Trois milliards de dollars du FMI contre les dépôts des Libanais?

Alors que les discussions avec le Fonds monétaire international reviennent au premier plan et que des décisions déterminantes se préparent, le Liban se trouve à un tournant décisif.

En avril 2025, je qualifiais l’accord recherché avec le FMI de «visa le plus cher au monde». Aujourd’hui, cette formule prend tout son sens.

L’accord conclu au niveau des services du FMI en avril 2022 portait sur un financement d’environ trois milliards de dollars, sous réserve de l’accomplissement des mesures préalables et de l’approbation des instances compétentes du Fonds. Cet accord devait servir de certificat de crédibilité et permettre au Liban d’attirer, par la suite, des financements arabes et internationaux beaucoup plus importants.

L’objectif est légitime. Mais quel sera le prix réel de ce visa, et qui devra le payer?

Si trois milliards de dollars permettent de rouvrir les portes du financement international, mais conduisent parallèlement à sacrifier des dizaines de milliards appartenant aux déposants, le Liban aura obtenu le visa le plus coûteux de son histoire.

Le FMI ne doit pas devenir un alibi

Le Liban a besoin du FMI, de réformes profondes et d’un secteur bancaire assaini. Mais le FMI n’est pas le législateur du pays.

Les lois qui organiseront la restructuration bancaire, la détermination des pertes et leur répartition seront adoptées par les institutions libanaises. Les choix effectués et leurs conséquences resteront donc, en dernière instance, de la responsabilité des autorités libanaises.

Le danger ne réside pas dans la conclusion d’un accord avec le FMI. Il réside dans la tentation d’utiliser cet accord pour justifier une solution préétablie, imposée aux déposants sans leur expliquer clairement ce qu’ils récupéreront réellement.

Le FMI doit servir de catalyseur au redressement du Liban, non d’alibi à une répartition opaque des pertes.

L’État ne peut pas disparaître de l’équation

La crise ne résulte pas des seules décisions des banques. Pendant des décennies, celles-ci ont placé une partie considérable de leurs ressources auprès de la Banque du Liban. Parallèlement, l’État a accumulé déficits, dettes et besoins de financement.

Il convient cependant de distinguer précisément les responsabilités: les gouvernements ont défini et engagé les politiques de dépenses; le Parlement a voté les lois, les budgets et les autorisations relevant de ses compétences; le ministère des Finances a exécuté les opérations budgétaires et géré la dette publique; la Banque du Liban a exercé ses missions monétaires et son rôle de banquier de l’État et du système bancaire.

Chaque institution doit répondre de ses propres décisions. Mais l’État ne peut aujourd’hui s’extraire de cette chaîne de responsabilités et présenter ensuite la facture à ceux qui n’ont pris aucune de ces décisions.

L’article 113 du Code de la monnaie et du crédit prévoit que, lorsqu’un exercice annuel de la Banque du Liban se solde par une perte, celle-ci est d’abord couverte par la réserve générale. Lorsque cette réserve est inexistante ou insuffisante, la perte doit être couverte par un versement équivalent du Trésor.

Cette disposition ne signifie pas que l’État serait, à lui seul, l’auteur de toutes les pertes accumulées. Elle n’efface pas davantage les éventuelles responsabilités civiles, pénales ou de gestion de la Banque du Liban, des banques, de leurs actionnaires ou de leurs dirigeants. Elle impose néanmoins une obligation légale qui ne peut être ignorée.

Un audit indépendant doit donc déterminer avec précision la nature des pertes concernées, leur montant et les responsabilités correspondantes. La contribution du Trésor peut être organisée progressivement et dans un cadre préservant le patrimoine public. Mais elle doit être réelle, chiffrée et inscrite dans un échéancier transparent.

Les déposants ne peuvent être transformés en actionnaires forcés des pertes de l’État ou du système financier.

Pourquoi parler de liquidation avant d’épuiser les solutions de restructuration?

