Ambassadeur iranien : un nouvel affront pour l’État libanais
L’ambassadeur d’Iran au Liban, Mohammad Reza Sheibani ©Médias iraniens

«L'ambassadeur de l'Iran au Liban ne se pliera pas à l'ordre d'expulsion des autorités libanaises».

La dépêche est tombée, et avec ces 226 mots, le régime des mollahs prouve, une nouvelle fois, à travers son ambassadeur, qu’il ne respecte ni le Liban ni son État. 

Il y a des crises diplomatiques. Et il y a des moments où la diplomatie elle-même est niée. Le Liban, à travers son ministre des Affaires étrangères, en coordination avec les présidents de la République et du Conseil des ministres, a pris une décision souveraine: l’ambassadeur iranien est indésirable et il doit plier bagage. 

L’État a pris une décision. Certes tardive. Mais mieux vaut tard que jamais. Mais l’État, avec ses institutions officielles, légales et légitimes, a pris une décision souveraine pour couper court à une influence étrangère qui a gangrené le pays depuis au moins 1982. 

Or, l’ambassadeur d’un pays étranger défie notre État. Pire encore: il refuse de se plier à la décision de notre État en s’appuyant sur des soutiens politiques internes, notamment au sein du Hezbollah et de ses alliés. Autrement dit: une décision de l’État libanais est publiquement ignorée, sur son propre territoire, parce qu’une milice paraétatique financée par ce même régime lui a demandé de ne pas partir. 

Ce n’est pas un incident diplomatique. C’est un affront. Un affront encore plus grand que lorsque les Gardiens s’amusaient à dire qu’ils contrôlaient quatre capitales arabes, dont Beyrouth. Ou lorsque le régime iranien envoyait fièrement du fuel sanctionné au Liban, sous les applaudissements du secrétaire général du Hezbollah de l’époque, Hassan Nasrallah, après que la milice pro-iranienne a vidé les caisses de l’État par son trafic vers la Syrie de Bachar el-Assad.

Dans les relations internationales, la règle est simple: lorsqu’un État déclare un diplomate persona non grata, celui-ci part. Sans négociation, sans délai, sans condition. Refuser d’obtempérer, c’est contester la souveraineté même de l’État hôte. Et c’est exactement ce qui se produit aujourd’hui au Liban.

Car au-delà de l’homme, c’est le message qui compte. Ce refus signifie qu’une puissance étrangère — ou ceux qui la relaient — estime pouvoir s’opposer à une décision officielle libanaise sans en subir les conséquences. 

Si le régime iranien respectait un tout petit peu l’État libanais, il aurait accepté la décision, rappelait son ambassadeur, serait entré en contact avec le gouvernement libanais, et peut-être nommé un autre diplomate pour le remplacer. En d’autres termes, traiter avec notre État d’égal à égal. 

Mais le régime iranien ne nous considère pas comme des égaux. Il nous considère comme des subordonnés, des sous-fifres, de la chair à canon pour ses guerres par procuration. Depuis bien trop longtemps, le Liban s’est laissé faire, pris en otage par le Hezbollah. 

Mais aujourd’hui, une ligne rouge a été franchie. L’autorité de notre État, souvent contestée de l’intérieur, l’est aujourd’hui ouvertement de l’extérieur. 

Dans n’importe quel pays, une telle situation déclencherait une réponse immédiate: expulsion forcée, rupture diplomatique, voire des mesures de rétorsion. Au Liban, alors que ces lignes sont écrites, aucune réaction officielle.

Et c’est là toute la question: que va faire l’État? Car si une décision aussi fondamentale que l’expulsion d’un diplomate ne peut être appliquée, alors que reste-t-il de l’autorité de l’État?

Le gouvernement est devant un nouveau test. Depuis sa formation en février 2025, il n’a pas prouvé qu’il était apte à gérer les dossiers brûlants, dont notamment l’imposition du monopole de la violence légitime sur tout le territoire en désarmant le Hezbollah.

Lundi matin, l’État, et le pays tout entier, ne font pas face à une simple crise diplomatique.

Ils font face à un test.

Et pour l’instant, nous sommes en train de le perdre.

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