Cet été a certes été frustrant, mais le Liban est sur la bonne voie. Après une visite de dix jours à Beyrouth et à Jérusalem ce mois-ci, je pense que les dirigeants des deux capitales restent fermement attachés à un objectif commun: rétablir l’État libanais afin qu’il puisse reprendre le monopole des armes, assumer la sécurisation de ses frontières et prendre des décisions souveraines concernant les relations de part et d’autre de ces frontières.
Par ailleurs, si les Libanais ont des points de vue très différents sur le rythme et les moyens à employer, l’opinion au sein des différentes communautés libanaises évolue de plus en plus en faveur de ces objectifs. Même au sein de la communauté du Hezbollah, les sondages et les informations sur le terrain laissent croire que le fait que la milice ait elle-même mis sa population en danger lui a coûté cher. Le soutien au Hezbollah s’érode, même si cela ne s’est pas encore traduit par une opposition ouverte ni par l’émergence d’une alternative. Les positions politiques dans le Sud semblent évoluer rapidement. Plus tôt l’État sera en mesure de réaffirmer sa présence, d’assurer la sécurité et de permettre aux populations de reconstruire leur vie après les destructions, mieux ce sera.
Il est prématuré de porter un jugement sur l’accord-cadre trilatéral de juin qui n’a même pas encore trois mois. Mais, la dynamique nécessaire à sa réussite commence à s’essouffler. Le long calendrier lié aux élections israéliennes et à la formation d’un gouvernement de coalition, qui ne devrait vraisemblablement pas être réglée avant fin 2026, pourrait entraîner une nouvelle perte de vitesse. C’est le moment pour toutes les parties d’intensifier leurs efforts et d’accélérer la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre de l’accord de juin.
Premièrement, l’absence de mécanisme de vérification permettant d’évaluer ce qui s’est passé dans les deux premières zones pilotes a donné lieu à des querelles de clocher sur le terrain; ce qui ne sert les intérêts de personne. Le processus, jusqu’ici trop lent, de sélection des États disposés à assumer ce rôle et acceptables pour les différentes parties doit désormais être achevé, et de nouvelles zones pilotes doivent être identifiées.
Deuxièmement, les relations entre l’armée américaine et l’armée libanaise reposent sur une profonde confiance et un respect mutuel. Cette relation pourrait être mise à profit grâce à une présence plus active d’officiers américains auprès de l’armée libanaise à titre de conseillers, afin de compléter le mécanisme de vérification. C’est l’armée libanaise qui devra agir pour rétablir le contrôle souverain de l’État, mais quelques homologues américains pourraient lui apporter, en coulisses, conseils, informations et détermination. Leur intégration au sein de l’armée libanaise serait le meilleur moyen d’assurer leur sécurité.
Troisièmement, l’armée libanaise ne devrait pas se sentir limitée à agir uniquement conformément à l’accord-cadre trilatéral. Même en l’absence d’accord, il est dans l’intérêt de l’État libanais, de ses forces armées et de sa population que l’armée libanaise agisse contre les armes détenues par d’autres groupes, qu’il s’agisse de takfiristes, de factions palestiniennes ou du Hezbollah, affilié à l’Iran. Ceux qui menacent de provoquer des tensions confessionnelles devraient figurer en tête de liste. Si personne ne souhaite voir éclater un conflit ouvert, ces groupes doivent comprendre que l’autorité de l’État et de l’armée ne peut être contestée sans en payer le prix fort. Ce seuil n’a pas encore été franchi, mais je suis convaincu que l’armée libanaise en a les moyens.
Quatrièmement, après l’opération menée contre Ali el-Taher, Israël devrait agir dans son propre intérêt en prenant des mesures susceptibles d’aider l’État libanais, ce qui constitue la meilleure manière, à long terme, de consolider la sécurité dans le Sud. En l’absence d’indications claires d’une volonté israélienne de se retirer du Liban à mesure que la sécurité sera rétablie, notamment à travers des redéploiements progressifs, certains Libanais continueront de préconiser la prudence et de déconseiller toute prise de risque. Il ne s’agirait pas là de concessions, mais de la mise en œuvre des dispositions prévues par l’accord-cadre trilatéral, sur la base de progrès réciproques.
Cinquièmement, davantage de mesures de confiance pourraient contribuer à maintenir la dynamique du processus. La libération de prisonniers par Israël a constitué une initiative bienvenue. D’autres mesures de ce type pourraient être prises par les deux parties afin de montrer aux populations la valeur et la sincérité de l’effort visant à rétablir la paix et la sécurité.
Sixièmement, même dans le contexte des élections israéliennes, les groupes de travail créés par l’accord-cadre pour étudier les perspectives de relations pacifiques entre Israël et le Liban devraient discrètement commencer leurs travaux dès à présent. Des avancées majeures pourraient être difficiles à obtenir dès cette année, mais définir les différentes options pour les deux parties pourrait contribuer à accélérer le processus au début de 2027, lorsque le prochain gouvernement de coalition israélien sera, espérons-le, en place.
Entre-temps, la contribution la plus cruciale que Washington puisse apporter consiste à maintenir la pression sur l’Iran. De nouvelles opérations militaires de grande ampleur contre l’Iran auraient des résultats de plus en plus limités. Paradoxalement, ce qui est nécessaire, c’est une pression persistante, multidimensionnelle et inscrite dans la durée, afin de continuer à neutraliser la capacité de l’Iran à projeter sa puissance à travers la région.
L’administration Trump mobilise actuellement tous les instruments de la puissance d’État, militaires, économiques, politiques et diplomatiques, pour exercer ladite pression. L’objectif n’est pas de parvenir à un nouvel accord sans portée réelle, mais surtout de briser la capacité et la volonté du régime des Gardiens de la révolution islamique de terroriser son voisinage.
L’utilisation par Téhéran des points de passage stratégiques d’Ormuz et de Bab el-Mandeb n’est pas un signe de force, mais de désespoir, qui l’isole davantage de la communauté internationale. Des opérations militaires ciblées, des escortes navales et une pression diplomatique internationale permettront progressivement de lever ces entraves. Mais, Washington devra constituer une coalition réunissant les consommateurs d’énergie et les producteurs du Golfe afin qu’ils participent à cet effort, même si certains choisissent de ne pas prendre part à son volet militaire.
Washington devrait également renforcer sa communication afin que notre démocratie bénéficie d’un soutien et d’une patience accrus face à ce qui sera inévitablement un effort de longue haleine. Les Américains ont tendance à rechercher des solutions rapides dans des situations de ce type. L’histoire nous enseigne que seuls la persévérance et la détermination permettent d’obtenir des résultats.
L’Iran a appris à attendre la fin de chaque administration à Washington. Il est désormais temps que les Etats-Unis montre que le temps ne joue plus en faveur de Téhéran.