La prise par Israël du complexe militaire du Hezbollah situé sous la colline d’Ali el-Taher place une nouvelle fois l’État libanais sous le feu des critiques, ravivant les accusations contre Beyrouth pour son incapacité à faire appliquer sa propre décision de désarmer la milice contrôlée par l’Iran.
«Je ne suis pas surpris que l’armée libanaise se contente de regarder Israël prendre davantage de territoire au Hezbollah sans lever le petit doigt pour agir contre ce dernier et lui retirer ainsi le prétexte qu’Israël invoque pour poursuivre la guerre», a déclaré le général à la retraite de l’armée libanaise Khaled Hamadé.
«L’exemple le plus flagrant est celui de la prétendue zone pilote de Zawtar el-Gharbiyeh, où l’armée ne fait rien pour désarmer le Hezbollah ni pour l’empêcher d’y revenir», a-t-il déclaré à This is Beirut. «C’est pourquoi les Israéliens font le travail que l’armée libanaise était censée accomplir.»
Le cadre trilatéral négocié sous l’égide des États-Unis et signé le 26 juin entre le Liban et Israël impose à l’armée libanaise de désarmer le Hezbollah et de l’empêcher de maintenir une présence militaire dans les zones pilotes spécifiées. Trois zones pilotes ont été créées à ce jour.
Les progrès sont, depuis, au point mort en raison de divergences entre Israël et le Liban sur les modalités de vérification du désarmement du Hezbollah. À Zawtar el-Gharbiyeh, première zone transférée du contrôle de l’armée israélienne à celui de l’armée libanaise, This is Beirut a rapporté que des membres du Hezbollah revenaient dans la zone sous couvert de travailler pour des organisations civiles.
Le porte-parole des Forces libanaises, Charles Jabbour, a déclaré que «le Hezbollah a préféré évacuer sa position stratégique sur la crête d’Ali el-Taher, prise par l’armée israélienne, plutôt que de la remettre à l’armée libanaise».
Pendant des mois, le Hezbollah a refusé de se retirer de son campement militaire situé sous la crête d’Ali el-Taher, à l’extérieur de Nabatiyé, affirmant que permettre à l’armée libanaise d’y entrer reviendrait à laisser Israël suivre les troupes libanaises et s’emparer de ce site stratégique. Dans une annonce surprise, le 3 septembre, Israël a déclaré avoir pris le contrôle du complexe souterrain, après que le mouvement eut promis de défendre le site dans le cadre d’une bataille prolongée.
Charles Jabbour a déclaré que le Hezbollah préférait voir Israël prendre le contrôle d’une plus grande partie du territoire libanais plutôt que de renoncer à son arsenal. «Le Hezbollah est en train de s’enfuir tout en refusant de remettre ses armes à l’armée libanaise, parce qu’il considère qu’il est toujours engagé dans une confrontation avec Israël», a-t-il déclaré.
Pour l’avocat activiste Majd Harb, le Hezbollah concentre ses efforts sur la scène politique intérieure libanaise plutôt que sur Israël. «Sa guerre contre Israël est un alibi dont le Hezbollah se sert pour conserver ses armes, alors que son principal adversaire est l’émergence d’un État libanais fort qui le désarmerait», a-t-il déclaré à This is Beirut.
«Le Hezbollah considère que sa bataille se joue à l’intérieur du pays, et non contre Israël», a ajouté Majd Harb. Pendant ce temps, a-t-il poursuivi, l’État libanais «reste les bras croisés» au lieu de mettre en œuvre sa décision de le désarmer.
Le Liban n’est pas parvenu à mettre en œuvre ses décisions de désarmement. Le 8 janvier 2026, l’armée libanaise avait annoncé avoir achevé la première phase du désarmement du Hezbollah au sud du Litani, une affirmation rejetée à l’époque par Israël. Les efforts du Liban pour entamer le processus au nord du Litani, auxquels le Hezbollah s’opposait, ont ensuite été bloqués.
Puis, le 2 mars 2026, le Hezbollah a ouvert un front militaire contre Israël en soutien à l’Iran, plongeant une nouvelle fois le Liban dans la guerre. Le Conseil des ministres s’est réuni ce jour-là pour interdire les activités militaires du Hezbollah et charger l’armée libanaise de le désarmer. Le commandant de l’armée libanaise, Rodolphe Haykal, s’est toutefois abstenu de mettre cette décision en œuvre, invoquant des craintes pour la paix civile.
Cette décision a suscité de nombreuses critiques, ses détracteurs estimant que l’armée libanaise ne peut pas se comporter comme une entité politique indépendante, décider elle-même quelles décisions du gouvernement elle entend appliquer ou fixer ses propres conditions pour leur mise en œuvre.
«L’équation est très claire: le Hezbollah refuse de se désarmer et l’État ne veut pas appliquer ses propres décisions, qu’il s’agisse de la décision de désarmer le Hezbollah ou de l’interdire», a déclaré Jabbour.
«C’est le principal défi auquel le pays est confronté et la situation dans laquelle il est aujourd’hui bloqué. La grande question est de savoir comment sortir de cette impasse», a-t-il ajouté.



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