La restitution des dépôts est au cœur du débat sur l’avenir de l’économie libanaise. Des années après le déclenchement de la crise, les déposants ne s’interrogent plus seulement sur l’adoption d’une nouvelle loi, mais sur sa capacité réelle à leur rendre leur argent.
Parmi les propositions figure le plafond des 100.000 dollars pour la restitution des dépôts, selon différentes modalités et échéances. Mais, la question cruciale ne porte pas sur le chiffre lui-même, mais bien sur la source du financement. Comment restituer 100.000 dollars si les liquidités font défaut? Et peut-on transformer ce montant en un engagement exécutoire sans préciser les mécanismes de remboursement?
Un simple chiffre politique ou un véritable plan financier?
Selon les données déjà évoquées, ce plafond n’est pas une exigence du FMI mais une option politique avancée par le gouvernement. Le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souhaid, l’a évoqué devant l’Association des banques, et la question a été discutée à Paris lors d’une réunion avec le FMI en présence des ministres Yassine Jaber et Amer Bsat.
Il est essentiel de distinguer l’annonce d’un plafond de restitution des dépôts de la mobilisation des ressources nécessaires à sa mise en œuvre. Le déposant n’a pas besoin de slogans: il veut savoir combien il percevra, quand, dans quelle devise, quelle sera la valeur réelle des paiements et quelles garanties protégeront ses droits. Fixer un plafond sans plan de financement clair risque de créer des attentes impossibles à satisfaire.
Les chiffres en circulation évoquent environ 79,5 milliards de dollars de dépôts, dont 6,1 milliards déjà restitués via les circulaires 158 et 166, et 16 milliards d’obligations de l’État envers la Banque du Liban. Mais ces données doivent être vérifiées et clarifiées sur le plan comptable et juridique avant d’être intégrées dans une équation définitive.
La distinction entre actifs théoriques et actifs réellement convertibles en liquidités est déterminante.
L’équation repose sur trois acteurs:
- L’État libanais et ses engagements financiers.
- La Banque du Liban, ses actifs et ses engagements envers le secteur bancaire.
- Les banques et leur capacité à reconstituer leurs fonds propres et à rétablir leur stabilité.
Si les actifs combinés ne suffisent pas, il faudra identifier des sources de financement supplémentaires et définir clairement les responsabilités. La restitution ne peut se limiter à un jeu d’écriture comptable transférant les pertes d’une partie à l’autre.
Selon certaines estimations, il serait possible de restituer 100.000 dollars sur une période de quatre ans, parallèlement à différentes estimations du coût de l’opération. Mais la seule durée ne suffit pas. L’essentiel est de préciser la valeur réelle des paiements, la devise retenue, le mécanisme de calcul de leur valeur et les sources de financement. Le plan doit aussi dire s’il s’agira de paiements directs en espèces, d’instruments financiers ou d’une combinaison des deux.
Les déposants n’ont que faire de chiffres séduisants, ils veulent des engagements crédibles. Si les liquidités nécessaires ne sont pas disponibles, il faut le dire clairement, plutôt que d’annoncer un plafond financier sans expliquer précisément sa source de financement.
Le véritable problème n’est pas l’annonce d’un plafond de 100.000 dollars, mais ce qui s’ensuit: qui paiera, comment et quand? Sans réponse à ces questions, tout plan restera incomplet, quelle que soit l’entité qui le soutient.