Le Hezbollah voulait empêcher l’État libanais de récupérer Ali Taher, il n’a finalement pas empêché Israël de s’en emparer. La formule résume à elle seule le paradoxe dans lequel la formation milicienne se trouve aujourd’hui enfermée au Liban-Sud.
Lorsque Washington avait proposé que la hauteur stratégique soit remise à l’armée libanaise, dans le cadre des arrangements destinés à permettre à l’État de reprendre progressivement le contrôle du territoire, le Hezbollah avait refusé. Quelques semaines plus tard, Israël affirme avoir pris le contrôle opérationnel de la position, après l’avoir soumise à des semaines de frappes et de pression militaire.
L’épisode d’Ali Taher ne signifie pas pour autant que le Hezbollah a perdu toute capacité d’action. La formation pro-iranienne continue de mener des frappes, notamment à l’aide de drones, et parvient encore à atteindre les forces israéliennes. Ces opérations semblent toutefois de moins en moins suffisantes pour empêcher Israël de modifier progressivement le terrain et d’étendre son dispositif à son avantage.
C’est cette nouvelle réalité qui se lit désormais dans les raids israéliens répétés sur Nabatiyé et ses environs. Lundi, la localité de Kfar Remmane, dans le caza de Nabatiyé, a été visée à deux reprises, faisant au moins douze morts, dont deux enfants et quatre femmes, selon le ministère libanais de la Santé. Ces frappes sont intervenues après des attaques de drones attribuées au Hezbollah contre les forces israéliennes.
Le problème n’est donc plus de savoir si le Hezbollah est encore capable de combattre. Il l’est. Le problème est de savoir quelle part du terrain il est encore capable d’empêcher Israël de prendre.
L’Iran, le prochain levier?
C’est dans cette perspective qu’il faut lire les informations faisant état d’une possible implication directe de l’Iran.
Selon un rapport publié lundi par le quotidien israélien Yedioth Ahronoth, les services israéliens estiment que le Hezbollah chercherait à entraîner Téhéran davantage dans la confrontation, alors que la pression israélienne augmente au Liban-Sud. Il faut évidemment distinguer cette lecture israélienne d’une décision iranienne d’intervenir. «Rien ne permet d’affirmer, à ce stade, que Téhéran ait décidé d’ouvrir directement un nouveau front», indique-t-on de source militaire.
L’hypothèse n’est toutefois pas née de rien. Pour rappel, l’agence de presse Reuters a rapporté, début septembre, que l’Iran avait averti Washington, par l’intermédiaire d’Oman, qu’une offensive israélienne de grande ampleur contre Ali Taher provoquerait une riposte iranienne importante. Trois responsables informés du message ont affirmé à l’agence que des membres des Gardiens de la révolution iranienne se trouvaient aux côtés de combattants du Hezbollah dans la zone. Reuters précise toutefois ne pas avoir pu vérifier indépendamment leur présence, tandis qu’Israël a contesté la présence de forces iraniennes sur ces hauteurs.
Le message est néanmoins révélateur. «Même sans intervention directe, l’Iran entend conserver une capacité de dissuasion sur le front libanais. Pour le Hezbollah, cette menace peut aussi constituer un moyen de repousser le moment où Israël pourrait transformer son avantage local en nouvelle offensive plus large», note-t-on de même source.
Côté iranien, et toujours selon la source militaire, Téhéran n’aurait pas nécessairement intérêt à se laisser entraîner dans une guerre dont le calendrier et l’ampleur lui échapperaient. Le précédent d’Ali Taher montre surtout que Téhéran peut tenter de fixer une ligne rouge sans nécessairement être obligé de la défendre directement. La menace iranienne peut donc être, à ce stade, aussi importante par son effet dissuasif que par la perspective d’une intervention réelle.
Le Liban-Sud entre deux impasses
Pendant que cette partie se joue entre le Hezbollah, Israël et, en arrière-plan, l’Iran, l’État libanais reste confronté à sa propre contradiction.
Le gouvernement condamne les frappes israéliennes, réclame la fin des violations de la souveraineté libanaise et affirme vouloir renforcer l’armée. Une position politique qu’il n’a pourtant toujours pas réussi à transformer en contrôle effectif du territoire.
C’est cette impasse qui permet à Israël de conserver une marge d’action considérable. Les frappes ne se limitent plus aux zones immédiatement frontalières. Nabatiyé et Kfar Remmane sont aujourd’hui directement et lourdement touchés, tandis que les positions israéliennes avancent ou se consolident autour de hauteurs stratégiques. À mesure que le Hezbollah refuse de remettre certaines positions à l’État, Israël peut présenter leur maintien comme la justification de nouvelles opérations.
Et c’est là que le cas d’Ali Taher devient politiquement embarrassant pour le Hezbollah comme pour Beyrouth. Le premier refuse de céder le terrain à l’État au nom de la résistance, le second n’a pas les moyens ou la volonté politique de l’imposer et Israël finit par occuper l’espace laissé entre les deux.




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