Le capitaine Mohamad Aziz est aux commandes de la direction de l’aviation civile au Liban depuis août 2025. Un terrain qu’il connaît parfaitement. Ancien commandant de bord et ex-conseiller du PDG de la Middle East Airlines (MEA), il arpente aujourd’hui sans relâche les halls de l’aéroport international de Beyrouth-Rafic Hariri (AIB), au plus près des opérations, afin d’en maîtriser chaque rouage. Véritable porte d’entrée et de sortie du Liban, la plateforme, dans un contexte particulièrement difficile, demeure sous haute surveillance. Mais il se veut confiant: selon lui, l’AIB n’est pas une cible pour les belligérants. Les garanties fournies par les autorités américaines aux instances de régulation de l’AIB sont, assure-t-il, sérieuses. D’après lui, l’enceinte de l’aéroport ainsi que la route principale qui y mène sont à l’abri des bombardements.
1- Qu’est-ce qui a changé entre la guerre de 2026 et celle de 2024 pour l’AIB en matière de trafic aérien et de demande ?
Les Libanais continuent de voyager en toutes circonstances. Ils semblent s’être adaptés — volontairement ou non — à un environnement marqué par l’instabilité, composant avec les aléas sécuritaires et économiques.
En 2024, lorsque la guerre se limitait à Gaza, l’impact sur le trafic à Beyrouth était fort: l’afflux de passagers n’atteignait que 10%. En 2026, la guerre touche directement le Liban, et paradoxalement, la demande de voyages augmente: l’afflux de passagers atteint 90%.
Résultat: les avions de la Middle East Airlines (MEA) partent et reviennent pleins. À l’inverse, en 2024, les vols retour étaient quasi vides, ce qui avait entraîné des pertes importantes pour le transporteur national.
2- Une stratégie particulière de gestion des vols a-t-elle été mise en place en 2026 ?
Oui. En 2026, au cœur de la guerre, la Middle East Airlines (MEA) a mis en place une gestion centralisée et sécurisée du trafic aérien libanais, en coordination avec les autorités aéroportuaires et les forces de sécurité. Avec la Royal Jordanian, qui opère trois vols par semaine, ces deux compagnies sont les seules à assurer des vols réguliers vers Beyrouth, garantissant la continuité des liaisons internationales malgré le conflit.
Le transporteur national organise un peu plus d’une trentaine de vols par jour, transportant près de 5 000 passagers, tout en priorisant la sécurité et la régularité. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, en 2026 il n’y a eu qu’un seul vol d’évacuation «orphelin», opéré par un avion battant pavillon russe, transportant des ressortissants iraniens, pour la plupart des enfants et des femmes. Les autres vols sont majoritairement des vols « ad hoc » destinés à l’aide humanitaire et sociale, intégrés à la stratégie globale de maintien du trafic dans un contexte exceptionnel.
3- Quelles destinations attirent le plus de Libanais dans la conjoncture actuelle, et comment la hausse du kérosène impacte-t-elle les coûts des vols?
Les destinations qui attirent le plus les Libanais dans la conjoncture actuelle sont Istanbul, Le Caire, Doha et Riyad. Ces villes constituent des hubs aériens stratégiques, offrant aux voyageurs un accès facile à des vols internationaux. Pour les expatriés résidant dans le Golfe de l’Est, comme à Oman, au Koweït ou aux Émirats arabes unis, il est courant de se rendre en voiture jusqu’à Doha pour prendre un vol vers Beyrouth. Riyad, quant à elle, est privilégiée par ceux venant du Bahreïn ou du Koweït. Dans les deux cas, l’objectif est le même: rejoindre un hub aérien fiable et sécurisé pour se rendre au Liban. Cette pratique est donc fréquente et reste une option pour les Libanais vivant dans le Golfe souhaitant rentrer dans leur pays.
La hausse des coûts énergétiques a un impact direct sur le prix des billets d’avion. La tonne de kérosène, qui coûtait environ 700 dollars, est aujourd’hui à 1 500 dollars. Cette augmentation, combinée aux détournements de vols et aux contraintes liées au conflit en cours, entraîne un allongement significatif des temps de trajet ainsi qu’un surcoût pour la MEA. Par exemple, un vol direct Dubaï-Beyrouth, qui durait trois heures et demie, peut désormais atteindre cinq heures. De même, un vol Beyrouth-Amman, qui prenait 55 minutes, peut aujourd’hui durer jusqu’à deux heures, tandis qu’un vol Beyrouth-Riyad peut s’allonger jusqu’à quatre heures selon les conditions de navigation actuelles.




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