Vingt ans après sa création, Athletico a célébré à Dbayeh ses équipes de jeunes distinguées dans les compétitions nationales et salué le départ de sa génération 2008. Derrière les trophées et les diplômes, la soirée racontait surtout une histoire de formation au long cours: celle d’une académie née en 2006, devenue club fédéré, partenaire de l’Olympique lyonnais et reconnue par la Confédération asiatique de football. Dans un football libanais où la formation reste l’un des principaux leviers de progression, le modèle mérite d’être regardé au-delà des résultats du week-end.
La scène avait quelque chose de symbolique.
Au complexe d’Athletico à Dbayeh, dirigeants, entraîneurs, joueurs et familles étaient réunis pour célébrer les équipes qui se sont distinguées dans les championnats de jeunes 2026. Mais le moment le plus chargé de sens concernait les joueurs nés en 2008, arrivés au terme de leur parcours dans les catégories de formation.
Un passage de témoin pour un club qui souffle précisément cette année ses vingt bougies.
Fondé en 2006 à l’initiative d’un groupe de parents souhaitant structurer davantage la pratique du football de leurs enfants, Athletico s’est progressivement développé en académie puis en club engagé dans les compétitions de la Fédération libanaise. Son projet s’est construit autour de la formation, avec une continuité technique entre les différentes catégories d’âge.
Robert Paoli, président du conseil d’administration, a d’ailleurs replacé la cérémonie dans cette histoire. Il a évoqué «une soirée particulière», rappelé les vingt années parcourues et insisté sur le travail collectif réunissant dirigeants, entraîneurs, partenaires, parents et joueurs.
À ses yeux, l’ambition initiale est devenue une structure capable de s’installer durablement dans le paysage du football de jeunes libanais.
La génération 2008, huit ans après un premier titre
Le parcours de la génération célébrée cette année illustre particulièrement cette continuité.
En 2018, alors qu’ils n’avaient qu’une dizaine d’années, les joueurs nés en 2008 avaient déjà remporté la première Academy Cup U10 organisée par la Fédération libanaise de football. Athletico s’était imposé en finale aux tirs au but et Marc Stephan avait été désigné meilleur joueur du tournoi.
Huit ans plus tard, c’est ce même Marc Roger Stephan qui a pris la parole à Dbayeh comme capitaine de la génération 2008.
Le détail pourrait sembler anecdotique. Il raconte pourtant exactement ce qu’une académie cherche à construire: accueillir un enfant, l’accompagner sur plusieurs catégories, le faire progresser techniquement et humainement, puis l’amener jusqu’aux portes du football adulte.
René Matta, président du club, a d’ailleurs choisi de ne pas limiter son message aux résultats. Aux jeunes diplômés, il a souhaité une réussite sportive et universitaire avant de leur lancer: «Vous avez été des joueurs remarquables, soyez maintenant de bons citoyens.»
Lyon, une coopération installée depuis quinze ans
L’un des piliers du projet reste le partenariat engagé en 2011 avec l’Olympique lyonnais.
L’accord ne consiste pas simplement à apposer le nom d’un club européen sur une académie libanaise. Il porte notamment sur la formation continue des entraîneurs, les échanges de méthodes de travail et le suivi de certains joueurs à potentiel. Des techniciens d’Athletico ont ainsi participé à des stages en France tandis que de jeunes Libanais ont pu être observés ou accueillis dans l’environnement lyonnais.
Robert Paoli a indiqué que cette coopération allait se poursuivre et annoncé de nouveaux projets, sans en dévoiler encore les détails.
Le directeur technique Fouad Rizk, lui, a insisté sur un élément moins spectaculaire mais essentiel dans une structure de formation: la cohérence du travail des entraîneurs d’une catégorie à l’autre. Pour lui, victoires et défaites font partie du développement, à condition de préserver une même identité collective.
Une reconnaissance asiatique renouvelée en 2026
Athletico dispose aussi d’un indicateur extérieur permettant d’éviter les slogans du type «meilleure académie du Liban».
