Enfin! Il y a des réveils qui prennent des décennies. Celui du Sud-Liban en est un. À Nabatiyé, à Tyr et dans les villages qui bordent le Litani, une partie de la population longtemps anesthésiée par les slogans creux du Hezbollah redemande, timidement mais nettement, la présence de l'État. Pas celle des miliciens en treillis ou celle des portraits de Khamenei placardés sur les frontons calcinés, mais celle de l'armée libanaise, des institutions et d'un pays qui gouverne au lieu de se faire gouverner par une milice sous tutelle iranienne.

La visite du président de la République au Sud, très symbolique mais qui marque un tournant, s'inscrit dans ce mouvement lent de sevrage d'une propagande martelée depuis quarante ans et d'un lavage de cerveau qui a transformé une région entière en réservoir sacrificiel pour une cause qui n'a jamais été la sienne: celle de la République islamique d'Iran. Cette visite est aussi destinée à éviter à Nabatiyé le sort qu’a réservé le Hezbollah à la zone d’ Ali Taher: la destruction totale. 

Parmi les incongruités à souligner, il y a eu en début de semaine un double communiqué concernant cette colline. Et c’est… une agence de presse iranienne qui livre le bilan. Alors que le Hezbollah se tait, l’agence Fars affirme que 48 miliciens étaient retranchés dans les tunnels d'Ali Tahir et que 8 avaient été tués. Les chiffres avancés sont certainement faux, comme d’habitude, mais ce qui mérite d'être souligné, c’est le sans-gêne de l'agence. Second élément de ce communiqué hallucinant, l’agence, sans sourciller, assène qu’aucun élément des Gardiens de la révolution n'a été « assiégé » sur le site. Personne ne le leur demandait. Mais, à vouloir trop nier, on avoue. Parce que pour clamer que ses hommes n'étaient pas encerclés là-bas, le communiqué reconnaît qu'ils auraient pu s'y trouver. Un aveu, tout en toupet, de la présence militaire illégale iranienne sur le sol libanais. 

Le Hezbollah a vendu la pseudo-«résistance», Il livre aujourd'hui des villages détruits, une économie exsangue et une jeunesse enrôlée pour mourir sur ordre de Téhéran.

Pendant ce temps, la diplomatie reprend en pointillés. Le huitième round des négociations directes libano-israéliennes a été reporté au mois d’octobre, faute d'avancées, remplacé par une rencontre préparatoire entre ambassadeurs qui s’est tenue ce mardi à Washington. 

Une phase d’attente qui pourrait donner au Hezbollah un répit pour se réorganiser, et à l'Iran le temps de rebattre les cartes.

Car Téhéran ne reste pas inactif. Le régime des Gardiens de la révolution a incité ses supplétifs houthis à s'emparer des côtes et des ports de la mer Rouge, le doigt désormais posé sur la gâchette de Bab-el-Mandeb. Résultat, l'Arabie saoudite se retrouve entraînée dans une guerre potentiellement dévastatrice, sans parler de la saignée financière. L’Iran use, une fois de plus, de sa méthode favorite. Exporter le chaos plutôt que négocier la paix et s’occuper de ses affaires qui en ont rudement besoin. 

À Beyrouth, dans la foulée de la contre-attaque iranienne, beaucoup redoutent désormais un coup de force du Hezbollah dans les prochaines semaines, camouflé derrière des revendications sociales légitimes qui seraient détournées à son profit. L'objectif serait limpide. Faire taire, sous couvert de colère populaire, tous ceux qui réclament le désarmement de la milice au nord du Litani. Une manœuvre classique de la milice. Le coup de force pour effrayer la population et museler toute opposition, même timide. 

Si l’on ajoute à ce cocktail explosif les informations, pour l’heure difficiles à vérifier, faisant état de mouvements d’armes et de combattants étrangers depuis la Syrie vers le Liban, on obtient le choix entre la peste et le choléra. Avec au milieu: nous!!!

Le Liban est ainsi suspendu entre l'explosion et la solution. Côté iranien, aucun signe n'indique que l'on s'oriente vers le compromis. Ce n’est pas le genre de la maison qui pourtant brûle. Les Gardiens de la révolution jouent le temps, la milice locale joue la rue, et le Sud, lui, continue doucement à se réveiller. Le véritable cauchemar de Téhéran serait que les chiites du Liban recommencent à considérer l’État libanais comme leur propre État. Et c’est la seule mauvaise nouvelle, pour l’Iran, qui ne sait pas rendre les armes qu'il n'a jamais eu l'intention de lâcher.

De Gaulle disait : «La souveraineté peut n’être plus qu’une flamme sous le boisseau ; pour peu qu’elle brûle, elle sera, tôt ou tard, ranimée.»

Il faut juste un souffle. Les Libanais n’en manqueront pas.