Les scénarios politiques et stratégiques au Venezuela comme en Iran restent ouverts au débat puisque les dynamiques révolutionnaires se sont enlisées et sont devenues des questions hypothétiques. Observateurs extérieurs et acteurs internes s’interrogent sur les chances de transformations politiques imminentes. Aucun d’eux n’ose avancer des projections politiques qui pourraient mal tourner et entraîner des conséquences humanitaires et politiques tragiques. Les réserves politiques et stratégiques doivent être atténuées à plusieurs niveaux, car de fortes fluctuations sont toujours en cours et les dictatures sanglantes en place sont profondément défaillantes, déstabilisées et incertaines quant à leur capacité à reprendre le contrôle des contestations massives qui remettent en cause leur existence et leur légitimité.
Leur capacité à contenir les dynamiques souterraines du changement est désormais dépassée et ne saurait être négligée si l’on veut établir un bilan politique réaliste. Le changement n’est qu’une question de temps, et le point de bascule se rapproche progressivement. Aucun des éclairages stratégiques ne peut ignorer les dynamiques structurelles du changement ni la détermination des acteurs sociaux à piloter une transformation politique imminente, malgré l’ampleur des obstacles. Les dictatures sont questionnées dans leur raison d’être, sans parler de leur capacité à assurer une gouvernance effective.
Les supercheries idéologiques du Venezuela se sont dissipées avec le temps, et il ne reste que la pesanteur d’une dictature criminelle et la terreur d’État à un moment où les conditions de vie se détériorent chaque jour. La notion et la réalité de l’État, et encore moins de l’État de droit, ont été supplantées par les faits brutaux d’un État mafieux, le terrorisme d’État, la paupérisation massive, l’industrie pétrolière en ruine, les structures économiques anachroniques, la prise en main de l’économie souterraine et la restructuration des rapports sociaux et économiques conséquents. L’aliénation politique et mentale s’est étalée sur une longue période, et le système politique a,d’ores et déjà, perdu sa légitimité.
La survie du régime tient à la brutalité de la répression et à l’immobilisme des équations stratégiques dans l’hémisphère occidental. La fin de la guerre froide n’a pas donné lieu aux réformes politiques et à la libéralisation attendues: l’héritage durable du caudillisme, les retranchements oligarchiques et les mèmes recyclés du communisme tropical ont perpétué et aggravé les effets conjugués d’un autoritarisme destructeur, de la criminalité politique et d’une aliénation politique profonde. L’aliénation a atteint son paroxysme, et les leviers du changement politique sont liés aux anciens et aux nouveaux mouvements de contestation. La migration forcée de huit millions de Vénézuéliens au cours de la dernière décennie, l’institutionnalisation du terrorisme d’État l’appauvrissement à grande échelle, la déchéance civique et politique et l’effondrement économique et financier ont été largement suffisants pour créer un terrain propice à une entreprise révolutionnaire.
La politique américaine a suscité un retournement stratégique et politique associé à des calculs de prudence, d’évaluation politique méticuleuse et de gérance assidue du processus de transition, quitte à minimiser les risques d’un changement brutal et ses incertitudes. Conduire un changement politique dans des sociétés fortement polarisées et extrêmement fragiles comporte de hauts risques et peut entraîner un chaos généralisé. Néanmoins, la négociation du changement avec la mafia étatique en place est intrinsèquement vouée à l’échec puisque les oligarques ne sont concernés que par leur survie, en attendant des circonstances politiques plus favorables qui leur permettent d’échapper à la pression américaine et de marginaliser l’opposition politique.
Une diplomatie purement transactionnelle, dépourvue d’encadrement politique et intellectuel, peut rapidement déraper et semer les germes de complications politiques destructrices. Un accord expéditif autour de l’industrie pétrolière est un non‑départ, car cette question cruciale fait partie d’un schéma stratégique et sécuritaire plus vaste de réformes structurelles, économiques et technologiques. On peut s’interroger sur la capacité d’une vision étriquée de la transition politique et ses incidences sur les dynamiques de changement déchaînées et leurs répercussions sur l’ensemble de l’hémisphère.
La situation en Iran paraît plus difficile, l’état de panique du régime islamique s’étant déployé avec férocité et ne semblant ni reculer ni modérer sa sauvagerie. La létalité de la répression augmente, et le régime ne paraît pas disposé à amender sa trajectoire ou à s’engager diplomatiquement avec la communauté internationale et l’opposition politique. En revanche, les oppositions politiques manifestent leur exaspération et leur refus de céder cette fois à la brutalité d’un État terroriste dépourvu de scrupules et se livrant au carnage. Néanmoins, l’institution religieuse a sapé ses crédos idéologiques, remis en cause son récit islamique et ouvert la voie à une déconstruction radicale.
Ce qui est conspué à ce stade, c’est l’islam et non l’islamisme en tant que version politique contemporaine. La sauvagerie affichée lors des dernières confrontations a réduit au minimum les chances d’un compromis. La secte meurtrière au pouvoir a dévoilé son hideur et sa résolution à anéantir tout ce qui remet en cause sa domination totalitaire. On peut se demander s’il existe une solution à ce dilemme autre que l’effondrement de ce régime. Son inaptitude gouvernementale apparaît clairement lorsqu’on examine son bilan désastreux aux niveaux écologique, socio‑économique, politique et humanitaire, ainsi que les conséquences dévastatrices de sa guerre avec Israël et les États‑Unis. L’équation stratégique a irrémédiablement changé avec la destruction de ses proxies et de ses plateformes opérationnelles adjacentes, l’absence de soutien de ses hypothétiques alliés, l’isolement international hermétique et la dégradation de ses infrastructures économiques.
Les acrobaties politiques et diplomatiques sont inutiles, et le régime islamiste s’obstine à naviguer les eaux troubles de l’extrémisme religieux et de la cruauté. Les risques d’une implosion brutale doivent être atténués par une stratégie soigneusement conçue et séquencée afin de limiter les dégâts, diminuer le coût humanitaire, éviter les écueils d’un État en proie au chaos et à ses effets de débordement, et garantir une transition consensuelle coordonnée et supervisée par les États‑Unis d’Amérique. Le régime tient apparemment en raison de sa barbarie absolue, qui compromet en même temps sa survie. La survie du régime est finalement contestée de l’intérieur comme de l’extérieur, et sa chute n’est qu’une question de temps.
Les deux régimes sont dans leurs derniers jours, quelles que soient les temporisations imposées par la violence débridée et leurs antidotes stratégiques. Les crises concomitantes de légitimité et d’inaptitude gouvernementale et la confluence de problèmes socio‑économiques et environnementaux sont fatales, et les tensions s’accumulent. L’état de violence prolongée crée la plate‑forme d’un soulèvement révolutionnaire.




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