Tensions régionales: le Liban à la merci de l’influence iranienne
©Ici Beyrouth

Le président américain Donald Trump a prolongé son ultimatum à Téhéran jusqu’au 6 avril 2026, ajoutant une dizaine de jours supplémentaires à la date initiale pour la réouverture du détroit d'Ormuz au trafic maritime et au commerce du pétrole. Cette décision, présentée comme un moyen d’inciter la République islamique d’Iran à adopter une attitude plus sérieuse dans les négociations et à répondre aux exigences américaines — notamment en ce qui concerne la remise de son stock d’uranium enrichi et la cessation de ses activités de déstabilisation au Moyen-Orient — s’accompagne d’une suspension temporaire des menaces de frappes visant les infrastructures énergétiques iraniennes.

Mais derrière cette façade diplomatique se cache une réalité beaucoup plus tendue: Washington conserve toutes ses options, y compris la possibilité d’attaques terrestres contre des positions stratégiques iraniennes.

L’ombre d’une attaque terrestre

Alors que les négociations entre Washington et Téhéran divergent sur de nombreux points, l’option d’une attaque terrestre reste en effet sur la table. Il pourrait s’agir d’un déploiement ciblé de forces au sol pour sécuriser ou neutraliser des positions stratégiques, accompagné de frappes aériennes et d’un contrôle naval autour des zones sensibles, sans exclure la possibilité d’une opération de grande ampleur si les circonstances l’exigent.

Parmi les cibles prioritaires figurent l’île de Kharg, pivot majeur des exportations de pétrole iranien, l’île de Larak, où se trouvent bases et radars proches du détroit d’Ormuz, ainsi que l’île d’Abou-Moussa et les îles de Tunb, stratégiquement situées dans le golfe Persique. Une opération terrestre visant ces territoires aurait pour but de neutraliser les infrastructures et dispositifs militaires essentiels contrôlant l’accès au détroit d’Ormuz, tout en réduisant l’exposition directe des forces américaines. La riposte iranienne serait dans ce cas inévitable et pourrait, si les territoires des États du Golfe étaient lourdement menacés, entraîner cette fois leur intervention directe, transformant ainsi la confrontation en un conflit régional majeur.

Le Liban, zone tampon stratégique dans un conflit global

Parallèlement, le Liban reste un terrain d’influence et de tensions. Le Hezbollah, totalement soumis aux ordres de Téhéran, continue de présenter ses opérations comme des victoires stratégiques contre Israël. Cependant, la situation sur le terrain diffère de cette perception.

L’armée israélienne a pénétré jusqu’à 8 kilomètres à l’intérieur du territoire libanais, comme le suggère involontairement le Hezbollah dans son communiqué en révélant l’emplacement des tanks qu’il affirme avoir attaqués, tout en continuant à présenter ces avancées comme de simples incursions limitées, révélant ainsi la contradiction entre ses déclarations et la réalité. Par ailleurs, les salves de missiles visant le nord d’Israël, bien que qualifiées de massives, peuvent être tirées par un petit nombre de combattants à l’aide de lance-roquettes multiples qui envoient simultanément un grand nombre de projectiles. De plus, une vidéo diffusée par le Hezbollah, montrant un missile en direction d’un char Merkava, illustre le tir mais ne permet pas d’évaluer l’efficacité réelle de la frappe ni l’ampleur des dommages subis par le blindé.

Le Hezbollah utilise des systèmes de stockage décentralisés et des caches souterrains pour lancer des salves multiples. Il dispose aussi de missiles Almas-2 iraniens, dérivés des Spike israéliens, qui lui permettent de frapper jusqu’à environ 7 km, dépassant la portée des missiles occidentaux comme le MILAN (franco-allemand) ou le TOW-2 (américain). Moins sophistiqués que les Spike originaux, ces projectiles restent capables de perforer les blindages des chars, constituant une menace le long de la frontière sud du Liban.

Entre lignes de front et négociations: le cas libanais

Cette dynamique militaire met en lumière la volonté du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou de voir la zone tampon le long de la frontière sud du Liban s’élargir. Elle pourrait d’autre part laisser entrevoir, si les négociations entre Washington et Téhéran se déroulent sans escalade majeure, un impact positif sur le Liban: un accord entre les deux puissances pourrait alors ouvrir la voie à des négociations libano-israéliennes plus prometteuses.

Dans ce scénario, le Hezbollah pourrait être amené à adopter une posture prudente et à s’en remettre à l’État libanais si les Iraniens parviennent à un compromis avec les États-Unis.

Pour que cela devienne envisageable, le Hezbollah devra se placer sous l’autorité du président Joseph Aoun et du gouvernement libanais, renoncer à des revendications irréalistes, rompre avec toute logique ou orientation étrangère, et adopter, bien que cela semble très peu probable, une position pleinement libanaise, en s’en remettant entièrement à l’État dans la conduite des négociations.

Une telle démarche permettrait également de préserver les villages du sud du Liban et d’éviter de nouveaux déplacements massifs de populations liés aux affrontements en cours.

Par ailleurs, dans son dernier discours, Naim Kassem a présenté ces déplacements comme relevant du «jihad», les banalisant de facto et révélant une profonde indifférence au sort des populations concernées, ce qui souligne le peu de considération que la direction du Hezbollah leur accorde.

Équilibre fragile et perspectives

La clé de la stabilité du Liban réside dans le désarmement du Hezbollah, reconnu comme une condition sine qua non par le gouvernement israélien, le gouvernement libanais et la grande majorité de la population libanaise.  Même parmi ses partisans, au cas où les habitants ne peuvent pas regagner leurs foyers et restent privés de logement et de moyens de subsistance, le soutien populaire — aujourd’hui manipulé par des membres du groupe armé — s’effritera inévitablement, exposant l’organisation à une opposition interne qu’elle ne pourra plus contrôler.

Sa mise en œuvre ouvrirait la voie à un cessez-le-feu, protégerait les villages du sud, limiterait les déplacements massifs de populations et affranchirait le pays de l’influence iranienne, jetant ainsi les bases d’une paix durable et de l’espoir d’une prospérité retrouvée.

Ce n’est qu’à ce moment-là, pleinement renforcée et équipée pour agir, que l’armée libanaise pourra assumer pleinement sa mission, garantir la sécurité du territoire et endiguer les manœuvres de double jeu du Hezbollah, pour jouer un rôle central dans le maintien de la stabilité régionale.

Sans cette évolution, l’existence même du pays reste menacée, et le Liban risque de s’enfoncer toujours plus près de la catastrophe.

 

 

 

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