Un reportage de Janoubia, citant une source militaire libanaise, décrit un changement majeur dans la carte de déploiement du Hezbollah. Le sud du Litani ne serait plus le centre de gravité militaire du parti, mais une zone d'observation au dispositif allégé. 

L'essentiel des unités d'élite, dont la majeure partie de la force Radwan, aurait été transféré vers le nord du fleuve et la Békaa, avec des centres de commandement et des dépôts sensibles désormais concentrés dans le secteur dit «Badr». Zahrani deviendrait une ceinture logistique reliant le Sud à l'arrière-pays, tandis que la Békaa jouerait le rôle de profondeur stratégique pour reconstituer les capacités perdues durant la guerre.

Radwan, le fer de lance conçu pour la Galilée

Fondée en 2006 sous le nom d'Unité d'intervention rapide avec l'appui du Corps des gardiens de la révolution islamique, la force Radwan a été rebaptisée en hommage à Imad Moughniyé, figure historique du Hezbollah assassinée à Damas en 2008. Sa mission d'origine était centrée sur l'infiltration du territoire israélien, avec pour objectif prioritaire la conquête de localités civiles dans la région de la Galilée. 

Le centre de recherche israélien Alma, spécialisé dans le suivi militaire du Hezbollah, estimait à l'automne 2025, soit avant la reprise des hostilités de mars 2026, que l'unité comptait environ trois mille combattants opérationnels, auxquels s'ajoutaient plusieurs centaines de personnels de soutien, après avoir perdu 31 commandants supérieurs depuis le déclenchement du conflit en octobre 2023.

Le Hezbollah a divisé le Sud en trois zones

Interrogé sur ce constat, le général à la retraite Khalil Hélou juge le déplacement tout à fait logique. Selon lui, la pression israélienne s'exerce surtout au sud du Litani, notamment dans la zone qui surplombe le fleuve entre Arnoun et Nabi Chit, une région proche de la frontière où Israël aménage une zone tampon d'une profondeur de dix kilomètres, dépassant de fait le Litani. Cette pression, rappelle-t-il, ne date pas du 2 mars dernier mais du tout début des hostilités, ce qui rend logique un repli de la force Radwan vers le nord.

Le général Hélou avance par ailleurs une information plus précise: le Hezbollah aurait divisé le sud du pays en trois zones distinctes, une zone nord baptisée «Badr», dédiée au commandement, à la logistique et à l'appui, où seraient concentrés missiles, armes de gros calibre et drones, et deux zones au sud du Litani, dites «Aziz» et «Nasser». Il estime que l'information avancée par Janoubia est très probablement fondée, soulignant que ce média est généralement bien renseigné grâce à ses contacts directs avec les habitants du Liban-Sud.

La Békaa, chantier de reconstruction sous forte contrainte

Sur l'utilisation de la Békaa pour reconstituer les capacités perdues, Khalil Hélou juge également l'hypothèse logique. La région, plus éloignée de la frontière israélienne, en particulier sa partie nord autour de Baalbek, du Hermel et des collines proches de la frontière syrienne, est depuis longtemps soupçonnée d'abriter les missiles à longue portée du Hezbollah, pouvant atteindre 150 à 200 kilomètres. Des photographies de souterrains découverts, tant par l'armée libanaise que par l'armée israélienne au Liban-Sud, montreraient déjà des installations de fabrication de drones, de missiles et d'armements, un indice supplémentaire selon lui d'une logique de décentralisation de l'arsenal vers la Békaa, une zone moins visée que le Sud et la banlieue sud de Beyrouth.

