Chirurgie robotique: le Liban progresse, l’accès reste à construire
Luca Theuil, chirurgien digestif oncologique au CHU de Nîmes, présente la pancréatectomie distale robotique lors de la deuxième session de formation en chirurgie robotique multiviscérale organisée à Beyrouth. ©DR

Beyrouth a accueilli, il y a quelques jours, la deuxième session de formation consacrée à la chirurgie robotique multiviscérale organisée par Ircad Liban. Cours spécialisés, interventions retransmises en direct depuis le bloc opératoire et échanges avec des experts internationaux: la session illustre la progression d’une discipline qui élargit les possibilités de la chirurgie mini-invasive dans les cas complexes. Son prochain défi sera d’en élargir l’accès sans alourdir davantage la facture des patients.

La chirurgie robotique poursuit son développement au Liban. Cette deuxième session consacrée aux interventions multiviscérales a réuni à Beyrouth des chirurgiens libanais et étrangers autour d’un programme associant enseignement théorique, pratique opératoire et échanges en temps réel avec le bloc.

La formation s’est déroulée sous la supervision du Dr Antoine Maalouf, président d’Ircad Liban et directeur général de l’Hôpital français du Levant, avec la participation du Dr Luca Theuil, du CHU de Nîmes, et du Dr Ali Choukr, directeur du programme de chirurgie hépatobiliaire de l’institut.

L’objectif était de permettre aux participants d’observer les différentes étapes d’interventions robotisées complexes, d’analyser les choix techniques et de confronter leurs pratiques à celles d’équipes expérimentées.

Une vision et des gestes augmentés

La chirurgie robotique prolonge la logique de la chirurgie mini-invasive. Installé devant une console, le chirurgien contrôle en temps réel une caméra et des instruments introduits dans le corps du patient par de petites incisions.

Le système fournit une vision agrandie en trois dimensions et des instruments articulés capables de reproduire les mouvements du poignet, avec une liberté supérieure à celle des instruments rigides utilisés en cœlioscopie conventionnelle. Cette maniabilité facilite notamment la dissection fine, les sutures et le travail à proximité de structures vasculaires ou d’organes profonds.

Le robot ne prend toutefois aucune décision. L’indication opératoire, la stratégie, les gestes et l’adaptation aux imprévus restent entre les mains du chirurgien. La technologie renforce ses capacités sans automatiser l’intervention.

Son apport apparaît particulièrement intéressant lorsque plusieurs gestes doivent être réalisés au cours d’une même opération ou lorsqu’une approche classique imposerait une incision plus importante.

Plusieurs organes, une même stratégie

La chirurgie multiviscérale concerne des interventions portant sur plusieurs organes ou territoires anatomiques au cours d’un même temps opératoire.

Elle peut être envisagée lorsqu’une maladie s’étend à différentes structures ou lorsqu’un cancer et certaines de ses localisations doivent être traités simultanément. Une même intervention peut ainsi associer des gestes digestifs, hépatiques, pancréatiques, urologiques ou gynécologiques.

L’approche robotique permet au chirurgien de travailler dans plusieurs zones tout en conservant une voie mini-invasive et une grande liberté de mouvement. Cette polyvalence exige une connaissance précise de l’anatomie, une préparation rigoureuse et une coordination étroite entre les spécialités concernées.

Le choix reste fonction de la maladie, de l’état du patient et de l’expertise de l’équipe. La chirurgie ouverte et la cœlioscopie conventionnelle conservent donc leurs indications.

Le bloc en direct

Le programme a associé les conférences spécialisées à la retransmission d’opérations robotisées depuis le bloc opératoire vers la salle Jacques-Marescaux.

Les participants ont pu suivre le déroulement réel des interventions: installation des instruments, stratégie de dissection, contrôle des saignements, adaptation à l’anatomie et gestion des difficultés rencontrées.

