Carrefours stratégiques
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Les discussions en cours à Oman entre les États-Unis et l'Iran représentent une ultime tentative d'éviter le déclenchement d'une guerre, alors que la légitimité du régime iranien s'effondre, et que ses capacités de défense sont au plus bas. Le régime, confronté à une crise existentielle, n’a d’autre choix que de recourir à la violence et à des stratégies de déstabilisation à géométrie variable.

L'ordre du jour des négociations est devenu obsolète, à la suite de la destruction de ses infrastructures nucléaires et balistiques, ainsi que de l’affaiblissement de ses défenses. Les récentes vagues de répression ont gravement entaché sa légitimité et sa capacité à rassembler les différentes mouvances de la société iranienne. Le discours islamique a perdu toute crédibilité, et son attractivité diminue de manière exponentielle. La seule voie pour éviter une guerre dévastatrice serait de parvenir à des concessions, car la dynamique conflictuelle a atteint un seuil critique. Ces circonstances offrent une occasion unique pour une diplomatie de paix. À défaut, la capacité du régime à mobiliser ses alliés à travers le Proche et le Moyen-Orient est de plus en plus précaire, avec des dangers croissants à l’horizon. Une analyse rapide des évolutions récentes peut attester du bien-fondé de ces observations. 

La contre-offensive israélienne du 7 octobre 2023 a irréversiblement modifié la donne et changé les équilibres stratégiques et politiques. Ce tournant a marqué la troisième vague du changement politique au Moyen-Orient, où le nationalisme arabe, le militantisme palestinien et l'impérialisme islamique, sous ses formes sunnite et chiite, ont façonné le paysage politique dans les dernières décennies. Le Printemps arabe et ses échecs, ainsi que les guerres civiles qui l'ont suivi, ont également laissé leur empreinte sur le paysage politique. Cette nouvelle dynamique a relancé un changement marqué par le réveil collectif des identités ethniques opprimées, et la remise en cause de l’ordre géopolitique établi par l’impérialisme islamique dans la région.

Le conflit ouvert entre Israël et l'Iran se trouve à un tournant, alors que le régime iranien, en déclin, tente désespérément de relancer sa campagne de réarmement, de mobiliser ses mandataires et de rétablir ses alliances pour éviter une chute irrémédiable. Les actifs stratégiques supposés se sont érodés lors des trois dernières années. L'instrumentalisation des conflits à Gaza, au Liban, en Syrie et en Irak fait partie des relais dont le régime iranien se sert afin de déjouer sa déroute. 

La situation à Gaza stagne, car la coalition censée administrer le district n’a pas vu le jour et les chances d’une transition négociée semblent improbables jusqu’ici. Le rôle des États-Unis est crucial pour permettre à Gaza d'atteindre un état de normalisation, et une paix durable, et d’éviter de retomber dans le chaos. Le Hamas essaye de saboter tout projet de gouvernance qui remettrait en cause son emprise, voire son contrôle exclusif du district. Son exclusivisme le met en collision avec l’Autorité palestinienne, l’OLP et le reste des mouvements palestiniens qui refusent de reconnaître son hégémonie. Autrement, il se met en état d’affrontement direct avec Israël, qui s’interdit toute négociation avec le Hamas et se déclare en état de guerre à son endroit. L’échec du projet d’une gouvernance internationale ouvre la porte à une guerre totale, à l’annihilation du Hamas et à l’annexion de Gaza ? 

Les récentes erreurs diplomatiques de la délégation militaire libanaise à Washington illustrent les ambiguïtés et incohérences de l'exécutif actuel. S'attendre à un changement après la chute des gouvernements soumis au Hezbollah s’est avéré illusoire. La scène politique a dû composer avec un État profond bien ancré, construit lors des 35 dernières années sous l’influence alternée du régime syrien alaouite et de l'Iran, dans un contexte de domination chiite affichée.

La remise en question répétée de la souveraineté nationale a toujours été liée à la montée des extrémismes politiques et à leurs incidences sur l'équilibre intercommunautaire et l'avenir d'une démocratie fragilisée. La radicalisation, se déployant entre l'intérieur et l'extérieur, représente une menace mortelle pour l'existence du Liban et son avenir immédiat. Les nouvelles élites peinent à se libérer des hypothèques établies lors des quarante dernières années. Les contraintes sont profondément ancrées dans un système politique défiguré, dont le récit démocratique est ouvertement contesté par l'islamisme chiite et les verrouillages oligarchiques.

Les actions ambiguës de l'exécutif sont révélatrices de messages contradictoires et d'un manque d'engagement sur des questions cruciales telles que le désarmement, les extraterritorialités politiques et militaires et les questions controversées de légitimité. Alors que le Hezbollah poursuit la sape des fondements de la souveraineté libanaise et de la paix civile, le commandant en chef de l’armée libanaise, Rodolphe Haykal, persiste dans le déni de la nature terroriste de ce groupe et de sa politique de subversion. Le silence de l'exécutif sur les dernières déclarations du chef de l’armée témoigne d'une incapacité à atteindre un consensus sur des enjeux aussi critiques.

La Syrie doit s'acheminer vers une stabilisation progressive. Cela peut s’effectuer à travers des accords de sécurité renouvelés avec Israël, la signature d’un traité de paix qui mette fin aux engrenages guerriers, la renégociation de ses pactes internes et la révision des relations avec le régime islamique en Turquie. Un changement stratégique est impératif pour contrer le récit de l'islam militant et instaurer une dynamique où la citoyenneté inclusive, le partage du pouvoir et le pluralisme deviennent les moteurs et les gages d'une transition réussie.

La garantie d’une transition pacifique requiert une réélaboration du discours politique qui doit intégrer les principes de la citoyenneté inclusive, de la démocratisation et du pluralisme. Les réformes de gouvernance supposent des transformations majeures dans la conception de l’État de droit, de l'administration publique, du bien commun, des notions de justice et de la professionnalisation des politiques publiques. Cette obligation est de surcroît renforcée par la résurgence d'anciens problèmes tels que le clientélisme et le partage des dépouilles qui prévalent dans les sociétés tribales. 

L'Irak doit retrouver son indépendance vis-à-vis de l'Iran tout en respectant les bases de son système fédéral et ses garanties constitutionnelles. Cela est essentiel pour préserver son intégrité territoriale, prévenir la guerre civile et répondre aux exigences minimales d'une souveraineté fonctionnelle.

Cette analyse des différents contextes met en lumière les nombreux défis des transitions en cours, leurs risques latents et l'urgence d'éviter les conséquences destructrices de l'extrémisme politique, des friches sécuritaires et politiques et du délire idéologique.

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