Les Émirats arabes unis ont annoncé mardi suspendre tous les échanges commerciaux et financiers avec l'Iran en représailles à des tirs de deux missiles balistiques visant des navires.
«Tous les échanges commerciaux, transactions financières et opérations de commerce avec l'Iran ont été suspendus jusqu'à nouvel ordre», a annoncé une porte-parole du ministère des Affaires, Afra Al Hameli.
Selon le ministère de la Défense, les deux missiles visaient des navires et sont tombés en mer, dans ce qui constitue la première attaque détectée contre le pays depuis plusieurs mois.
De son côté, la diplomatie iranienne a «catégoriquement rejeté» les accusations émiraties. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmaïl Baghaei, a jugé que ces accusations étaient «préjudiciables» à la confiance régionale et aux efforts en faveur de la sécurité.
Durant la première phase de la guerre, déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran, Téhéran a lancé près de 3 000 attaques contre les Émirats, faisant de ce pays sa principale cible de représailles.
Un pivot commercial et financier
Les Émirats constituent un important pivot financier et commercial dans le Golfe. Le pays, qui abrite une importante communauté iranienne, figurait avant le début de la guerre parmi les principaux partenaires de l'Iran dans ces domaines.
Selon la plateforme professionnelle Ship Universe, les Émirats arabes unis fournissaient avant la guerre plus de 30% des importations de l’Iran, pour une valeur d’environ 21 milliards de dollars. En outre, selon l’observatoire de la complexité économique (OEC), les Émirats ont exporté pour 5,78 milliards de dollars de marchandises vers l’Iran en 2023.
Les principaux secteurs concernés sont les produits électroniques, comme les téléphones (2,81 milliards de dollars) et les ordinateurs (360 millions de dollars), mais également les fruits à coque (217 millions de dollars) et le tabac transformé (174 millions de dollars).
De son côté, l’Iran a exporté pour 453 millions de dollars de marchandises vers les Émirats en 2023. Ses exportations sont essentiellement des produits agricoles, comme les fruits à coque (33,5 millions de dollars), les raisins (28,5 millions de dollars) et les crustacés (25,3 millions de dollars).
Outre les échanges commerciaux officiels, les Émirats arabes unis ont longtemps constitué un axe commercial informel essentiel pour l’Iran, lui permettant de contourner les sanctions économiques internationales. Différents biens de consommation étaient ainsi achetés par des commerçants émiratis, puis réexportés vers l’Iran.
Un impact majeur?
Selon le général américain à la retraite et ancien secrétaire d’État adjoint, Mark Kimmitt, cité par Al Jazeera, l’embargo imposé par les Émirats arabes unis est à bien des égards encore plus important que celui imposé par les États-Unis.
Selon lui, Dubaï était devenu le principal partenaire commercial de Téhéran, surpassant la Chine et la Turquie. Le port émirati de Jebel Ali, plus grand port en eau profonde construit au monde, a longtemps été une plaque tournante du commerce iranien via les Émirats arabes unis.
Toujours selon Kimmitt, la décision des Émirats arabes unis est suffisamment significative pour que l’Iran puisse l'interpréter comme un acte proche de la guerre.
Cette rupture économique décidée par les Émirats arabes unis va donc porter un coup certain à une économie iranienne déjà moribonde. Reste à savoir si l’Iran dispose de suffisamment de relais et d’alternatives pour limiter son impact.
Cependant, il convient de noter que les échanges commerciaux entre les deux pays étaient déjà, avant la guerre, en train de diminuer. Ainsi, au cours des cinq dernières années, les exportations émiraties vers l’Iran ont diminué à un rythme annuel moyen de 10,9%, passant de 10,3 milliards de dollars en 2018 à 5,78 milliards de dollars en 2023. Et les exportations iraniennes vers les Émirats ont, elles, diminué à un rythme annuel moyen de 40%, passant de 5,81 milliards de dollars en 2018 à 453 millions de dollars en 2023.
Ainsi, s’il est certain que la décision émiratie de suspendre tous les échanges commerciaux et financiers avec l'Iran va porter un coup dur à Téhéran, il est difficile pour le moment d’en mesurer l’ampleur.



Commentaires