Depuis plusieurs semaines, la controverse enfle autour du colloquium de médecine générale. Quelque 224 médecins diplômés d’universités étrangères attendent leurs résultats après les épreuves écrite et orale de début juillet. Entre-temps, le ministère de l’Éducation a décidé de réactiver un examen clinique. Les candidats dénoncent un changement des règles en cours de route. Ici Beyrouth décrypte un conflit entre deux exigences: mieux contrôler les compétences médicales et garantir la transparence d’un examen national.
Le 7 juillet, les candidats diplômés à l’étranger ont présenté l’épreuve écrite du colloquium de médecine générale. Les admis ont enchaîné le lendemain avec l’oral. Ils s’attendaient ensuite à recevoir leurs résultats.
Près d’un mois plus tard, ceux-ci restent suspendus. Les candidats ont appris qu’ils pourraient devoir passer une troisième épreuve: un examen clinique objectif structuré, ou OSCE.
Selon eux, cette épreuve ne figurait pas dans le calendrier communiqué avant la session. Certains ont déjà quitté le Liban pour reprendre leur travail ou poursuivre une spécialisation. Pour d’autres, l’attente bloque une inscription professionnelle ou une candidature hospitalière.
Une candidate, jointe par Ici Beyrouth, raconte avoir dû reporter deux fois un entretien d’embauche à l’étranger faute de résultats: «Je ne peux ni accepter le poste, ni le refuser. Je suis suspendue, comme mon dossier.»
Plusieurs envisagent un recours devant le Conseil d’État. Ils assurent ne pas contester le principe d’une évaluation clinique, mais son introduction après les épreuves annoncées, sans calendrier ni information claire sur ses modalités et son poids dans la note finale.
Le colloquium, à quoi sert-il?
Le colloquium est un examen national destiné à vérifier que les diplômés de certaines professions de santé possèdent le niveau requis avant d’exercer au Liban. Il concerne notamment la médecine générale, la médecine dentaire, la pharmacie, les soins infirmiers, la physiothérapie et la nutrition.
En médecine, le candidat doit déjà détenir un diplôme reconnu et remplir les conditions académiques exigées. Les diplômés de l’étranger doivent également obtenir l’équivalence de leur diplôme. La réussite au colloquium constitue ensuite une étape vers l’autorisation d’exercer et l’inscription auprès des organismes professionnels compétents.
Pourquoi un examen après le diplôme?
Toutes les facultés ne proposent pas le même programme, le même volume de stages hospitaliers ni les mêmes exigences cliniques. Les médecins diplômés à l’étranger proviennent de systèmes universitaires très différents.
Cette diversité ne signifie pas que leur formation soit inférieure. Elle justifie cependant l’existence d’un seuil national commun avant de leur confier des patients.
Le colloquium doit vérifier connaissances fondamentales, raisonnement médical et capacité à reconnaître une urgence. Mais un écrit et un oral suffisent-ils à déterminer qu’un médecin sait réellement examiner un patient et prendre une décision clinique? C’est précisément ce que l’examen clinique cherche à mesurer.
L’examen clinique, de la théorie à la pratique
L’OSCE place le candidat face à plusieurs situations pratiques, appelées «stations». Il peut lui être demandé d’interroger un patient simulé, de réaliser un examen clinique, d’interpréter des résultats, de reconnaître une urgence ou d’expliquer un traitement.
Les candidats sont confrontés à des scénarios comparables et évalués selon des grilles préétablies. L’épreuve mesure donc la capacité à appliquer les connaissances: raisonnement clinique, gestes, communication et gestion des urgences.
Sur le fond, son intérêt est difficilement contestable. Un médecin peut réussir un examen théorique sans savoir conduire correctement une consultation.
Mais un OSCE ne s’improvise pas: il exige des scénarios validés, des patients standardisés, des examinateurs formés et des critères de notation homogènes.
Une épreuve prévue par les textes…
Le ministère de l’Éducation affirme ne pas avoir créé une nouvelle épreuve. Le décret régissant le colloquium prévoit, pour la médecine générale, des composantes écrite, orale et clinique.
Le directeur général de l’enseignement supérieur, Mazen el-Khatib, explique que la composante clinique n’a pas été appliquée pendant des décennies, principalement faute de moyens logistiques. Plusieurs universités disposeraient désormais des structures nécessaires pour l’organiser.
Selon lui, l’Ordre des médecins avait également demandé un renforcement du colloquium afin de mieux contrôler les compétences pratiques avant l’entrée dans la profession. L’objectif affiché est celui de la qualité des soins et de la sécurité des patients.
…mais absente du calendrier annoncé
C’est là que se situe le cœur de la controverse.
Le programme communiqué aux candidats annonçait, pour la médecine générale, un écrit le 7 juillet et un oral le lendemain. L’épreuve clinique n’aurait été présentée comme obligatoire qu’après le lancement de la session.
Mazen el-Khatib reconnaît que les discussions avec les universités sur les centres, les évaluateurs et les modalités pratiques n’étaient pas terminées lors de l’établissement du calendrier. L’administration aurait ensuite choisi d’appliquer immédiatement le texte plutôt que d’attendre la prochaine session.
Le député Bilal Hocheimi, membre de la commission parlementaire de l’Éducation, affirme par ailleurs que l’épreuve clinique devrait représenter un tiers de la note finale. Il conteste qu’une telle pondération puisse être fixée après le début des examens et réclame la publication des résultats déjà obtenus. Ce pourcentage doit encore être confirmé officiellement.
Le fond contre la méthode
Présenter le conflit comme un affrontement entre une administration soucieuse des patients et des médecins refusant d’être évalués serait réducteur.
Un examen clinique exigeant peut constituer une réforme nécessaire. Mais une réforme légitime doit aussi respecter les règles élémentaires d’un examen national: calendrier connu, pondération annoncée et critères de réussite transparents.
Les candidats doivent également disposer d’un délai raisonnable pour se préparer. Un OSCE exige un entraînement aux situations cliniques, aux gestes, à la gestion du temps et à la communication.
La véritable question n’est donc pas de savoir s’il faut un examen clinique, mais s’il peut être introduit au milieu d’une session sans avoir été clairement annoncé auparavant.
Une réforme à sauver de son calendrier
Le ministère doit désormais préciser si les résultats de l’écrit et de l’oral seront publiés, si l’épreuve clinique s’appliquera à la session actuelle, quand elle aura lieu et comment sa note sera calculée.
Si elle est maintenue, son contenu et ses critères devront être suffisamment transparents pour protéger les patients sans pénaliser arbitrairement les candidats.

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