Ali Taher: un mensonge gros comme… une montagne!
©Ici Beyrouth

Jusqu’à il y a quelques semaines, personne n'en avait entendu parler, en tout cas pas moi, de cette fameuse colline Ali Taher. Et puis, un matin, nous nous sommes réveillés en découvrant que c’est LE site stratégique par excellence. Une sorte de Thermopyles à l’envers. Sans héros spartiates, mais avec, à la place, les spécialistes des contre-vérités: le Hezbollah et ses maîtres, les Gardiens de la révolution.

Cette colline est donc devenue un symbole érigé par le Hezbollah, avant que la milice ne rétropédale en banalisant l’importance du site… après l’avoir perdu. Et surtout, contrairement à la glorieuse épopée de Léonidas, la colline est tombée sans aucun, mais alors aucun panache. Bien au contraire. Ce qui est tombé, c’est un mensonge de plus en plus gros. De plus en plus insupportable. Celui d’un Hezbollah gardien de la « souveraineté libanaise », que la milice pro-iranienne « vend » depuis des décennies à sa base, qui y croit encore. Ce qui, soit dit en passant, est tout aussi stupéfiant.

L’État libanais, via les Américains, avait proposé une porte de sortie honorable: que l’armée libanaise prenne position sur cette crête qui domine Nabatiyé et la vallée du Litani. Une occasion en or de démontrer, enfin, que le Liban a une armée souveraine, capable de tenir son propre territoire.

Le Hezbollah a refusé. Il a préféré laisser un poste de commandement souterrain, ses tunnels, ses dépôts d’armes et ses officiers des Gardiens de la révolution sur cette colline plutôt que de les céder à l’État libanais lui-même. Voilà qui détient le monopole de la décision au Liban-Sud, et ce n’est pas Beyrouth. C’est Téhéran.

Finalement, l’armée israélienne a pris la crête le 4 septembre.

Mais la vérité exacte reste enfouie sous les éboulis de la propagande iranienne: est-ce une prise de force pure, l’armée israélienne balayant une position tenue, ou un retrait négocié en sous-main, miliciens et conseillers iraniens évacués discrètement pour épargner à l’Iran l’aveu d’une déroute?

Dans les deux cas, le verdict est le même: le Hezbollah a préféré perdre la colline plutôt que la céder à son propre État. C’est cela, la vraie nouvelle. Et la suite est d’un cynisme qui devrait soulever le cœur de tout Libanais un tant soit peu lucide.

À peine la crête tombée, des drones décollent, sur ordre de Téhéran, pour l’honneur de Téhéran, direction les positions israéliennes.

Mais, comme d’habitude, ce n’est pas l’Iran qui encaisse la riposte. C’est Kfar Remmane, c’est Arab Salim, c’est Nabatiyé el-Faouqa.

Le Hezbollah joue son bras de fer géopolitique pour l’Iran, avec la monnaie du sang du Sud-Liban. Voilà l’équation que Téhéran impose depuis des décennies : l’Iran donne l’ordre, le Hezbollah exécute. La « résistance » n’a jamais été autre chose qu’une imposture. Une imposture que le Liban paie très cher.

Le bilan des destructions directes s’élève déjà à 1,3 milliard de dollars sans le Sud. Et personne ne reconstruira quoi que ce soit, nulle part au Liban, tant que le Hezbollah gardera ses armes.

Autre réalité: la zone de sécurité qu’Israël a mise en place au Sud-Liban est aujourd’hui quasiment achevée. Ce sont désormais 650 km² de territoire libanais qui sont sous contrôle israélien. Et c’est le fruit direct de la folie iranienne et du suivisme aveugle de ses supplétifs.

La seule solution? C’est la poursuite des négociations directes entre Israël et le Liban, malgré tous les obstacles. Pour qu’un jour, dans le cadre d’un accord, ces territoires soient restitués et la reconstruction lancée.

Dernière donnée à garder en tête, toute cette séquence va être de facto neutralisée à partir de la mi-octobre. Le temps que passent les élections législatives israéliennes du 27 octobre, puis les élections de mi-mandat américaines du 3 novembre. Calendriers électoraux obligent, personne ne bougera avant. Ni Jérusalem, ni Washington, ni Beyrouth.

Trois questions, pour finir.

Un: combien de collines, de villages, de vies faudra-t-il encore sacrifier avant que le Hezbollah accepte l’idée simple qu’un État souverain contrôle son propre territoire?

Deux: qui, au juste, décide de la guerre et de la paix au Liban ? L’État libanais, ou une chaîne de commandement qui remonte à Téhéran?

Trois: que reste-t-il de la doctrine de la « résistance » quand sa seule victoire, sur cette colline, aura été de perdre et de faire payer le prix aux autres?

Les habitants et notables de Nabatiyé, désormais en première ligne, ont parfaitement compris qu’ils ne sont que les outils des Iraniens. Cette semaine, ils ont lancé un appel pour le déploiement de l’armée libanaise dans leur ville. Le mur de la tromperie se fissure-t-il?

Hannah Arendt disait: «Le menteur a l’immense avantage de savoir d’avance ce que son auditoire souhaite ou espère entendre.» 

Il est temps de dire et d’accepter d’entendre la vérité. 

Commentaires
  • Aucun commentaire