Entre les élections américaines du 3 novembre et l'entrée en fonction du nouveau Congrès, le 3 janvier 2027, Donald Trump disposera de deux mois pour conduire sa politique au Moyen-Orient avec les majorités républicaines actuelles.

Appelée «lame duck session», cette période ne confère aucun pouvoir supplémentaire au président. Ce dernier conserve cependant un Congrès républicain jusqu'au 3 janvier, même si les urnes venaient à annoncer, au lendemain des élections de mi-mandat, une majorité démocrate dans l'une ou les deux chambres.

Une fenêtre politique pour Trump?

Pour Jonathan Piron, politologue, chercheur spécialiste du Moyen-Orient et de l’Iran et conseiller au sein du centre de recherche Etopia à Bruxelles, «les deux mois qui suivent les élections américaines constituent une période d’incertitude qui est favorable au président américain».

Si les démocrates remportent une ou les deux chambres, Trump disposera encore de plusieurs semaines avant de devoir composer avec les nouveaux élus.

Dans un entretien accordé à Ici Beyrouth, l’expert n'exclut pas que cette échéance entre dans les calculs de la Maison-Blanche. Il avance que la reprise des hostilités pourrait également servir des objectifs de politique intérieure, alors que l'administration pourrait être confrontée, à partir de janvier, à un Congrès plus déterminé à enquêter sur ses décisions et ses pratiques. «La reprise du conflit devient, dès lors, un instrument de politique intérieure», affirme-t-il.

Une telle hypothèse ne signifie pas qu'une nouvelle offensive américaine soit décidée. La situation dépend aussi de facteurs extérieurs à Washington. Les négociations avec Téhéran se poursuivent encore aujourd’hui autour d'un possible mémorandum d'accord, même si Jonathan Piron considère que les chances d'aboutir restent limitées, notamment en raison de la défiance entre les deux parties.

Le facteur israélien compte tout autant. M. Piron estime que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, pourrait avoir intérêt à une reprise de la guerre pour compliquer la formation d'une coalition susceptible de le remplacer et préserver sa position au pouvoir. La décision américaine ne se jouera donc pas uniquement, selon Jonathan Piron, en fonction du calendrier électoral de Trump.

Le Congrès, un frein surtout budgétaire

Si le président conserve une marge de décision militaire, le Congrès, lui, détient un levier essentiel sur la durée et l'ampleur de l'engagement américain, à savoir le financement.

Il convient de rappeler, dans ce contexte, que la loi de financement provisoire, signée le 2 septembre, arrive à expiration le 11 décembre. Les parlementaires devront donc s'entendre sur de nouveaux crédits ou prolonger temporairement le financement fédéral pour éviter une interruption partielle des activités de l'administration.

À cela s’ajoute le fait que l'administration Trump a réclamé, le 24 juin dernier, 87,6 milliards de dollars de crédits supplémentaires, dont 67,15 milliards pour le département de la Défense. Cette somme doit notamment couvrir les coûts des opérations contre l'Iran, reconstituer les stocks de munitions et répondre à d'autres besoins militaires. La demande n'a toutefois pas été approuvée et ne constitue pas une enveloppe immédiatement disponible pour le président. Son adoption nécessiterait un vote des deux chambres.

À partir du 3 janvier, une majorité démocrate pourrait donc compliquer l'obtention de nouveaux financements, imposer des conditions à leur utilisation et renforcer le contrôle parlementaire sur les opérations. Elle pourrait aussi organiser des auditions et enquêter sur les objectifs militaires, les dépenses engagées et les décisions de l'administration. Elle ne pourrait cependant pas interrompre automatiquement les opérations en cours.

La résolution sur les pouvoirs de guerre de 1973 encadre, par ailleurs, l'engagement des forces américaines. Elle impose au président de notifier au Congrès, dans les 48 heures, l'engagement de troupes dans des hostilités en l'absence de déclaration de guerre ou d'autorisation spécifique. Elle prévoit un délai de 60 jours pour mettre fin à cet engagement, sauf autorisation du Congrès, prolongation législative ou impossibilité pour celui-ci de se réunir, avec une possibilité de 30 jours supplémentaires pour le retrait des forces.

Dans le cas iranien, les opérations ont commencé le 28 février et l'administration a notifié le Congrès le 2 mars. Washington a ensuite considéré que le cessez-le-feu intervenu en avril avait mis fin aux hostilités au sens de cette législation. Cette interprétation a été contestée par des élus démocrates. Une nouvelle majorité pourrait relancer les initiatives visant à encadrer l'engagement militaire, mais toute loi adoptée par le Congrès pourrait se heurter au veto présidentiel, que seuls les deux tiers des voix dans chaque chambre permettraient de surmonter.

Interrogé par Ici Beyrouth, David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique, chercheur associé à l'EISMENA et rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques chez l'Harmattan, considère que cette limite temporelle pourrait également peser sur les choix opérationnels de Washington. Il envisage l'hypothèse d'une offensive particulièrement intense, mais de courte durée, afin d'éviter que les États-Unis ne se retrouvent engagés dans un conflit prolongé nécessitant une autorisation du Congrès. Téhéran pourrait, à l'inverse, miser sur la durée des hostilités, en pariant sur les difficultés politiques et institutionnelles auxquelles Donald Trump serait alors confronté.

Une nouvelle escalade aux conséquences régionales

Au-delà du rapport de force institutionnel américain, l'enjeu est celui des conséquences d'une éventuelle reprise de la guerre. Jonathan Piron indique que l'Iran pourrait répondre plus durement qu'auparavant et étendre les frappes à plusieurs espaces de la région, notamment les pays du Golfe et le Yémen. Le Liban ne serait pas nécessairement épargné, compte tenu de la présence persistante du Hezbollah dans le conflit et de sa capacité potentielle à riposter.

David Rigoulet-Roze replace ce risque dans l'impasse du dossier nucléaire iranien. Il rappelle que Téhéran refuse de transférer son stock d'environ 440 kg d'uranium enrichi à 60 % et évoque la possibilité d'un retrait iranien du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). À ses yeux, le problème ne se réduit donc ni aux enjeux énergétiques ni au contrôle du détroit d'Ormuz. C'est l'absence de compromis sur le nucléaire qui rend une sortie de crise particulièrement difficile. Le statut actuel de ce stock doit toutefois être distingué de son estimation antérieure aux frappes, qui ont rendu sa localisation et son état incertains.

«Donald Trump, qui privilégiait initialement un accord avec Téhéran, pourrait progressivement considérer qu'une solution négociée n'est plus envisageable», affirme M. Rigoulet-Roze. Et de voir dans cette évolution «le risque d'un engrenage militaire difficile à maîtriser». Une intervention américaine pourrait entraîner une riposte iranienne élargissant le champ des cibles bien au-delà du Moyen-Orient, tandis que Washington aurait du mal à se retirer tant que le dossier nucléaire resterait sans solution. Le spécialiste évoque, de surcroît, un possible glissement vers la perspective d'un changement de régime, une option que Donald Trump ne privilégiait pas initialement, mais qui pourrait gagner du terrain sous l'influence de la position israélienne.