Vendredi dernier, Donald Trump annonçait sur sa plateforme ce qu’il présentait comme «le plus grand accord pétrolier de l’histoire»: une prise de contrôle américaine majoritaire de plus de 65 milliards de barils de réserves vénézuéliennes, avec des droits d’exploitation pour une durée de 100 ans et 55% de la production.
Le ministre américain de l’Intérieur a résumé la nouvelle stratégie en une phrase: le Venezuela devient un allié stratégique, détenteur des plus importantes réserves pétrolières, mais dépourvu du détroit d’Ormuz comme point de vulnérabilité.
Le responsable de l’Énergie à la Maison-Blanche est allé encore plus loin en affirmant que l’objectif était de «libérer le monde de la folie du Moyen-Orient».
Quand Washington évoque notre région comme si elle s’apprêtait à lui dire adieu, il faut peut-être comprendre que les valises sont déjà faites.
Au Liban, les faits ont commencé à parler avant même les déclarations officielles. Le projet de budget américain prévoit une réduction spectaculaire de l’aide destinée à l’armée libanaise, qui passerait de 190 millions à 36 millions de dollars. Dans le même temps, la récente tournée du commandant du CENTCOM dans six pays a fait l’impasse sur Beyrouth. Le mémorandum d’entente avec l’Iran a, lui, expiré le 17 août sans être renouvelé. Enfin, lors des consultations à huis clos du Conseil de sécurité, Washington est le seul à s’opposer à la prorogation du mandat de la Finul, alors que le président de la République affirme que cette prorogation constitue «notre premier choix».
Certes, la diplomatie poursuit son chemin et un huitième round doit se tenir à Rome au début du mois de septembre. Mais poursuivre les discussions diplomatiques ne signifie pas nécessairement bénéficier d’un parrain américain disposé à mettre tout son poids dans la balance. À Washington, personne ne semble envisager une pression sérieuse sur Netanyahou avant les élections de mi-mandat. Même après le massacre d’Ansar et de Deir Zahrani, la réaction américaine a consisté à faire porter la responsabilité au Hezbollah.
Que les calculs de Trump soient justes ou non importe finalement peu. L’essence américaine reste à quatre dollars le gallon, malgré l’afflux de barils en provenance de Caracas. Ce qui compte, c’est la conviction qui semble désormais guider Washington: l’avenir énergétique des États-Unis se trouve dans leur arrière-cour et non dans les couloirs minés du Golfe.
Israël, de son côté, semble avoir compris ce changement avant nous. Son ministère de la Défense évoque désormais ouvertement l’offensive en préparation contre le Hezbollah. Le chef d’état-major, qui déclarait en avril que «les cibles sont programmées dans les systèmes», menace à présent d’intensifier les opérations. Netanyahou, lui, se félicite de disposer de «trois zones de sécurité en profondeur sur le territoire ennemi».
Les frappes qui se concentrent sur les chaînes montagneuses et les axes routiers ne semblent donc pas relever d’une succession de raids isolés. Elles dessinent les prémices d’un passage que l’on est en train de préparer. Nous connaissons déjà ce scénario. Trump avait un jour affirmé: «C’est moi qui décide, pas lui.» Pourtant, quelques heures seulement après cette déclaration, Netanyahou frappait l’Iran. Alors, qu’en sera-t-il lorsque Trump sera occupé à négocier les intérêts pétroliers américains à Caracas?
Il ne faut pas non plus se laisser rassurer par les interrogations autour du résultat des élections du 27 octobre. Aucun sondage ne donne actuellement à la coalition de Netanyahou la majorité. Le dernier sondage disponible lui accorde 48 sièges, contre 61 requis.
Mais quelle que soit l’issue du scrutin, le résultat pour le Liban risque de rester le même. S’il gagne, Netanyahou commencera son mandat avec les mains libres pour mener sa «mission» au Liban, sans entraves américaines. S’il perçoit au contraire la défaite se rapprocher, il cherchera à livrer sa grande bataille avant le scrutin ou durant les semaines de transition.
Le terrain ne change pas. Seul le calendrier change. Rien de plus.
Et nous continuons, de notre côté, à nous comporter comme si la protection américaine allait de soi, alors même que les États-Unis sont déjà en train de s’en retirer.
Le président Aoun affirme que deux options seulement se présentent: la guerre ou la diplomatie. Il a raison. Mais s’il perçoit chez le parrain américain sérieux et engagement, les chiffres racontent une tout autre histoire.
Or, la diplomatie ne peut fonctionner sans un soutien réel, présent et engagé. Celui qui dépend des ressources des autres risque de se retrouver durablement dans le besoin.
C’est pourquoi nous devons nous-mêmes éliminer tout prétexte et mener à son terme le processus visant à placer l’ensemble des armes sous le contrôle exclusif de l’État. Ce processus doit s’inscrire dans un calendrier qui ne connaisse pas le mot «prorogeable», avant que Netanyahou ne puisse entamer son nouveau mandat ou en atteindre le terme en prenant le Liban pour cible.
Nous écrivions il y a quelques jours que le Liban pourrait devenir l’enjeu sur lequel Netanyahou jouerait son avenir politique.
Aujourd’hui, nous ajoutons une inquiétude plus grande encore: il ne reste plus personne pour arbitrer le jeu.



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