Pour la énième fois, des activistes de la société civile ont été convoqués par le service de la Sûreté de l’État, pour avoir commis des actes de vandalisme et attaqué les propriétés publiques… Une rage qu’ils cherchent à exprimer par tous les moyens pour manifester leur colère et leur soulèvement contre un système politique, responsable de la déchéance du pays. Ils sont cinq (Amani, Sali, Mayline, Micha et Yehya) à avoir été interpellés pour avoir inondé, le 1er avril, les murs du ministère de l’Énergie de peinture et réduit en pièces la photo du chef de l’État Michel Aoun. En droit pénal, de telles actions sont considérées comme menaçant la sécurité de la nation et sont punies par les textes. La question qui se pose est celle de savoir pourquoi de telles convocations émanent depuis un certain temps de la Sûreté de l’État, sur instructions du procureur général près la Cour d’appel du Mont-Liban, la juge Ghada Aoun?

D’après l’ancien président du Conseil d’État Chucri Sader, la Sûreté de l’État est née en 1985, au lendemain de la création de deux organes de sécurité: les services de renseignement de l’armée libanaise (dirigés par un grec-orthodoxe) et le service d’informations au sein des Forces de sécurité intérieure (dirigé par un sunnite), pour une raison simple: assurer l’équilibre confessionnel (la Sûreté de l’État ayant à sa tête un grec-catholique et un vice-président chiite). En d’autres termes, cet organe de sécurité a vu le jour non en raison d’un besoin, mais par souci de répartition des postes sur une base communautaire. "Une fois ce " dispatching " effectué, il a fallu attribuer un rôle à la Sûreté de l’État. Comme tout ce qui se rapporte aux enlèvements, crimes, trafics de drogue, espionnage, terrorisme, etc. relève selon les cas des deux premières instances, il a été confié à la Sûreté de l’État la mission d’enquêter sur tout ce qui peut menacer la sécurité de la nation. Depuis, son rôle se limite à cela: convoquer les activistes ou toute autre individu qui pourrait inquiéter en quelque sort l’ordre public", explique Chucri Sader. Pour revenir à l’affaire susmentionnée, celle des cinq militants de la "thawra", il est effectivement du ressort de la Sûreté de l’État de les convoquer, sur la base de l’atteinte au sentiment national (en déchirant la photo du président de la République) et de la dégradation des édifices publics, comme l’indique le code pénal. Il est également du devoir du procureur général ou du tribunal militaire de diligenter des enquêtes à cet égard et de demander à la Sûreté de l’État d’arrêter lesdits coupables. Toutefois, selon Chucri Sader, la politique libanaise n’épargne aucun organe. "Depuis mars 2017, le directeur de la Sûreté de l’État Tony Saliba est protégé par le camp aouniste, raison pour laquelle sa convocation pour l’enquête sur l’explosion au port de Beyrouth (en août 2020) n’a pas eu lieu", assure l’ancien président du Conseil d’État. Ingérence que l’on retrouve dans plusieurs dossiers depuis un certain temps.