L’Union européenne, la France et plusieurs ONG ont salué mardi l’abolition de la peine de mort au Liban, une première au Moyen-Orient.
Le Liban «donne un puissant exemple pour les autres pays du Moyen-Orient et au-delà», a déclaré la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. L’ONU a également salué cette décision, tout en appelant les autres États à «mettre fin à cette pratique inhumaine».
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a salué l’abolition de la peine capitale au Liban, devenu «le premier pays du Moyen-Orient» à prendre une telle décision. Il a qualifié le vote du Parlement libanais d’«historique et courageux», estimant qu’il démontre que le pays, «malgré les épreuves qu’il subit, conserve une voix singulière dans la région».
Selon le chef de la diplomatie française, le Liban «demeure un exemple par sa capacité à faire vivre les valeurs démocratiques et les libertés qui sont au fondement de son existence». Il a également rappelé que cette abolition constituait un engagement pris à Paris, un mois plus tôt, lors du 9ᵉ Congrès mondial contre la peine de mort: «Il a été tenu.»
Tout en relevant que «beaucoup reste à accomplir sur le chemin de la paix et des réformes», Jean-Noël Barrot a réaffirmé que «le Liban et le peuple libanais peuvent compter sur le soutien indéfectible de la France».
Ramzi Kaiss, chercheur auprès de Human Rights Watch (HRW), a qualifié le vote d’«étape monumentale pour les droits humains dans le pays». Il y voit «une rupture claire avec une sentence cruelle et arbitraire qui n’aurait jamais dû être prononcée».
Amnesty International s’est jointe à ces réactions, tout en appelant le Liban à «faire avancer des réformes plus larges afin de renforcer un système de justice fondé sur la dignité, l’équité et le respect des droits humains».
Une décision qualifiée d’«historique»
Le Parlement libanais a voté mardi l’abolition de la peine de mort, faisant du Liban le premier pays du Moyen-Orient à supprimer la peine capitale.
Le pays n’avait procédé à aucune exécution depuis 2004, mais les tribunaux continuaient de prononcer des condamnations à mort, notamment pour meurtre, terrorisme ou espionnage. La plus récente avait été rendue lundi, à la veille du vote.
Selon Amnesty International, au moins 85 personnes se trouvaient encore dans le couloir de la mort au Liban en janvier.
Le texte adopté prévoit que les crimes commis avant son entrée en vigueur seront désormais passibles d’une peine d’emprisonnement à perpétuité, assortie de travaux d’intérêt général, selon l’Agence nationale d’information (ANI).
Présent au Parlement, le ministre de la Justice, Adel Nassar, a qualifié cette adoption d’«historique». Il a souligné qu’elle devrait notamment lever un obstacle aux demandes d’extradition formulées par le Liban auprès de pays qui refusent de remettre des suspects risquant la peine capitale.
Cette réforme intervient après plusieurs années de mobilisation des organisations libanaises et internationales de défense des droits humains.
Un «bond alarmant au Moyen-Orient»
La décision libanaise intervient à contre-courant d’une hausse marquée du recours à la peine de mort au Moyen-Orient.
En 2025, l’Iran, l’Arabie saoudite et le Yémen occupaient respectivement les deuxième, troisième et quatrième places du classement mondial d’Amnesty International, derrière la Chine, avec plus de 2.159 exécutions recensées en Iran, 356 en Arabie saoudite et 51 au Yémen.
Dans son dernier rapport, l’organisation a signalé un «bond alarmant» du nombre d’exécutions au Moyen-Orient, passé d’au moins 1.442 en 2024 à 2.611 en 2025. L’Arabie saoudite a notamment enregistré un niveau record.
L’Irak, le Koweït, l’Égypte et les Émirats arabes unis, pour la première fois depuis 2021, ont également procédé à des exécutions en 2025.
En juin, la Jordanie a exécuté six hommes condamnés pour le meurtre de membres des forces de sécurité, mettant fin à un moratoire de neuf ans.
Israël a, de son côté, adopté en mars une loi autorisant la peine capitale pour les Palestiniens reconnus coupables d’attaques anti-israéliennes. Aucune exécution n’y avait eu lieu depuis celle du criminel de guerre nazi Adolf Eichmann, en 1962.
Avec AFP



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