Après des années d’attente, la question des dépôts dépasse largement le cadre financier. C’est l’heure de vérité pour un État sommé d’assumer ses responsabilités et de gérer une crise historique, loin des artifices politiques.
La loi sur la régularisation financière et la restitution des dépôts n’est pas un texte ordinaire: elle définira pour longtemps les relations entre l’État, les citoyens et le système bancaire. Son importance ne réside pas dans la rapidité de son adoption, mais dans la solidité de la solution qu’elle propose.
Le Liban n’a pas besoin d’une loi qui prétend régler le problème alors que les questions essentielles restent sans réponse. Ni d’un texte qui promet aux déposants de récupérer leur argent sans préciser les sources de financement, ou qui renvoie la responsabilité d’une partie à l’autre.
Ce qu’il faut, c’est une loi qui fixe clairement les responsabilités: l’État doit préciser ses engagements, la Banque du Liban (BDL) doit présenter un bilan transparent, les banques doivent assumer leur part, et les déposants ne doivent pas être le maillon faible, contraint de payer pour des erreurs qu’ils n’ont pas commises.
L’enjeu ne porte pas seulement sur l’ampleur des pertes, mais sur l’absence de réponses définitives aux questions qui conditionnent l’avenir: quel est le montant réel du déficit? Quelles sont les sources de financement? Quel calendrier réaliste de restitution? Comment répartir les responsabilités? Et quelles garanties pour éviter une nouvelle crise? Ces interrogations ne sont pas des détails techniques: elles sont au cœur du rétablissement de la confiance.
Le citoyen libanais a perdu confiance parce que les promesses passées n’ont jamais été suivies d’effets. Toute nouvelle promesse doit donc reposer sur des chiffres réalistes, et non sur une volonté politique de façade. Il est facile d’annoncer un projet de loi; la véritable prouesse consiste à présenter un texte capable de résister à l’épreuve de la réalité financière.
Le Premier ministre Nawaf Salam a confirmé que la loi sur le déficit budgétaire restait entre les mains du Parlement et que le gouvernement ne cherchait pas à la retirer. La prochaine étape doit être celle de la pleine prise de responsabilité. Les Libanais veulent savoir non seulement où en est le projet, mais surtout ce qu’il contient.
La commission ministérielle chargée du dossier porte une responsabilité historique: son rôle n’est pas de coordonner des discussions, mais de produire une formule juste et applicable. Le temps ne joue en faveur de personne: chaque retard entretient l’incertitude, et toute loi inapplicable se traduira par de nouvelles pertes pour les déposants et pour l’économie.
Le Liban n’a pas besoin de marquer des points politiques sur le dossier du déficit budgétaire. Il a besoin d’une solution économique. L’enjeu est de garantir que chaque dollar promis aux déposants repose sur des ressources réelles et puisse effectivement leur être restitué.
C’est à cette condition que le Liban pourra rétablir la confiance.