La rentrée scolaire, entre écoles sinistrées et facture alourdie pour les familles
©Ici Beyrouth

Établissements endommagés, familles toujours déplacées et frais de scolarité en hausse : à quelques semaines de septembre, la rentrée 2026-2027 s’annonce particulièrement incertaine pour les écoles libanaises.

À moins de trois semaines de la rentrée, des centaines de milliers de familles libanaises ignorent encore dans quelles conditions leurs enfants reprendront le chemin de l’école et surtout à quel prix.

La guerre déclenchée le 2 mars entre Israël et le Hezbollah a laissé derrière elle un système éducatif profondément fragilisé. Quelque 340 établissements scolaires ont été endommagés, tandis que de nombreuses familles restent déplacées. À ces difficultés s’ajoute une nouvelle hausse des frais de scolarité dans le privé, comprise entre 500 et 2 000 dollars par élève, selon des informations recueillies auprès de l’Union des comités de parents d’élèves des écoles privées au Liban.

Dans ces conditions, la perspective d’une rentrée normale demeure incertaine. Mais au-delà de l’état des bâtiments et de l’évolution de la situation sécuritaire, un autre obstacle pèse lourdement sur les familles: leur capacité à financer la scolarité de leurs enfants.

Certaines n’ont toujours pas réglé l’intégralité des frais de l’année écoulée et se retrouvent dans l’impossibilité de réinscrire leurs enfants. Selon l’Union, nombre d’entre elles ne bénéficient d’aucun échéancier, alors même qu’elles doivent parfois assumer la scolarité de deux ou trois enfants au sein d’un même établissement.

L’Union dénonce également des augmentations de frais décidées, selon elle, sans contrôle suffisant de l’État ni justification transparente, en dépit des dispositions prévues par la loi 515.

Le ministère de l’Éducation a, de son côté, fixé la rentrée à la mi-septembre. Le 31 juillet, la ministre concernée, Rima Karame, a présenté un plan destiné à assurer la continuité de l’apprentissage: enseignement en présentiel dans les écoles jugées sûres et opérationnelles, et cours à distance dans les régions les plus touchées par les hostilités.

Reste une question essentielle: où seront scolarisés les enfants dont les établissements sont détruits, endommagés ou toujours utilisés pour accueillir des déplacés?

Un chantier de 340 écoles

Une évaluation menée en juin par le ministère de l’Éducation, avec l’appui technique de l’Unicef, a recensé 340 établissements scolaires endommagés à Nabatiyé, au Liban-Sud, dans la Békaa, à Baalbeck-Hermel, à Beyrouth et au Mont-Liban.

Parmi eux, 17 ont été entièrement détruits.

Le 2 juillet, l’Unicef a averti qu’au moins 100 000 enfants risquaient de manquer la rentrée si les travaux de réparation n’étaient pas engagés à temps.

«Les écoles sont bien plus que des bâtiments», avait alors souligné le représentant de l’Unicef au Liban, Marcoluigi Corsi. «Ce sont des lieux où les enfants apprennent, se sentent en sécurité et commencent à se remettre des crises.»

Selon lui, cette évaluation offre pour la première fois une vision d’ensemble de l’ampleur des dégâts subis par le système éducatif libanais et souligne l’urgence d’investir dans la réhabilitation des établissements avant le début de l’année scolaire.

La guerre avait déjà fortement perturbé l’année écoulée. En avril, les Nations unies recensaient 439 écoles fermées et 365 autres transformées en centres d’hébergement.

À la mi-août, 860 000 personnes déplacées avaient regagné leur région d’origine, mais 360 000 restaient encore sans logement. Parmi elles, quelque 22 000 étaient toujours hébergées dans des écoles publiques, compliquant davantage la préparation de la rentrée.

L’enseignement à distance, une solution qui divise

Face à ces contraintes, certains établissements assurent être prêts à s’adapter.

La directrice d’une école privée francophone de la région de Beyrouth affirme ainsi avoir enregistré cette année une hausse des inscriptions, notamment en raison de l’arrivée de familles déplacées du Liban-Sud.