Au cours des trente années pendant lesquelles l’ancien gouverneur a dirigé la Banque du Liban, plusieurs établissements bancaires ont connu de graves difficultés. Les autorités monétaires ont alors souvent privilégié les fusions, les cessions, les acquisitions, les restructurations ou, lorsque cela s’avérait indispensable, des liquidations ordonnées, afin d’éviter des faillites incontrôlées et de protéger autant que possible les déposants.

Il serait donc préoccupant que les nouveaux mécanismes conduisent à remplacer les directions de nombreuses banques par des administrateurs temporaires, puis à considérer leur liquidation comme une conséquence presque automatique.

Le placement d’une banque sous administration temporaire ne doit constituer ni une condamnation anticipée ni le prélude automatique à sa disparition.

Chaque établissement doit être évalué individuellement. Avant toute liquidation, un audit indépendant doit être réalisé, des critères publics de viabilité doivent être appliqués, les parties concernées doivent pouvoir présenter leurs observations et un recours judiciaire effectif doit permettre de contester ou de suspendre une décision irréversible.

Certaines banques pourront peut-être se recapitaliser. D’autres pourront fusionner, céder des actifs ou transférer certaines activités. La liquidation doit demeurer l’ultime recours, après que l’impossibilité de toute autre solution aura été démontrée.

On ne peut liquider une banque avant de savoir précisément ce qui est liquidé, pourquoi elle l’est et ce qu’il adviendra de ses déposants.

Cent mille dollars: protection réelle ou promesse illusoire?

Le mécanisme actuellement proposé annonce le remboursement ou la protection des dépôts jusqu’à 100.000 dollars. Mais l’affichage d’un montant ne suffit pas.

S’agit-il de véritables dollars librement disponibles? Dans quelle monnaie les paiements seront-ils effectués? Seront-ils échelonnés sur quatre années ou davantage? Les retraits déjà effectués seront-ils déduits? Et quel traitement sera réservé aux sommes dépassant ce plafond?

La répartition envisagée — 60% à la charge de la Banque du Liban et 40% à la charge des banques commerciales — ne signifie pas que le déposant ne recevrait que 60.000 dollars. Elle désigne, en principe, la contribution respective des institutions au financement du montant remboursé. Cette architecture doit cependant être expliquée clairement et confirmée par le texte définitivement adopté.

Pour les dépôts plus importants, un remboursement partiel au moyen de titres arrivant à échéance dans dix, quinze ou vingt ans pourrait simplement transformer une perte immédiate en perte différée. Un titre d’une valeur nominale de 100 dollars, remboursable dans vingt ans et dépourvu de garanties suffisantes, ne vaut pas nécessairement 100 dollars aujourd’hui.

Chaque déposant a donc droit à quatre réponses claires :

Combien récupérera-t-il réellement? Dans quelle monnaie? À quelle date? Et avec quelles garanties?

Le véritable prix du visa

Les actionnaires doivent supporter les risques attachés à leur capital. Les dirigeants doivent répondre des fautes établies par la justice. Les banques doivent contribuer selon leurs responsabilités et leurs capacités réelles. La Banque du Liban doit établir clairement ses engagements et rendre compte de sa gestion. L’État doit, pour sa part, respecter les obligations que la loi met à sa charge.

Mais les déposants ne sont ni les actionnaires des banques, ni les auteurs des déficits publics, ni les concepteurs des politiques monétaires et financières.

Ils ont confié leur argent à un système autorisé, réglementé et contrôlé par l’État. Ils ne peuvent aujourd’hui devenir la variable d’ajustement chargée d’absorber les pertes accumulées par l’ensemble du système.

Le Liban a besoin d’un accord avec le FMI. Mais il ne peut restaurer sa crédibilité internationale en détruisant définitivement la confiance de ses propres citoyens.

Trois milliards de dollars ne peuvent justifier l’effacement de dizaines de milliards appartenant aux Libanais.

Si tel devait être le prix exigé pour rouvrir les portes du financement international, «le visa le plus cher au monde» ne serait plus une simple métaphore.

Ce serait un visa payé avec l’épargne de tout un peuple, pendant que ceux qui ont pris les décisions continueraient à se renvoyer la responsabilité.