Dans le contexte des tensions persistantes entre les États-Unis et la République islamique d’Iran, les médias iraniens, notamment la chaîne Al-Alam, ainsi que la presse proche de Téhéran, ont récemment mis en lumière la base aérienne de Hamat, relevant de l’armée libanaise dans le nord du Liban, la présentant comme une cible potentielle de missiles iraniens en cas d’attaque américaine contre Téhéran.
Ces médias pro-iraniens décrivent la base de Hamat comme une base américaine concernée, faisant écho aux menaces formulées par des responsables militaires iraniens visant à frapper les installations américaines dans la région en riposte à toute offensive des États-Unis.
Au Liban, silence radio. Aucune réaction officielle n’a été émise face à ces menaces, ni par le commandement de l’armée, ni par le ministère de la Défense, ni par le gouvernement. Le camp américain, en revanche, a pris ces déclarations au sérieux, considérant les propos relayés par les médias iraniens comme crédibles, d’autant plus que la présence d’experts militaires américains sur la base est connue de tous. Celle-ci s’inscrit dans le cadre des programmes de formation et d’assistance fournis par Washington à l’armée libanaise.
Pour autant, cette présence ne fait pas de Hamat une base militaire américaine. Aucune activité militaire américaine liée aux développements régionaux n’y est menée: il n’y a ni unités de combat américaines, ni avions de chasse, ni hélicoptères américains stationnés sur place.
Quant aux affirmations répétées par des partisans de l’axe de la Moumanaa au Liban concernant l’atterrissage d’avions de transport militaires américains sur la base, ce dernier se déroule depuis des années avec l’aval des autorités libanaises compétentes, dans le cadre de la livraison d’aides, d’équipements et d’armements destinés à l’armée libanaise, ainsi que pour les besoins logistiques de l’équipe américaine chargée de ses missions auprès des forces armées libanaises.
Des experts militaires soulignent que si la base de Hamat était véritablement une installation militaire américaine, les États-Unis auraient déployé à ses abords des systèmes d’interception de missiles et de drones, comme c’est le cas pour leurs bases en Syrie et en Irak. Les experts présents sur place ont toutefois pris des mesures de précaution, notamment lorsqu’ils ont récemment suspecté la présence d’un petit drone à proximité du site.
Le ciblage médiatique de la base de Hamat, en particulier par des médias proches du Hezbollah au Liban, n’a rien de nouveau. Il s’inscrit dans une campagne de longue haleine contre l’armée libanaise, présentée comme un instrument aux mains des Américains, la base étant décrite comme un centre de complot contre le Hezbollah et ses groupes armés.
À cet égard, le site d’information Al-Khanadeq (alkhanadeq.com), proche du Hezbollah, se présente comme spécialisé dans les questions géostratégiques, militaires et sécuritaires en Asie occidentale. Il publie régulièrement ce qu’il décrit comme des informations détaillées sur la base de Hamat: activités militaires, infrastructures, effectifs et missions.
En 2024, le site est allé jusqu’à suggérer la présence d’éléments du Mossad israélien sur la base, affirmant: «Selon certaines sources, des soldats et officiers aux traits moyen-orientaux arrivaient au Liban via cette base, alimentant des soupçons quant à leur éventuelle appartenance au Mossad, et laissant entendre qu’ils pourraient coordonner des opérations d’assassinat contre des dirigeants et membres de la résistance, ou mener diverses missions de renseignement.»
Ces accusations ont été ignorées par les responsables libanais. Or, la moindre des mesures aurait été d’effectuer une enquête auprès des auteurs, et si ces dires s’étaient avérés, «ils constitueraient une grave faille sécuritaire et une négligence sans précédent au sein de l’armée.» À défaut de preuves, leurs auteurs auraient dû être poursuivis pour diffusion d’informations mensongères.
Tous ces éléments suggèrent que la campagne visant la base aérienne de Hamat n’est pas fortuite, mais procède d’une stratégie délibérée. Outre le Hezbollah, certains membres du Courant patriotique libre, sous couvert de «souveraineté», participeraient à cette offensive médiatique. Il s’agirait de l’aile pro-Hezbollah, mobilisée afin de conférer une dimension «nationale» aux attaques menées par le Hezb contre l’État, l’armée et les services de sécurité, en les présentant comme dépassant tout clivage confessionnel ou partisan.




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