Dans cet établissement, l’enseignement à distance, expérimenté depuis la pandémie de Covid-19, est désormais bien rodé. Un programme spécifique a été mis en place pour les élèves contraints de suivre les cours depuis leur domicile.

«Les enseignants excellent durant les cours en ligne», affirme la directrice, tout en reconnaissant que l’évaluation des acquis reste le principal point faible du dispositif.

Un constat que ne partage pas Marie-Louise Chaaya, principale du cycle secondaire au Collège de la Sagesse Brasilia.

Selon elle, l’enseignement à distance ne peut constituer une véritable alternative à la présence en classe. «L’école est un lieu de socialisation et d’accompagnement, et l’interaction entre l’enseignant et l’élève est primordiale. La technologie peut soutenir ce travail, elle ne peut pas le remplacer», souligne-t-elle.

Dans un pays où l’instabilité sécuritaire peut à tout moment entraîner de nouvelles fermetures, la question de la continuité pédagogique reste donc entière.

Une facture de plus en plus lourde

Aux incertitudes liées à la guerre s’ajoute une pression financière croissante sur les ménages.

Pour l’année scolaire 2025-2026, les comités de parents avaient déjà fait état de hausses comprises entre 40 % et 120 %, soit entre 500 et 1 500 dollars supplémentaires par élève.

Pour 2026-2027, les nouvelles augmentations pourraient atteindre jusqu’à 2 000 dollars par enfant dans certains établissements, selon l’Union des comités de parents.

La loi 515 de 1996 prévoit pourtant que 65 % des recettes des établissements privés soient consacrés aux salaires des enseignants et impose que les budgets scolaires soient soumis aux comités de parents.

En septembre 2025, le président Joseph Aoun avait lui-même qualifié les augmentations appliquées par certains établissements d’«inacceptables et injustifiées».

Sur le terrain, les pratiques diffèrent toutefois d’une école à l’autre. Dans les deux établissements interrogés, les directions affirment proposer des échéanciers aux familles qui en font la demande.

Mais aucun mécanisme général n’oblige les écoles à accorder de telles facilités. L’Union des comités de parents assure ainsi qu’une grande partie des familles en difficulté n’y ont pas accès.

Cette pression pousse déjà certains parents à revoir leurs choix. Marie-Louise Chaaya constate que des élèves changent d’établissement uniquement en fonction du niveau des frais de scolarité.

L’Union des comités de parents d’élèves des écoles privées au Liban redoute, de son côté, des conséquences plus lourdes encore. D’après elle, certains élèves pourraient se tourner vers l’école publique, tandis que d’autres risquent de quitter l’école pour travailler et aider financièrement leur famille.

L’école publique peut-elle absorber le choc ?

Le secteur public, qui pourrait théoriquement accueillir une partie des élèves quittant le privé, était lui-même en perte de vitesse avant la guerre.

Selon le Centre de recherche et de développement pédagogiques, 25,6 % des élèves libanais étaient inscrits dans le public en 2023-2024, contre 31,34 % deux ans auparavant.

Sa capacité à absorber un éventuel afflux d’élèves pose donc question, d’autant que plusieurs établissements publics ont été endommagés ou sont encore utilisés comme centres d’hébergement.

Et les frais de scolarité ne constituent qu’une partie de la facture.

Un libraire du Mont-Liban indique que le prix des manuels scolaires a lui aussi augmenté. Une série de livres coûte désormais entre 70 et 220 dollars selon le niveau, sans compter les cahiers, les fournitures et les autres dépenses liées à la rentrée.

À quelques semaines de la reprise des cours, familles et établissements restent donc suspendus à l’évolution de la situation sécuritaire et aux réponses que pourront apporter les autorités.

«J’espère que la situation nous permettra de maintenir l’enseignement en présentiel», résume Marie-Louise Chaaya.

Pour beaucoup de familles, une autre interrogation demeure cependant tout aussi urgente: auront-elles encore les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école?

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