Les regards se tournent mardi vers la place de l’Étoile, où le Parlement entame une séance de deux jours consacrée à la politique générale du gouvernement. Les députés doivent y examiner son action dans les différents dossiers depuis sa formation jusqu’à aujourd’hui.
En parallèle, le camp du Hezbollah et certaines forces qui lui sont proches tentent de pousser les débats vers une confrontation plus directe avec le gouvernement. Cette dynamique pourrait faire de la séance une étape vers une éventuelle mise en jeu de la confiance au gouvernement.
Selon cette lecture, l’affaiblissement, voire la chute du gouvernement, constituerait un objectif central de ce camp, qui chercherait ainsi à détourner le débat de la responsabilité du Hezbollah et des conséquences de la période ayant précédé la guerre, ainsi que de leurs répercussions sur le Liban-Sud et l’ensemble du pays.
Le dossier des armes au cœur des débats
Selon le quotidien An-Nahar, une large partie des questions parlementaires devrait porter sur l’absence de progrès ou la lenteur dans la mise en œuvre de la décision visant à placer les armes sous l’autorité exclusive de l’État. La séance pourrait ainsi se transformer en une vaste confrontation politique et parlementaire autour du Hezbollah, de ses armes et de ses liens directs avec l’Iran.
Dans ce contexte, le président de la Chambre, Nabih Berry, ainsi que plusieurs blocs et députés devraient tenter de «maîtriser le rythme» de la séance afin d’éviter une escalade politique imprévue. Toute tentative de soumettre le gouvernement à un vote de confiance pourrait, par ailleurs, lui assurer une majorité suffisante, ce qui ne servirait pas les objectifs de ceux qui poussent dans cette direction.
Selon Al-Joumhouria, la confrontation attendue devrait se concentrer sur trois niveaux :
- La performance et la productivité du gouvernement, notamment dans les dossiers économiques, financiers, des services publics et administratifs.
- La gestion des dossiers souverains et sécuritaires, en premier lieu la fin des attaques israéliennes, le retrait d’Israël des territoires du Liban-Sud, le retour des déplacés et la reconstruction, ainsi que les mesures prises concernant la décision sur le monopole des armes par l’État.
- Les relations au sein de l’exécutif, notamment le degré d’entente entre ses composantes et leur capacité à prendre des décisions claires et à les mettre en œuvre.
Des sources parlementaires estiment que l’importance de la séance ne réside pas uniquement dans le nombre de députés qui critiqueront le gouvernement, mais dans la possibilité que ces critiques se transforment en une majorité parlementaire capable de prendre une décision politique contre le gouvernement ou l’un de ses ministres.
«Une séance qui se terminera comme si de rien n’était»
Une source politique de premier plan a déclaré à Al-Joumhouria que la deuxième séance consacrée à la politique générale du gouvernement du Premier ministre Nawaf Salam «sera sans conséquences», les forces politiques étant profondément divisées sur les dossiers politiques, mais s’accordant sur l’impossibilité d’une rupture politique interne, d’un changement ou de nouvelles secousses.
Selon cette source, «le gouvernement entendra beaucoup de critiques et essuiera des attaques de toutes parts, mais la séance s’achèvera comme si de rien n’était». Les députés se répartiront entre un camp défenseur et un camp hostile au gouvernement, le tout restant encadré par l’absence de couverture extérieure à toute initiative susceptible de provoquer une crise.
La source a ajouté: «C’est une séance de démonstration de force, dont les thèmes seront la situation économique et financière, les armes, l’énergie et même l’amnistie générale. Jeudi sera un autre jour.»
La source a également indiqué qu’«il n’est pas prévu de demander un vote de confiance au gouvernement, à moins que le chef du Courant patriotique libre ne le demande».
Selon elle, cette éventualité comporte deux résultats que Gebran Bassil devrait avoir pris en compte: soit le gouvernement obtient à nouveau une confiance faible, soit le résultat reste similaire à celui de la première séance parlementaire de débat de politique générale, tenue le 15 juillet dernier, au cours de laquelle le gouvernement avait obtenu 69 voix, un nombre qui pourrait passer à 70.
Dans ce cas, «il aurait commis une erreur, car il lui aurait accordé la légitimité qu’il cherchait à lui retirer». L’hypothèse d’un vote de confiance obtenu «de justesse» serait, selon la source, peu probable.
Les députés souverainistes interrogent le gouvernement
Selon Nidaa al-Watan, un large groupe de députés souverainistes, notamment les membres du bloc de la République forte, entend interroger le gouvernement sur la période ayant suivi ses décisions.
Ils devraient notamment demander si les institutions militaires, sécuritaires, judiciaires, financières et administratives ont effectivement été mobilisées pour les mettre en œuvre, ainsi que les raisons de cette absence d’avancées alors que les capacités de l’État continuent de s’éroder.
Concernant une éventuelle motion de défiance, des sources parlementaires rappellent que l’article 37 de la Constitution interdit toute discussion d’une demande de retrait de confiance à l’encontre d’un ministre ou du gouvernement avant le dépôt de cette demande auprès du Parlement et sa notification au gouvernement ou au ministre concerné. Celui-ci doit disposer d’un délai d’au moins cinq jours pour y répondre.
Des interrogations sur le calendrier de la séance
Le calendrier de cette séance suscite également des interrogations, alors que l’État a besoin de toute sa marge de manœuvre et de sa capacité d’action, plutôt que d’un nouvel affaiblissement et d’un épuisement politiques.
Selon Nidaa al-Watan, Baabda ne manifeste toutefois aucune inquiétude quant à une éventuelle chute du gouvernement, considérant la séance comme une étape normale de la vie démocratique, d’autant qu’une précédente séance d’interpellation avait déjà eu lieu. Tous les indicateurs plaident en faveur du maintien du gouvernement, qui dispose d’une majorité parlementaire et face auquel aucune majorité ne serait actuellement en mesure de retirer la confiance. Il bénéficie également d’un soutien populaire interne ainsi que d’un soutien régional et international, tandis que les rapports de force actuels ne permettent pas de le faire tomber.