire international prévoit une contraction de 5,4% de l'économie iranienne cette année et une inflation approchant 69%. Le gouvernement iranien a pour sa part fait état d'un taux d'inflation annuel de 88,6%. Le Wall Street Journal évoque de son côté des prix du poulet en hausse de 190% sur un an et ceux du lait de 150%.
Au-delà des statistiques macroéconomiques, c'est la progression de la pauvreté qui inquiète le plus les analystes. L'économiste Ahmad Alavi, chercheur basé en Suède, a estimé auprès de DW qu'entre 3,5 et 4,5 millions d'Iraniens supplémentaires sont tombés sous le seuil de pauvreté depuis l'intensification du conflit ces derniers mois, portant le total à plus de 40 millions de personnes.
Selon lui, la guerre n'a pas créé la crise économique iranienne mais l'a fortement aggravée, le pays étant déjà entré dans le conflit avec une inflation supérieure à 40%, une monnaie affaiblie et des déficits budgétaires chroniques, a-t-il expliqué à DW. Il relève également que les salariés et les retraités, longtemps épargnés, basculent désormais eux aussi sous le seuil de pauvreté, faute d'une revalorisation des revenus suivant le rythme de l'inflation.
Hadi Kahalzadeh, chercheur au Quincy Institute et ancien responsable de l'Organisation de la sécurité sociale iranienne, va dans le même sens auprès du Wall Street Journal, estimant que la guerre pourrait au total détruire entre 2 et 3 millions d'emplois.
Une stratégie de survie plutôt que de relance
Face à cette pression, les autorités iraniennes cherchent à maintenir leur économie fonctionnelle à un niveau minimal plutôt qu'à la relancer. William Jackson, économiste en chef pour les marchés émergents chez Capital Economics, cité par le Wall Street Journal, décrit une panoplie de mesures : rationnement du carburant et de l'électricité, restriction de l'accès aux devises rares, financement par la planche à billets des salaires et des dépenses publiques, report des paiements et recours aux réseaux établis de contournement des sanctions.
Le pays a ainsi instauré un taux de change subventionné pour environ 3,5 milliards de dollars d'importations jugées essentielles, comme le blé, les médicaments et le lait infantile.
Pour Ahmad Alavi, cité par DW, les mesures gouvernementales de subventions, de contrôle des prix et d'intervention sur le marché des changes peuvent atténuer une partie de la pression immédiate, mais ne s'attaquent pas aux problèmes structurels du pays: sans rétablissement de la confiance, réduction des sanctions et résolution des problèmes structurels, ces politiques resteraient selon lui des réponses de court terme plutôt que des solutions durables.
Il ajoute que l'incertitude elle-même est devenue l'un des principaux freins à la reprise, les entreprises reportant leurs investissements et les ménages devenant plus prudents dans leurs dépenses face à la perspective d'une inflation persistante.
Reste que l'histoire n'offre aucune garantie qu'un effondrement économique entraîne une capitulation politique, souligne le Wall Street Journal, citant les exemples de Cuba après 1959 et du Venezuela plus récemment, où des gouvernements se sont maintenus au pouvoir malgré une crise économique profonde, grâce à la répression et au clientélisme.




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