Pour la première fois, l’armée israélienne a officiellement annoncé avoir frappé, au Liban, des positions appartenant à la fois au Hezbollah et au Hamas.
publiés lundi, puis de nouveau mardi, l’état-major israélien a revendiqué explicitement des frappes contre des infrastructures des deux mouvements, rompant ainsi avec une ligne de communication jusqu’alors constante, qui cantonnait le théâtre libanais aux seules cibles du Hezbollah. Ce n’est pas la première fois qu’Israël cible des membres du Hamas au Liban – à titre d’exemple, le dirigeant Saleh al-Arouri avait été tué le 2 janvier 2025 dans la banlieue sud de Beyrouth – mais c’est la première fois que l’armée utilise le même langage pour décrire les infrastructures du Hamas et celles du Hezbollah.#فيديو 🔸جيش الدفاع هاجم مستودعات أسلحة ومباني عسكرية تابعة لحزب الله وحماس الارهابيتين في عدة مناطق من لبنان
— افيخاي ادرعي (@AvichayAdraee) January 6, 2026
🔸أغار جيش الدفاع أمس على عدة بنى تحتية عسكرية تابعة لحزب الله الإرهابي وحماس في عدة مناطق بلبنان.
🔸في اطار الغارات هاجم جيش الدفاع عدة مستودعات أسلحة ومباني عسكرية… pic.twitter.com/VRCo3SDQz7
Est-ce que cette évolution confirme une nouvelle phase de pression israélienne, qui dépasse le seul cadre du cessez-le-feu avec le Hezbollah et élargit le champ des cibles à l’ensemble de l’axe soutenu par l’Iran?
Interrogé par Ici Beyrouth, le général à la retraite Khalil Helou apporte une lecture technique. Il souligne que «les Israéliens mettent la pression sur le Hezbollah depuis le cessez-le-feu, le soupçonnant de se réorganiser». Concernant la mention du Hamas, il précise qu’elle s’inscrit dans un cadre strictement sécuritaire: «Quand Israël veut adresser un message politique ou militaire au Hamas, il le fait à Gaza, pas au Liban.»
Pour Maroun Hitti, général à la retraite, c’est une action israélienne qui ne va pas s’arrêter. Elle va augmenter en intensité et en mode d’action. Pour lui, la logique israélienne est claire : «l’un des centres de gravité du Hezbollah, c’est le Hamas. Frapper le Hamas revient donc à frapper le Hezbollah. Pour les Israéliens, il n’y a pas de différence: la source de financement est la même, l’Iran.»
Le général Hitti estime que le cessez-le-feu conclu en novembre 2024 avait valeur de «période de grâce» destinée à permettre au gouvernement libanais de désarmer le Hezbollah. «Le gouvernement a certes des réalisations à son actif, mais il a fait semblant de désarmer le Hezbollah. Il aurait dû arriver au stade de le qualifier d’organisation terroriste.»
Selon lui, l’État libanais est désormais perçu par Israël comme «défaillant», ce qui expliquerait la reprise en main sécuritaire israélienne. «Après la guerre des 60 jours de 2024, qui visait à affaiblir le Hezbollah, cette deuxième phase cherche à réduire au maximum l’influence du duo chiite dans les décisions politiques libanaises et à imposer l’intégration du Hezbollah dans l’État comme seule issue possible.»
Khalil Helou estime que les frappes récentes sont liées à des renseignements précis : «Les Israéliens ont probablement détecté des positions inhabituelles ou des réunions suspectes, ce qui explique les frappes menées hier et ce matin.» Il rappelle que «la présence du Hamas au Liban est limitée» et qu’«il ne dispose ni du même potentiel ni de la même capacité militaire que le Hezbollah, encore moins aujourd’hui». Toutefois, ajoute-t-il, «les Israéliens ne font pas la distinction», estimant que «l’intransigeance du Hamas à Gaza se reflète aussi au Liban».
Frappes aériennes et avertissements inédits
Sur le terrain, l’aviation israélienne a mené lundi des frappes contre plusieurs zones du sud et de l’est du Liban visant des infrastructures militaires du Hezbollah et du Hamas. Il s’agissait du premier avertissement officiel émis par l’armée israélienne cette année.
Selon l’ANI, une frappe sur Al-Manara, dans la Békaa, a provoqué «la destruction complète d’une maison et de lourds dégâts aux bâtiments, véhicules et commerces voisins». La maison visée appartenait à Sharhabil al-Sayed, un responsable du Hamas au Liban, tué par une frappe israélienne en mai 2024.
Dans deux publications sur X, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a précisé que les frappes visaient des sites du Hezbollah et des cibles du Hamas. L’armée israélienne a affirmé avoir attaqué des dépôts d’armes, des bâtiments militaires et des sites de production d’armements «utilisés pour reconstituer les capacités des organisations terroristes» du Hezbollah et du Hamas.
Pression accrue sur Beyrouth
Ces frappes interviennent à la veille d’une réunion cruciale du Conseil des ministres, prévue pour jeudi, au cours de laquelle le commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, doit présenter son rapport final sur le désarmement du Hezbollah au sud du Litani. Ce rapport détaille notamment les armes saisies, les tunnels inspectés et souligne que la poursuite de la présence israélienne constitue un obstacle majeur au déploiement complet de l’armée libanaise.
En élargissant le spectre des cibles à d’autres groupes palestiniens, Israël envoie un message clair : le désarmement partiel ou sélectif ne suffira pas.
La perspective d’une extension du processus de désarmement au nord du Litani, conditionnée à des ententes avec le Hezbollah pour éviter des affrontements internes, place l’État libanais face à un dilemme: assumer une décision souveraine lourde de conséquences internes, ou accepter une pression militaire israélienne durable.




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