Les négociations entre les États-Unis et l’Iran arrivent à leur terme. Il serait illusoire d’attendre, dans les semaines à venir, un revirement spectaculaire. Les principaux désaccords portent sur la gestion du détroit d’Ormuz, le respect du droit international de la mer, les attaques menées contre les États voisins, la fiabilité des accords bilatéraux signés entre eux, les sanctions financières, ainsi que les programmes de militarisation conventionnelle et nucléaire. Ces différends traduisent des incompatibilités de fond qui rendent toute réconciliation durable improbable. Ce constat ne surprend guère: il s’inscrit dans la continuité des quarante-sept années de la République islamique.
Chaque président américain a tenté de résoudre ce dossier sans parvenir à un règlement durable. Au terme de chaque mandat, les conflits ont été différés plutôt que résolus. Donald Trump reprend aujourd’hui ce dossier après deux séquences de confrontation militaire et une politique d’endiguement menée entre ses deux mandats. Les États-Unis semblent désormais réduits à une stratégie d’usure, combinant sanctions, pressions et frappes ciblées contre les infrastructures stratégiques permettant à l’Iran de poursuivre sa politique de coercition.
Quelle que soit l’évolution du conflit, la question centrale demeure celle du régime lui-même. La République islamique revendique une forme d’exception idéologique qui la place, selon sa propre logique, au-dessus des règles communes, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières. Cette posture explique sa politique régionale et internationale, fondée sur la subversion, l’intimidation et la projection de puissance.
L’état de terreur imposé à la société iranienne trouve son prolongement dans les réseaux de déstabilisation que le régime entretient au Moyen-Orient et au-delà. Les négociations actuelles ne font finalement que confirmer ce que l’expérience des quatre dernières décennies a déjà démontré.
Les accords conclus avec les États voisins n’ont jamais eu d’effet dissuasif sur un pouvoir résolument expansionniste. Les tensions autour du détroit d’Ormuz, les violations répétées du droit maritime et les attaques menées contre les pays de la région en témoignent. Plus révélateur encore est le fait que le régime continue de négocier le maintien de ses «plateformes opérationnelles intégrées», pourtant largement détruites par les opérations israéliennes consécutives au pogrome du 7 octobre 2023. L’objectif paraît être moins la recherche d’un compromis durable que la reconstitution du rapport de forces antérieur, au prix de compensations financières et d’allègements des sanctions. Dans cette logique, les capacités balistiques demeurent au cœur des négociations, alors même que le régime porte la responsabilité de plusieurs décennies de déstabilisation régionale.
Cette stratégie s'inscrit dans un continuum où les conflits conventionnels se prolongent par le terrorisme, les guerres par procuration et la criminalité organisée. À cela s'ajoutent des alliances de circonstance avec les puissances néo-totalitaires et plusieurs régimes latino-américains, notamment le Venezuela, Cuba et le Nicaragua, afin de multiplier les foyers de tension dirigés contre les États-Unis. Ces partenariats illustrent les nouvelles formes de confrontation stratégique qui caractérisent l'après-guerre froide.
Les opposants à une intervention militaire invoquent principalement les risques d'une nouvelle guerre et ses conséquences géopolitiques dans un Moyen-Orient déjà profondément déstabilisé. Reste cependant une question essentielle : le refus de la guerre permettra-t-il réellement d'éviter un conflit, ou ne fera-t-il que reporter une confrontation devenue inévitable?
Au-delà de cette interrogation se pose celle de la possibilité même d'une paix régionale durable. La crise iranienne n'est peut-être que le symptôme d'un déséquilibre plus profond, marqué par des États fragiles, des régimes autoritaires et des équilibres fondés exclusivement sur les rapports de force. Toute stratégie de stabilisation devra partir de ce constat. Dans cette perspective, le maintien du régime iranien apparaît difficilement compatible avec une véritable pacification régionale.
Le Liban illustre explicitement cette problématique. Depuis des décennies, il constitue l'un des principaux instruments de projection de l'influence iranienne. Son inclusion dans les négociations révèle les véritables objectifs de Téhéran: préserver ses relais régionaux, conserver sa capacité de nuisance et gagner du temps plutôt que rechercher un règlement définitif. La stratégie du chaos institutionnalisé demeure au cœur de son action. Tant que cette logique prévaudra, les perspectives de stabilisation resteront limitées. La région continuera d'évoluer dans un équilibre instable, où chaque crise porte en elle les germes de la suivante.




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