Au Liban, le débat ne porte plus sur la nécessité de réformer le secteur bancaire, ni sur l’urgence de traiter l’effondrement financier qui a frappé l’État, l’économie et les citoyens. Sur ce point, le consensus est acquis. Le véritable désaccord porte sur la nature de cette réforme, la répartition des pertes et la partie qui devra supporter le coût de l’accord avec le Fonds monétaire international (FMI).
Le problème n’est pas de négocier avec les institutions internationales, mais de transformer l’accord avec le FMI en une fin en soi, à atteindre quel qu’en soit le prix — même si ce prix devait être payé par les dépôts des Libanais.
Les chantres de la signature d’un accord avec le FMI, qui évoquent un montant avoisinant les trois milliards de dollars, présentent l’accord comme la clé pour accéder au soutien des bailleurs de fonds, rouvrir les portes du financement et relancer l’économie. Mais cette logique soulève une question incontournable: ce financement extérieur servira-t-il à aider les Libanais, ou à remettre l’État sur pied au détriment des déposants?
Si l’accès de l’État au financement est conditionné par l’adoption d’une Gap Law qui fait porter aux déposants la majeure partie des pertes, l’accord ne serait plus un programme de sauvetage, mais un mécanisme de transfert de la charge financière de l’État vers les citoyens. Le déposant deviendrait alors le maillon faible d’une équation entre l’État, la Banque du Liban, les banques et le Fonds monétaire international.
La loi sur la restructuration des banques a été adoptée, mais elle ne peut être mise en œuvre indépendamment de la Gap Law. Restructurer sans avoir réparti les responsabilités reviendrait à pratiquer une chirurgie sans diagnostic, à prendre des décisions capitales sans savoir qui en assumera le coût.
Lier ces deux lois n’est pas une manœuvre politique: c’est une condition indispensable pour protéger les déposants et éviter que la restructuration ne devienne un outil de liquidation des banques — et, par ricochet, de transfert des pertes accumulées vers les citoyens.
Pire encore, l’approche envisagée impose des conditions strictes de recapitalisation sur quatre à cinq ans, avec la possibilité de déclarer en faillite toute banque incapable de s’y conformer. Peut-on exiger de banques déjà exsangues qu’elles reconstituent leurs fonds propres dans un délai limité, sans sources de financement claires, sans traiter les droits des déposants et sans que l’État assume ses responsabilités?
Imposer de telles conditions sans solution globale au déficit financier mènerait à un seul résultat: réduire le nombre de banques, liquider des institutions et geler, voire effacer, les droits des déposants.
Le mot « réforme » perd alors son sens, lorsqu’il devient synonyme d’appauvrissement des citoyens et que les dépôts se transforment en blanc-seing donné à la communauté internationale.
Le Liban a besoin d’un accord qui protège son économie et sa souveraineté financière, et non d’un accord qui conditionne le financement extérieur à l’abandon des droits des citoyens. Il a besoin d’une restructuration équitable, et non d’une redistribution des pertes qui ferait payer aux déposants le prix des décisions erratiques de l’État. Sauver l’État ne peut signifier se dérober à ses responsabilités et faire porter aux seuls déposants le coût de l’effondrement.