Il apporte toutefois une réserve importante: quelle que soit l'ampleur de cet effort, le Hezbollah ne dispose plus de l'approvisionnement iranien dont il bénéficiait auparavant, alors que la fabrication d'armes ou de munitions nécessite des matières premières et du matériel technologique importé. Concernant les routes d'approvisionnement reliant la Békaa à Zahrani, il évoque des possibilités concrètes, notamment l'axe Damas-Békaa, resté libre de circulation, qui permettrait d'acheminer du matériel camouflé via Beyrouth, ainsi qu'un transit de Zahrani vers la zone de Badr, les Israéliens n'exerçant pas selon lui un contrôle hermétique sur les mouvements d'armes. 

Il insiste cependant sur le fait qu'il s'agit là de probabilités et non de certitudes, qualifiant ce type d'information de rumeur, généralement fondée sur des observations de terrain mais nécessitant des vérifications supplémentaires, notamment sur la nature précise et la quantité réelle du matériel produit.

D'une force d'attaque rapide à une force d'appui

Sur la doctrine de la force Radwan, Khalil Hélou apporte une correction de fond. Selon lui, la doctrine offensive fondée sur l'infiltration de la Galilée, telle qu'évoquée par Hassan Nasrallah et documentée par les services israéliens, n'était valable qu'avant 2020-2021. Initialement conçue pour protéger l'état-major et les dirigeants du Hezbollah, la mission de la force s'était ensuite scindée en deux axes, l'ouverture d'une brèche dans la frontière libano-israélienne d'une part, et le maintien d'une position en territoire israélien pendant plusieurs heures ou plusieurs jours d'autre part. 

Or, depuis 2023, il n'a jamais été démontré que la force Radwan ait tenté de franchir la frontière, seules des opérations d'embuscade, de tirs antichars et de drones ayant été observés. Cette doctrine d'infiltration serait ainsi abandonnée depuis longtemps par les observateurs sérieux.

Pour Khalil Hélou, la force Radwan a donc bien changé de mission: sa fonction principale au nord du Litani consisterait désormais à appuyer les positions situées au sud du fleuve, dans les zones de Nasser et d'Aziz. Il exclut qu'elle conserve sa nature d'unité d'attaque rapide, une telle unité nécessitant une liberté de mouvement qui l'exposerait directement à la surveillance des drones et des satellites israéliens. Il ne la considère pas non plus comme purement défensive, mais plutôt reconvertie en force d'appui.

Un repli qui n'a rien à voir avec l'accord du 26 juin

Interrogé sur ce redéploiement, l'analyste politique Marwan el-Amine écarte d'emblée tout lien avec l'accord-cadre signé le 26 juin entre le Liban et Israël. Pour lui, ce texte renforce précisément la légitimité de l'État libanais, un rôle que le Hezbollah rejette catégoriquement.

Le transfert de la force Radwan vers le nord du Litani traduirait plutôt un aveu de défaite militaire face à Israël, doublé d'une volonté de limiter les pertes et de consolider la présence armée du parti à l'intérieur du territoire libanais, dans le but de peser davantage sur la décision politique nationale.

Affaibli face à Israël, mais toujours maître du jeu à l'intérieur

Sur le rapport de force interne, Marwan el-Amine nuance. Si le redéploiement signale un affaiblissement militaire réel face à Israël, il ne s'est pas traduit par une perte totale d'influence à l'intérieur du pays, comme l'illustre le refus du Liban de condamner l'attaque houthie contre les installations pétrolières saoudiennes d'Aramco en 2019, sous la pression implicite du Hezbollah. Le Hezbollah n'a en revanche pas réussi à empêcher l'ouverture de négociations directes entre Beyrouth et Tel-Aviv, un développement qu'il rejette entièrement mais qui se poursuit malgré lui.

D’ailleurs, selon Marwan el-Amine, la menace existentielle pour le Hezbollah ne vient pas d'Israël, mais de la restauration de la souveraineté de l'État libanais. Une occupation israélienne du territoire ne menacerait pas l'existence du Hezbollah et pourrait même relégitimer son discours sur la résistance et les armes, alors qu'un État libanais fort et souverain fragiliserait directement son influence et celle de l'Iran au Liban.

 

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