Alors que les tensions régionales s’intensifient sur fond de possible action militaire américaine contre l’Iran, Israël a renforcé ses opérations au Liban, envoyant un message clair au Hezbollah: toute tentative d’ouvrir un front en soutien à Téhéran ne sera pas tolérée.
Les récentes frappes israéliennes dans la vallée de la Bekaa-Est étaient «clairement préventives», selon l’analyste sécuritaire Riad Kahwaji. Selon lui, l’objectif stratégique d’Israël est désormais centré sur la neutralisation des capacités balistiques du Hezbollah, en particulier ses missiles lourds.
Le 20 février, huit membres du Hezbollah, dont un commandant militaire, ont été tués dans des frappes israéliennes dans l’est du Liban. Six jours plus tard, huit centres d’entraînement des Forces Radwan, l’unité d’élite du mouvement, ont également été ciblés.
Contrairement aux opérations antérieures, généralement présentées comme visant à empêcher la reconstitution militaire du Hezbollah, l’armée israélienne a explicitement décrit ces frappes comme préventives. Elle affirme avoir identifié des membres du mouvement travaillant à «accélérer la préparation de l’organisation et le développement de ses forces», tout en planifiant des attaques contre Israël.
«Frapper le commandement de la force de missiles, surtout les missiles lourds, est équivaut à la stratégie adoptée lors de la guerre précédente, marquée par l’élimination de cadres des forces Radwan», a déclaré Kahwaji.
Une source diplomatique occidentale, qui a parlé sous couvert anonymat, estime également que ces frappes traduisent une volonté claire d’empêcher toute reconstitution militaire du Hezbollah.
Le général à la retraite de l’armée libanaise, Hicham Jaber, a expliqué que la carte des cibles israéliennes au Liban ne se limite plus aux zones frontalières où l’armée libanaise menait des opérations de désarmement contre le Hezbollah. «Ce n’est plus seulement au sud du Litani, cette phase est révolue: le frappes s’étendant désormais au nord du Litani et dans la Békaa», a-t-il noté.
Toutefois, Jaber nuance l’idée d’un message spécifique lié à l’Iran. Il considère ces opérations comme la continuité logique des frappes israéliennes menées depuis le cessez-le-feu de novembre 2024. Malgré l’escalade, il estime que le Hezbollah ne serait pas dissuadé si une décision stratégique d’entrer en guerre était prise.
Pour Kahwaji, en revanche, Israël cherche à démontrer qu’aucune région libanaise n’est hors de portée, afin de décourager le Hezbollah et ses alliés, notamment le Hamas, d’ouvrir un front en cas d’attaque américaine contre l’Iran.
Le 20 février, la marine israélienne a frappé une installation du Hamas à Aïn el-Héloué, causant plusieurs morts et blessés, dont des responsables du Hamas.
De sources politiques et sécuritaires, on indique que des éléments liés au Hamas opèrent en coordination avec le Hezbollah au Liban, alimentant les craintes d’une «guerre de soutien» à Téhéran.
Selon ces sources, un scénario plausible consisterait en des attaques menées par des factions palestiniennes depuis le territoire libanais, tandis que le Hezbollah maintiendrait initialement une distance stratégique afin de présenter toute intervention ultérieure comme défensive.
Kahwaji affirme que le Hamas au Liban agit sous l’influence du Hezbollah et qu’il ne remettrait ses armes à l’État libanais que sur instruction de ce dernier. Il rappelle également que le mouvement palestinien a déjà mené des attaques lorsque le Hezbollah souhaitait éviter une implication directe.
Jaber, pour sa part, relativise la probabilité d’une participation du Hamas à une guerre régionale liée à l’Iran. Selon lui, une telle implication compromettrait l’accord de cessez-le-feu conclu à Gaza en octobre 2025. Il reconnaît néanmoins la présence, dans les camps de réfugiés au Liban, de factions armées palestiniennes, dont le Hamas et le Jihad islamique palestinien, susceptibles d’être mobilisées, et encadrées par le Hezbollah.
Au-delà du message stratégique adressé à l’Iran, ces frappes révèlent également la vulnérabilité persistante de la structure sécuritaire du Hezbollah. Malgré ses déclarations récentes sur la reconstruction de ses capacités et l’élimination des infiltrations, la précision des frappes dans la Bekaa suggère l’existence de failles internes importantes.
Selon la source diplomatique occidentale, Israël démontre qu’il surveille étroitement les mouvements du Hezbollah et de ses alliés, et qu’il est capable de frapper «partout et à tout moment». Jaber confirme l’existence de brèches sécuritaires persistantes au sein de l’organisation.
Enfin, plusieurs analystes estiment que cette escalade s’inscrit dans une pression croissante visant à accélérer le désarmement des armes détenues par des éléments non étatiques au Liban. Le 16 février, le gouvernement libanais a donné son accord implicite à un plan de l’armée pour poursuivre le désarmement entre les fleuves Litani et Awwali.
Alors que la région retient son souffle face à une possible confrontation entre Washington et Téhéran, les récentes opérations israéliennes rappellent que le Liban demeure un théâtre potentiel d’embrasement régional.



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