Il y a tout juste un an, les 5 et 7 août 2025, le Conseil des ministres libanais approuvait, malgré le départ en signe de protestation des ministres chiites du Hezbollah et du mouvement Amal, un plan visant à établir le monopole de l'État sur les armes et à désarmer le Hezbollah. Douze mois plus tard, alors qu'un septième cycle de négociations directes entre le Liban et Israël s'ouvre à Rome du 4 au 6 août sous médiation américaine, le bilan reste ambigu, entre avancées réelles sur le terrain et blocages structurels toujours en place.
Ce qui a été accompli
Le plan initial, baptisé plus tard «Bouclier de la patrie», prévoyait un déploiement dans cinq secteurs, en commençant par la zone au sud du fleuve Litani. Ce premier volet a été officiellement déclaré achevé début janvier 2026: l'armée libanaise a annoncé un contrôle opérationnel sur cette zone, une première depuis quarante ans. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a qualifié ce progrès de «début encourageant», tout en le jugeant «loin d'être suffisant».
La guerre qui a repris le 2 mars entre Israël et le Hezbollah, dans le sillage du conflit plus large opposant Israël et les États-Unis à l'Iran, a bouleversé le calendrier initial. Après le cessez-le-feu du 20-21 juin, un accord-cadre en quatorze points a été signé à Washington le 26 juin, prévoyant des zones pilotes où l'armée libanaise se déploie à mesure qu'Israël se retire. Trois localités ont été retenues: Zaoutar el-Gharbiyé, Froun et Srifa.
Le 21 juillet, l'armée est entrée dans la première, y a déblayé des décombres et récupéré des corps de combattants du Hezbollah, avant d'autoriser le retour encadré des habitants.
Interrogé par Ici Beyrouth, Khalil Gemayel, général à la retraite et ancien commandant du secteur sud-Litani, estime que le plan «a constitué une étape politique et sécuritaire importante», ayant fait passer la question des armes «d'un cadre de divergences politiques ouvertes à un processus officiel géré par les institutions de l'État», renforçant au passage le rôle de l'armée libanaise dans le Sud.
Il nuance toutefois: «un dossier de cette ampleur ne peut être traité par une seule décision ni en une courte période». Selon lui, l'amélioration essentielle réside surtout dans la consolidation du principe selon lequel «la décision de guerre et de paix revient exclusivement à l'État», les résultats concrets restant liés à la capacité de l'État à mener à terme la mise en œuvre.
Ce qu'il reste à faire
Les résultats concrets de ces zones pilotes restent toutefois minces. Le maire de Zaoutar el-Gharbiyé, Abed Ezzedine, a résumé le problème dans des propos rapportés par l'AFP: environ la moitié du village est en ruines, et soixante-dix à quatre-vingts autres localités du sud restent occupées. Les phases 2 à 5 du plan initial – Litani-Awali, banlieue sud de Beyrouth, Békaa nord, puis l'ensemble du territoire – n'ont pas véritablement démarré. Le Hezbollah continue de refuser tout désarmement tant qu'Israël occupe des positions en territoire libanais.
Pour Khalil Gemayel, la prochaine étape nécessite l'achèvement du renforcement des capacités de l'armée et des forces de sécurité, ainsi que l'aboutissement du parcours politique accompagnant les mesures sécuritaires, afin de garantir un transfert du monopole des armes vers l'État de façon organisée et réfléchie.
Il identifie trois obstacles principaux: l'influence des développements régionaux, la sensibilité du sujet sur le plan interne, et le besoin de renforcer les capacités économiques et militaires des institutions officielles. Il souligne néanmoins que la stabilité actuelle de la région du Sud, ainsi que le succès et l'extension des zones pilotes, demeurent un facteur essentiel pour la réussite de ce processus.
Sommes-nous dans une impasse?
Ni le Hezbollah, ni l'armée libanaise, ni Israël, ni même les États-Unis n'ont d'intérêt immédiat à faire basculer la situation vers l'un des deux dénouements extrêmes: un désarmement forcé risquant de fracturer l'armée et de raviver le spectre d'un conflit interne, ou un constat d'échec assumé qui saperait la crédibilité de la médiation américaine.
Une analyse de Middle East Monitor publiée le 8 juin a qualifié cette dynamique d'«impasse gérée», où chaque acteur préfère entretenir l'apparence de progrès plutôt que d'assumer un choix tranché. Le Washington Institute évoque un blocage plus profond: tant que le Hezbollah conserve le soutien de l'Iran et des relais politiques à Beyrouth, aucune négociation ne pourra véritablement entamer son emprise sur le pays.
Ce constat n'est pas partagé par tous les acteurs libanais. Khalil Gemayel, pour sa part, rejette le terme d'impasse: «je ne pense pas que la situation ait atteint le stade de l'impasse, mais nous sommes certainement face à un test délicat qui nécessite une gestion gouvernementale sage et équilibrée», affirme-t-il, plaidant pour «des solutions progressives et sages qui préservent la paix civile».
Beyrouth réclamait fin juillet le retrait israélien des deux premières zones pilotes comme préalable à sa participation aux pourparlers de Rome, et relevait que les frappes répétées et l'installation de nouveaux points militaires israéliens laissent penser que Tel-Aviv se prépare à une occupation prolongée du Sud plutôt qu'à un retrait rapide. Le septième round de négociations qui s'ouvre cette semaine à Rome devrait, selon le département d'État américain, porter sur l'extension des zones pilotes et le règlement des questions frontalières en suspens, sans qu'aucun calendrier de retrait complet n'ait, à ce jour, été fixé.
Un an après le vote du Conseil des ministres, le Liban a donc gagné en autorité militaire sur une partie limitée de son territoire, mais le désarmement effectif du Hezbollah, objectif central du plan d'août 2025, reste entier.




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