En janvier 2026, la Confédération asiatique de football a renouvelé à l’académie son statut «one-star» au sein de l’AFC Elite Youth Scheme. Cette reconnaissance intervient après une évaluation portant sur la structure de formation et les standards de développement des jeunes joueurs.
La Fédération libanaise a également conservé son statut one-star, tandis que les académies du Safa et de Beirut Football Academy ont rejoint le programme.
La distinction ne constitue évidemment pas un classement absolu des académies libanaises. Elle valide en revanche l’existence d’une organisation répondant à un cahier des charges continental.
C’est une nuance importante: Athletico peut revendiquer ses résultats, mais sa crédibilité se mesure aussi à des critères de fonctionnement qui dépassent les trophées.
De l’académie au football senior
Le défi de toute structure de jeunes commence pourtant là où les médailles des catégories d’âge s’arrêtent: que deviennent les joueurs à 18 ans?
Athletico tente depuis plusieurs saisons de construire cette passerelle.
Le club a ainsi gravi successivement les échelons du football senior, de la cinquième à la troisième division. Particularité mise en avant par Athletico: cette progression a été réalisée sans recrutement extérieur, avec un groupe constitué de joueurs issus de sa propre formation, dont plusieurs U16, U17 et U18.
C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants du projet.
Une académie peut collectionner les titres de jeunes sans nécessairement produire des joueurs capables de survivre au passage vers le football adulte. Faire jouer ses propres éléments en compétition senior permet au contraire de prolonger leur développement lorsque beaucoup se retrouvent, à 18 ou 19 ans, sans véritable transition.
Le club possède déjà quelques exemples de joueurs ayant poursuivi leur parcours ailleurs. Philippe Paoli, formé à Athletico, est notamment passé par le Racing Beyrouth avant de rejoindre la réserve de Lyon puis d’évoluer en Allemagne et en Belgique.
Former aussi pour les sélections
La finalité dépasse également le club.
Lors du récent parcours de la sélection libanaise U17 au championnat d’Asie occidentale, six joueurs passés par la formation Athletico figuraient dans le groupe mis en avant par l’académie: quatre joueurs encore au club et deux anciens.
Dans un pays dont le réservoir démographique est limité, cette capacité des académies et des clubs à produire régulièrement des joueurs pour les sélections de jeunes est fondamentale.
Le football libanais ne peut pas uniquement attendre l’éclosion occasionnelle d’un talent. Il a besoin de structures capables d’en former plusieurs chaque année, puis de leur offrir suffisamment de matches et de continuité pour franchir les étapes.
C’est aussi ce qui donne du sens à la présence de Jihad Chahhaf, secrétaire général de la Fédération libanaise de football, lors de la cérémonie. Athletico lui a remis un trophée symbolique destiné à la Fédération, tandis que Robert Paoli a salué le développement du calendrier des compétitions de jeunes.
Les trophées ne seront pas le véritable verdict
La soirée s’est achevée avec les traditionnelles remises de diplômes, les photos de famille et le gâteau des vingt ans.
Mais pour Athletico, la question des prochaines années est désormais différente de celle des débuts.
Il ne s’agit plus seulement de prouver qu’une académie peut gagner des championnats de jeunes. Il faut montrer qu’elle peut transformer cette formation en véritables trajectoires: davantage de joueurs dans les sélections nationales, davantage de passages vers le football senior et, pour les meilleurs, davantage d’opportunités professionnelles à l’étranger.
En 2006, Athletico avait commencé avec des parents et des enfants autour d’un terrain.
En 2026, certains de ces enfants sont devenus joueurs, entraîneurs ou anciens de la maison, tandis qu’une nouvelle génération quitte à son tour l’académie.
Vingt ans après, le meilleur indicateur de réussite ne sera donc peut-être plus le nombre de coupes exposées à Dbayeh.
Ce sera de savoir jusqu’où iront ceux qui y ont appris à jouer.


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