Vers une véritable relation d’État à État entre le Liban et la Syrie?

Beyrouth, le 2 juillet 2026. Dans un geste présenté comme une étape de «réinstitutionnalisation» des relations bilatérales, le Liban et la Syrie ont signé, ce jour-là, un accord établissant une Haute Commission mixte libano-syrienne.

L’annonce, faite à l’issue d’une rencontre entre le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, et le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad el-Chaïbani, marque la mise en place d’un nouveau cadre de coordination entre les deux États, appelé à se réunir périodiquement au niveau ministériel afin de structurer la coopération dans des secteurs clés allant de l’énergie aux transports, en passant par le commerce et la sécurité.

D’État à État

Selon les déclarations officielles des deux pays, la Haute Commission mixte a été conçue comme un cadre permanent de coordination entre ministères libanais et syriens. Elle regroupera des responsables sectoriels allant des affaires étrangères, à l’énergie, aux transports, à l’économie et à la sécurité. Elle sera chargée de superviser la mise en œuvre de projets conjoints ainsi que la relance des accords bilatéraux existants.

Les domaines évoqués sont larges et traduisent une volonté d’aborder simultanément des dossiers clés longtemps restés en suspens. Il s’agit notamment de l’interconnexion électrique, la facilitation du transit terrestre, la régulation des échanges commerciaux, la coordination sécuritaire aux frontières et l’encadrement des flux transfrontaliers.

Pour régir ces relations, un principe fondamental a été mis en avant par les deux capitales. Ce principe est celui d’une relation «d’État à État», fondée sur le respect de la souveraineté, de l’indépendance et de la non-ingérence.

À ce sujet, l’avocat Saïd Malek estime que «la création d’une Haute Commission mixte entre le Liban et la Syrie intervient au bon moment et marque une tentative de tourner la page de l’ancien Conseil supérieur des relations libano-syriennes, mis en place dans les années 1990 dans un contexte profondément déséquilibré entre un État occupé et un État occupant». Interrogé par Ici Beyrouth, il considère qu’il s’agissait, à l’époque, «d’un contrat d’adhésion sans véritable équivalence entre les parties».

Il ajoute que la situation actuelle est fondamentalement différente, puisque «la nouvelle commission s’inscrit désormais dans un cadre de relations entre deux États souverains, appelés à coopérer dans le respect mutuel de leurs intérêts, notamment sur des dossiers essentiels tels que les frontières, la contrebande et la question des déplacés syriens».

L’expert constitutionnel et juridique souligne également qu’il est impossible de comparer cette nouvelle structure à l’ancien Conseil supérieur, qu’il considère comme relevant d’une époque révolue, estimant que la future commission devra jouer un rôle de simple pont entre Beyrouth et Damas, fondé sur une relation d’égalité entre deux États souverains.

Ainsi, la commission est présentée non comme une structure supranationale ou tutélaire, mais comme un mécanisme de coordination technique et politique destiné à rationaliser une relation bilatérale dense, composée de dizaines de traités et protocoles accumulés au fil du temps.

L’ombre du Conseil supérieur libano-syrien

Pour comprendre la portée réelle de cette nouvelle commission, il est impossible de faire abstraction de l’expérience institutionnelle qui l’a précédée et dont il a été question plus haut, à savoir le Conseil supérieur libano-syrien.

Créé dans le contexte de l’après-Taëf et de la fin progressive de la guerre civile libanaise mais aussi dans le sillage du traité de fraternité, de coopération et de coordination signé en 1991 entre Beyrouth et Damas, ce traité visait à encadrer les relations entre les deux pays dans une logique de coopération étroite.

Il avait donné naissance à un cadre institutionnel structuré, dont le Conseil supérieur constituait le cœur.

Dans les faits, cette instance était présidée au plus haut niveau politique et disposait d’un pouvoir de supervision très large sur les relations bilatérales. Elle coordonnait les grandes orientations économiques, sécuritaires et politiques et servait de cadre de validation des accords entre ministères.

Très rapidement, ce dispositif a été perçu au Liban comme le symbole institutionnel d’une relation profondément asymétrique. Dans le contexte de la présence militaire et politique syrienne au Liban jusqu’en 2005, le Conseil supérieur a souvent été considéré non comme un espace de coopération équilibrée, mais comme un instrument de gestion de l’influence syrienne sur les affaires libanaises.

Après le retrait des forces syriennes en 2005 et l’établissement de relations diplomatiques formelles en 2008 avec l’ouverture d’ambassades à Beyrouth et Damas, la pertinence même de ce Conseil a été progressivement remise en question. S’il n’a jamais été officiellement aboli, son rôle s’est largement estompé, laissant un vide institutionnel partiellement comblé par des contacts ad hoc entre administrations.

Aujourd’hui, c’est sur un point essentiel que se jouera la différence entre la Haute Commission mixte et l’ancien conseil. S’agira-t-il, dès lors, d’un simple cadre de coordination et de dialogue, sans capacité contraignante, ou deviendra-t-elle un mécanisme capable de produire des décisions exécutoires et de les suivre dans le temps ?

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