La longue séquence de débats législatifs consacrée à la réforme et à la restructuration du secteur bancaire libanais s’est, en principe, achevée avec l’adoption par le Parlement, en août 2026, des amendements au projet de loi. Ceux-ci sont intervenus au terme de plusieurs mois de discussions entre le gouvernement, la Banque du Liban (BDL), la commission des Finances et du Budget et le Fonds monétaire international (FMI).
Mais considérer que l’adoption de ce texte signifie que la crise bancaire est désormais sur la voie du règlement serait une simplification aussi tentante que dangereuse.
Car, en substance, cette loi ne constitue pas à elle seule une réponse à la crise. Elle fixe avant tout le cadre selon lequel devront être traitées les banques en difficulté: celles qui peuvent encore être redressées et restructurées, et celles qui ne sont plus viables et devront être liquidées ou faire l’objet d’une procédure de résolution ordonnée.
Parmi les principaux amendements apportés au texte figure le renforcement du rôle de la Haute Commission bancaire dans la détermination du sort des établissements bancaires et dans l’arbitrage entre restructuration et liquidation. Le FMI a qualifié ces amendements d’«étape importante», tout en soulignant que leur mise en œuvre effective sera déterminante.
Le véritable défi commence maintenant
La crise que traverse le Liban depuis 2019 n’est pas le résultat de la faillite d’une banque particulière ni de la mauvaise gestion d’un seul établissement. Il s’agit d’une crise systémique, née de plusieurs années de politiques financières, monétaires et bancaires qui ont progressivement imbriqué les finances de l’État, celles de la BDL et celles des banques commerciales.
Cette imbrication a rendu particulièrement difficile l’identification précise des pertes, mais aussi la répartition des responsabilités entre les différentes parties prenantes.
La restructuration ne peut donc pas se résumer à une question comptable, à savoir combien de banques devront fermer. L’enjeu est d’abord d’identifier celles qui demeurent viables, de les soumettre à une évaluation rigoureuse et transparente, de les recapitaliser lorsque cela est possible et de leur permettre de retrouver leur fonction essentielle dans le financement de l’économie.
Protéger les déposants et préserver les banques viables ne sont pas deux objectifs contradictoires. Pour récupérer son argent, un déposant a besoin d’une banque capable de poursuivre ses activités et d’honorer ses engagements. De même, une économie en reconstruction a besoin d’un secteur bancaire en mesure de financer les entreprises, l’investissement et la production.
Fermer des établissements qui sont encore sains, ou qui peuvent raisonnablement être redressés, ne pénaliserait donc pas uniquement leurs actionnaires. Cela risquerait aussi d’affaiblir l’ensemble du système dont dépendent, à terme, la récupération des dépôts et la reprise du crédit.
Cela ne signifie évidemment pas que les banques doivent échapper à leurs responsabilités. Bien au contraire. Celles-ci doivent être établies, documentées et, lorsque cela est nécessaire, sanctionnées tout au long du processus. Les actionnaires et les dirigeants doivent assumer les pertes prévues par la loi et établies par les audits. Mais une distinction fondamentale doit être préservée: restructurer le secteur bancaire ne signifie pas le liquider dans son ensemble sous couvert de restructuration.
Ces dernières années, les différentes réponses apportées au cas par cas pour tenter de contenir la crise, qu’il s’agisse de recours judiciaires, de mesures exceptionnelles ou de dispositifs provisoires, n’ont pas permis d’apporter une solution globale à l’ensemble des déposants.
D’où la nécessité, désormais, de passer à un cadre unique, fondé sur des critères clairs, transparents et applicables à l’ensemble des établissements, tout en garantissant, autant que faire se peut, un traitement équitable des différentes parties prenantes.
La répartition des rôles est, à cet égard, essentielle. Le pouvoir législatif fixe le cadre juridique, la BDL assure la régulation et la supervision du secteur, tandis que les autorités judiciaires interviennent lorsque cela est nécessaire. Les banques, quant à elles, seront appelées à mettre concrètement en œuvre une part essentielle du processus de restructuration.
Pour autant, les associer au processus ne signifie pas leur accorder un droit de veto. Il s’agit plutôt d’éviter la mise en place de mécanismes qui pourraient paraître irréprochables sur le papier, mais se révéler inapplicables une fois confrontés aux contraintes de liquidité, à la réalité des bilans bancaires et aux difficultés opérationnelles.
La loi a été adoptée. C’est une étape nécessaire, mais elle ne constitue pas l’aboutissement de la réforme.
La question qui doit désormais guider la prochaine phase n’est donc pas: combien de banques peut-on laisser disparaître?
La véritable question est de savoir combien de banques encore viables peuvent être sauvées et redressées, combien de dépôts peuvent être préservés et à quel moment le secteur bancaire pourra recommencer à financer l’économie, plutôt que de se contenter de gérer les conséquences de son effondrement.
C’est précisément là que commence la véritable réforme.



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