La scène moyen-orientale se complique de jour en jour. Les trajectoires négociatoires butent en effet sur des blocages délibérés, des politiques révisionnistes et de sabotage aux déclinaisons multiples, et des scénarios de chaos généralisé doublés du retour en force des impérialismes islamiques et de leurs configurations mutantes. Nous nous éloignons de plus en plus des hypothèses de désamorçage des conflits projetés suite à la signature des accords d’Islamabad. Il en est de même pour celles de l’accord-cadre entre le Liban et Israël. Elles concernent aussi l’éclipse des foyers de tension créés et entretenus par l’Iran tant au Proche-Orient que dans les contrées excentrées du Yémen et de l’Arabie.
Rien n’évolue pour une raison évidente : la continuation de la politique impériale iranienne, qui est en posture d’offensive renouvelée, tandis que les impérialismes sunnites sont en voie de reconfiguration. Des alliances se dénouent et d’autres se renouent et les dynamiques de paix périclitent et cèdent le terrain aux extrémismes les plus contrastés, tant au niveau des États que celui des mouvements islamistes de subversion. Nous revenons au stade du chaos originel qui cadre parfaitement avec l’idéologie et la stratégie des politiques islamistes, quelles que soient leurs variations.
Le dossier iranien bute en premier sur les fantasmes d’un impérialisme de reconquête, alors même que les défaites s'accumulent. Les négociations sont dans une impasse dès le départ parce que le régime iranien est dans une posture de réhabilitation de ses acquis antérieurs, quoique les rapports de force plaident dans le sens contraire. Il imagine par un effet d’exorcisme neutraliser les conséquences d’une guerre perdue en martelant l’illusion de la survie du régime. Cela permet d'escamoter le fait que les pertes cumulées ne cessent de croître dans tous les sens et que la légitimité d’un régime aussi meurtrier est en déclin irréversible.
Les scotomes de la dictature islamique sont aussi pugnaces que sa détermination à mater dans le sang toute remise en question de son emprise totalitaire. Les enjeux du détroit d’Hormuz et du droit international des mers se heurtent à la volonté d’arraisonner les lignes maritimes et de les subordonner à sa politique de puissance. La réhabilitation des plateformes opérationnelles intégrées et des politiques de subversion sur l’ensemble de la région a été fortement affectée par la contreoffensive israélienne subséquente au 7 octobre 2023. En effet, celle-ci les a pulvérisées et renvoyé la région à des dynamiques de reconfiguration animées par une intense agitation.
Les questions de la dénucléarisation reviennent à la case de départ avec la stratégie du louvoiement qui persiste de manière discontinue depuis la finalisation des accords de 2015. La poursuite et la systématisation des sanctions financières est le corollaire de ces politiques de blocage et de sabotage ouvertement affichées et qui n’en démordent pas. L’ensemble est récapitulé par les politiques de répression sauvage et de terreur comme gages de survie d’un régime qui a perdu toute légitimité.
Au sein d’une population qui a fini par prendre ses distances par rapport à l’islam, et où le narratif islamique est résolument rejeté. Le sécularisme générationnel, l'imaginaire préislamique, ainsi que la démocratie libérale et l'État de droit, hérités de la civilisation occidentale tant conspuée comme source de souillure (Gharbzadegi), prennent le relais. On n’est sûrement pas dans une diplomatie de résolution des conflits et il n’y a pas d’autre issue que celle du changement des rapports de force quelles qu’en soient les modalités.
L’émergence éventuelle d’un nouvel axe sunnite n’est que le revers d’une double mutation. Il s'agit de l’érosion évolutive de l’arc de puissance chiite, et de la résurgence de l’impérialisme sunnite au point de jonction de trois politiques de puissance (Turquie, Arabie saoudite, Pakistan). Quoique divergents, les trois pôles ont fini par créer un contrepoids et par susciter des dynamiques que l'on peut difficilement ignorer dans les années à venir, quels que soient les aléas de cette alliance de circonstances.
La diplomatie internationale en prend déjà acte. Elle le fait tant par la médiation qu’elle propose et qu’elle pourrait offrir entre l’Iran, les États-Unis et les pays de la région, que par le contrepoids stratégique et militaire qu’elle institue. Elle le fait également par les nouvelles dynamiques conflictuelles qu’elle pourrait impulser. La pluralisation des dynamiques de puissance régionales est désormais un nouvel état de fait qui s’ajoute à la donne géopolitique. La stratégie du harcèlement iranien et ses effets de chantage seront de moins en moins opérants. La latitude manœuvrière des États-Unis va s’accroître, contrairement aux supputations du régime iranien, et leur capacité d’arbitrage sera décisive sous maints rapports.
Cela n’empêche que les dynamiques conflictuelles régionales vont demeurer, comme en attestent le conflit turco-israélien, les foyers de tension en ébullition au Liban, en Iraq, en Syrie, à Gaza et dans les territoires palestiniens. La région est en quête de nouveaux équilibres géostratégiques et géopolitiques et la fin de l’ère de l’islamisme iranien marquera les débuts d’une transition aux impondérables multiples.




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