Soutien à l'armée libanaise: Paris peut-il rallier Washington à son initiative?
©Ici Beyrouth

Et si le véritable enjeu de la réunion de Paris n’était pas seulement de renforcer l’armée libanaise, mais de convaincre Washington qu’il faut lui donner les moyens d’agir avant de lui demander d’assumer pleinement le dossier du monopole des armes? C’est, en effet, à un moment charnière que la réunion préparatoire du 17 septembre intervient, alors que les États-Unis pilotent les négociations libano-israéliennes et que l’armée libanaise est appelée à agir de manière plus efficace.

Dès lors et pour comprendre la portée de ce rendez-vous, il faut revenir à son origine. L’initiative française avait été lancée, rappelons-le, avant la reprise des hostilités entre le Hezbollah et Israël au Liban. Une conférence internationale consacrée au soutien à l’armée et aux Forces de sécurité devait se tenir à Paris en mars, avant d’être reportée.

La capitale française a depuis relancé le processus avec une réunion préparatoire, à laquelle le président libanais, Joseph Aoun, a été convié par son homologue français, Emmanuel Macron. Une initiative qui doit permettre d’identifier précisément les besoins des institutions sécuritaires, de l’équipement à la formation en passant par les capacités opérationnelles.

Cette réunion n’est donc pas encore la conférence de soutien proprement dite. Elle doit en poser les bases et permettre aux pays susceptibles d’y participer de déterminer la nature de leurs contributions. La France et la Jordanie en assurent conjointement l’organisation. Le roi Abdallah II devrait y participer aux côtés d’Emmanuel Macron et de Joseph Aoun, tandis que l’Arabie saoudite et les États-Unis sont annoncés parmi les participants, sous réserve de la confirmation de leur niveau de représentation.

Or, derrière cette mobilisation diplomatique se trouve une question qui dépasse largement le seul financement ou équipement de l’armée. Quelle doit être la séquence entre le renforcement de l’institution militaire et le désarmement du Hezbollah ?

Le message français à Washington

C’est précisément là que l’initiative de Paris prend une dimension stratégique. Pour l’analyste politique Marwan el-Amine, la France cherche d’abord à retrouver une place dans un dossier dont elle a été progressivement écartée. «Dans les négociations libano-israéliennes, la France est complètement absente de la scène», relève-t-il. Washington s’est imposé comme l’acteur central du processus, laissant Paris en dehors des discussions susceptibles de définir le futur dispositif sécuritaire du Liban.

Dans ces conditions, le soutien à l’armée apparaît comme l’un des rares dossiers permettant à la France de conserver un levier direct. La perspective de la fin programmée du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) renforce encore cette nécessité, comme l’explique Marwan el-Amine. Rappelons, à cet égard, que le mandat de la force onusienne arrive normalement à expiration le 31 décembre 2026.  

Or, la volonté française de s’impliquer dans le dossier rencontre un dilemme que Paris ne peut résoudre seul et qui se traduit par la position américaine sur le lien entre aide à l’armée et désarmement du Hezbollah. Washington continue de placer cette dernière question au centre de sa politique libanaise.

Fin août, l’ambassadeur américain à Beyrouth, Michel Issa, a encore dénoncé l’absence de progrès sur le désarmement, tandis qu’Israël continue de conditionner son retrait du territoire libanais à des avancées sur ce dossier.

Pour Marwan el-Amine, c’est ici qu’il faut se méfier d’une lecture uniquement militaire du problème. «La crise n’est pas uniquement une crise de capacités ou d’équipements. Elle est surtout une crise de volonté et de décision politique», estime-t-il.

D’après lui, l’armée a certes besoin de moyens, mais ces moyens ne peuvent produire leur plein effet sans une décision politique définissant clairement leur usage. C’est précisément cette articulation que la réunion de Paris pourrait chercher à faire émerger.

La Jordanie et Riyad dans l’équation

C’est aussi ce qui explique l’importance accordée à la composition de la réunion. Pour donner du poids à son initiative, Paris ne peut agir seul. La Jordanie apparaît comme un partenaire naturel, à la fois en raison de sa coopération militaire ancienne avec Beyrouth et de ses relations étroites avec Washington.

Dimanche, le roi Abdallah II a reçu le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal, à Amman et réaffirmé le soutien de la Jordanie à la sécurité et à la souveraineté du Liban. Le chef de la troupe s’est ensuite entretenu avec le chef d’état-major jordanien, le général Youssef Huneiti, sur le renforcement de la coopération militaire entre les deux pays. Cette visite, à quelques jours de la réunion parisienne, vient donc renforcer l’implication d’Amman.

L’Arabie saoudite constitue l’autre pièce importante du dispositif. Selon Marwan el-Amine, Paris cherche à obtenir une implication saoudienne suffisamment forte pour pouvoir mobiliser d’autres États du Golfe autour du soutien aux institutions militaires et sécuritaires libanaises. La récente visite du prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane en France pourrait, à cet égard, avoir permis à Emmanuel Macron de sonder ou de rechercher un engagement plus substantiel de Riyad.

Reste Washington. Sa participation, encore à confirmer officiellement, sera probablement l’un des principaux indicateurs de la portée réelle de l’initiative française. Si les États-Unis acceptent de participer à un effort international destiné à renforcer l’armée, sans pour autant abandonner leur exigence de désarmement du Hezbollah, la question de la séquence deviendra incontournable.

Faut-il renforcer d’abord l’institution pour lui permettre d’assumer cette mission, ou attendre des résultats sur le désarmement avant d’accroître substantiellement son soutien?

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