Les conditions du Fonds monétaire international (FMI) relatives au secteur bancaire ne peuvent être dissociées de la question de la souveraineté financière du Liban.

Lorsque les décisions fondamentales concernant la gestion des banques, leur recapitalisation et leur maintien sur le marché sont liées aux conditions imposées par un bailleur de fonds international, le débat dépasse la simple réforme technique pour toucher au cœur même de la décision économique nationale.

Le problème ne réside pas dans la coopération avec le FMI, ni dans le recours à son expertise, mais dans le risque de transformer cette coopération en tutelle effective, contraignant l’État à appliquer une approche prédéfinie, même si ses conséquences sociales et économiques s’avèrent lourdes.

Parmi les points les plus préoccupants figure la condition liant la survie des banques à leur capacité de se recapitaliser en quatre ou cinq ans. Selon cette logique, toute banque incapable de respecter ces critères pourrait être déclarée en faillite.

Une telle approche peut sembler conforme à la discipline bancaire en temps normal. Or, le Liban ne fait pas face à une crise bancaire traditionnelle. Le pays est confronté à un effondrement financier de grande ampleur, à une dépréciation de sa monnaie, à une contraction économique, à des restrictions sur les retraits et les transferts, ainsi qu’à un déficit financier lié à l’accumulation des engagements de l’État, de la Banque du Liban et du secteur bancaire.

Dans ce contexte, appliquer des solutions toutes faites sans tenir compte des spécificités libanaises et contraindre les banques à se recapitaliser dans un délai déterminé, sans leur garantir des sources de financement claires, reviendrait à précipiter la liquidation de plusieurs établissements, réduire la concurrence et favoriser un monopole du marché.

Les conséquences potentielles ne se limiteraient pas aux banques. En fait, chaque faillite laisserait en suspens le sort des déposants, des employés et des PME, tout en compliquant davantage la restauration de la confiance dans le système financier.

L’éventualité d’une mise sous tutelle administrative des banques, sous supervision du FMI, soulève aussi des interrogations sur les prérogatives des institutions libanaises et sur les limites de l’intervention extérieure. Dans ce cas, qui définit les priorités de la banque, protège les droits des déposants, et assume la responsabilité si les mesures imposées aggravent la contraction économique ou les pertes?

Protéger le système bancaire ne doit pas servir de prétexte à restreindre la décision nationale. De même, la nécessité d’obtenir un prêt d’environ trois milliards de dollars ne saurait justifier l’acceptation de conditions redessinant le système bancaire en dehors des institutions constitutionnelles et économiques libanaises.

Certes, le Liban a besoin de soutien international, mais il a surtout besoin d’une vision nationale claire qui définisse le rôle de l’État, les responsabilités de la Banque du Liban, les obligations des banques, les droits des déposants et le mécanisme de traitement du déficit financier. Laisser ces dossiers être dictés par une succession de conditions imposées au fil des négociations avec le FMI reviendrait à réduire la marge de décision du pays sur des choix déterminants.

La coopération internationale doit reposer sur le partenariat, et non sur les injonctions. La réforme doit être le fruit d’une décision libanaise claire, et non le résultat d’une pression financière qui placerait l’État devant un choix entre l’acceptation des conditions et le risque de l’isolement.

L’aide internationale est salutaire lorsqu’elle renforce la capacité de l’État à décider par lui-même. Elle devient tutelle lorsqu’elle impose la manière dont l’État doit répartir ses pertes et traiter les droits de ses citoyens.