L’intérêt pédagogique dépasse ainsi la démonstration d’un geste technique. Les chirurgiens peuvent interroger les opérateurs, comprendre leurs décisions et discuter des différentes stratégies possibles à chaque étape.

Les interventions retransmises ont servi de support à un enseignement consacré aux possibilités de la robotique dans les situations complexes et multiviscérales.

Former toute l’équipe

Une intervention robotisée ne repose pas uniquement sur le chirurgien installé à la console. Elle mobilise également l’assistant placé auprès du patient, l’anesthésiste, les infirmiers de bloc et les techniciens.

L’installation, le positionnement des bras robotiques, le changement des instruments et la fluidité de la communication influencent directement le déroulement de l’opération. L’ensemble de l’équipe doit aussi savoir réagir rapidement en cas de panne, de saignement ou de nécessité de modifier la voie opératoire.

La formation doit donc associer simulation, observation, assistance au bloc, interventions supervisées et maintien régulier des compétences.

«L’investissement dans l’enseignement et la formation chirurgicale avancée constitue une base pour développer la pratique médicale et améliorer les résultats des patients», souligne le Dr Antoine Maalouf.

Le Dr Ali Choukr insiste, de son côté, sur la nécessité d’associer expérience chirurgicale, technologie et entraînement continu. Les échanges avec des spécialistes étrangers permettent de comparer les techniques, les protocoles et les stratégies opératoires, puis de les adapter aux réalités médicales de la région.

Le défi du coût

La sophistication technologique a un prix. Interrogé par Ici Beyrouth, le Dr Maalouf estime à environ 20.000 dollars le coût d’une intervention robotique multiviscérale, soit un montant supérieur à celui d’une opération conventionnelle équivalente.

Une différence difficile à absorber dans un pays où une grande partie de la population reste dépourvue d’une couverture médicale suffisante.

L’argument avancé ne porte toutefois pas uniquement sur le prix de l’intervention, mais sur le coût global du parcours de soins. Une hospitalisation potentiellement plus courte, une récupération accélérée et, dans certaines indications, une réduction des complications peuvent compenser une partie du surcoût initial.

Les bénéfices varient néanmoins selon le type d’opération, l’expérience de l’équipe et le profil du patient. Ils doivent donc être évalués indication par indication, sans présenter le robot comme systématiquement supérieur aux autres techniques.

«C’est vrai», reconnaît le Dr Maalouf à propos du surcoût. Il assure toutefois que les compagnies d’assurances «font de gros efforts» pour intégrer progressivement ces interventions dans leurs grilles de remboursement, tandis que l’établissement tente également d’accompagner les patients.

L’équation reste incomplète. Entre une technologie déjà disponible et une couverture financière encore inégale, l’accès à la chirurgie robotique demeure limité pour une partie des patients. «On est en train de paver le futur», résume-t-il.

Une dynamique régionale

Le développement de ces programmes dépasse le cadre d’une formation ponctuelle. Il vise à renforcer au Liban une expertise capable d’accueillir des chirurgiens de la région et de diffuser les techniques mini-invasives avancées.

Le Liban reste, selon l’institut, le seul pays arabe à héberger un centre du réseau Ircad, fondé à Strasbourg par le Pr Jacques Marescaux. Plusieurs jalons ont déjà été franchis: une première formation gratuite à la chirurgie robotique en mars 2025, puis une intervention conjointe sur le foie et le pancréas, présentée comme une première au Moyen-Orient.

Ces réalisations ne suffisent pas, à elles seules, à installer durablement un pôle régional. Elles marquent néanmoins une étape concrète: équipes formées, échanges internationaux, activité opératoire et transmission des compétences.

Le vrai test, désormais, sera moins de démontrer que la chirurgie robotique est possible au Liban que de l’inscrire dans une pratique régulière, évaluée et plus accessible. En associant formation, interventions complexes et expertise internationale, le programme a déjà jeté les bases d’un futur pôle régional.

 

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