Israël a martelé jeudi sa détermination à s'en prendre au Hezbollah et a appelé à évacuer la banlieue sud de Beyrouth au lendemain de frappes meurtrières sur le pays voisin, en dépit des nombreux appels à inclure le Liban dans la trêve conclue entre les États-Unis et l'Iran.
Après cinq semaines de guerre au Moyen-Orient, le cessez-le-feu, entré dans sa deuxième journée, a semblé apporter une certaine accalmie, aucun bombardement n'ayant été signalé en Iran ou dans le Golfe.
À Téhéran et dans d'autres villes, des milliers d'Iraniens se sont rassemblés pour marquer le 40ᵉ jour après l'assassinat de l'ancien guide suprême Ali Khamenei, tué le 28 février par une frappe israélo-américaine marquant le début d'un conflit qui a fait des milliers de morts et secoué l'économie mondiale.
Malgré son «martyre», l'ayatollah Khamenei «est vivant, il est en train de nous regarder, et il prie pour chacun d'entre nous», déclare à l'AFP Nastaran Safaï, une étudiante de 24 ans, pour qui la guerre s'est conclue par une «victoire» de l'Iran.
En Israël, lieux saints et écoles ont rouvert, avec la levée de la plupart des restrictions liées à l'état d'urgence.
À Jérusalem-Est, sur l'Esplanade des Mosquées, un jeune fidèle, Hamza al-Afghani, partage sa joie «indescriptible».
Nouveaux appels à évacuer
Dans un Liban en deuil, l'atmosphère est tout autre. À Beyrouth, des secouristes fouillent toujours les décombres à la recherche de victimes des frappes menées simultanément par Israël sur plusieurs régions mercredi. Elles ont fait plus de 200 morts et un millier de blessés.
«Nous continuerons à frapper le Hezbollah partout où il le faudra, jusqu'à ce que nous ayons pleinement rétabli la sécurité pour les habitants du nord» d'Israël, a affirmé le Premier ministre, Benjamin Netanyahou.
L'armée a de nouveau appelé jeudi les habitants de plusieurs quartiers du sud de Beyrouth à évacuer avant de nouveaux bombardements.
L'ONU a averti que ces attaques faisaient peser un «grave danger sur le cessez-le-feu et les efforts menés en faveur d'une paix durable», à la veille de négociations prévues entre Iraniens et Américains au Pakistan.
Après Paris et Londres, la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Kaja Kallas, a aussi mis en avant que la trêve de deux semaines convenue entre Washington et Téhéran devait «inclure le Liban». Une position également exprimée par Moscou.
Le Liban «ne doit pas être la victime expiatoire d'un gouvernement (israélien, NDLR) contrarié parce qu'un cessez-le-feu a été trouvé entre les États-Unis et l'Iran», a estimé le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot.
La Turquie souhaite que le Liban puisse être inclus dans la trêve conclue entre les États-Unis et l'Iran, a affirmé le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan au lendemain de frappes meurtrières israéliennes au Liban.
«Nous espérons que le cessez-le-feu sera pleinement appliqué sur le terrain, y compris au Liban, et que ce processus aboutira à une paix durable», déclaré le ministre lors d'une conférence de presse à Ankara.
Plaidoyer de Merz
L'armée israélienne a poursuivi jeudi ses frappes sur le sud du pays, faisant au moins cinq morts, tandis que le Hezbollah a affirmé que ses combattants étaient engagés dans des affrontements directs avec les forces israéliennes dans cette région.
Côté israélien, au moins 14 alertes aux roquettes ont retenti depuis minuit à la frontière avec le Liban, signe d'un regain des tensions alors que le mouvement chiite n'avait revendiqué aucune attaque contre Israël la veille.
Le Pakistan, médiateur dans le conflit au Moyen-Orient, avait relevé en annonçant le cessez-le-feu que celui-ci s'appliquait «partout, y compris au Liban», ce que démentent Israël et Washington.
Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a répété jeudi que le Liban constituait une «partie inséparable» de l'accord, ajoutant que toute violation de la trêve provoquerait une «réponse ferme» de la part de Téhéran.
De son côté, le chancelier allemand Friedrich Merz, qui a annoncé jeudi que son pays allait reprendre ses pourparlers avec Téhéran, a dit craindre un échec du «processus de paix», appelant Israël à renoncer à son offensive au Liban.
Pourparlers attendus au Pakistan
Avant les discussions prévues au Pakistan, où le vice-président JD Vance doit mener la délégation américaine, Donald Trump a maintenu la pression.
Les troupes américaines resteront déployées à proximité de l'Iran jusqu'à un «réel accord», et dans le cas contraire, cela «tirera plus fort que ce que personne n'a jamais vu», a-t-il averti.
Le Pakistan a dit jeudi apprécier «la retenue manifestée par toutes les parties» avant les discussions, mais son Premier ministre a aussi dénoncé l'«agression» israélienne sur le Liban.
Augurant de la difficulté de la tâche des négociateurs, le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique a exclu jeudi toute restriction du programme d'enrichissement d'uranium, une des demandes fondamentales des États-Unis et d'Israël qui accusent l'Iran de vouloir se doter de la bombe atomique - ce que Téhéran nie.
Incertitudes sur Ormuz
La situation reste par ailleurs confuse autour du détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique quasi fermée par l'Iran depuis le début de la guerre et dont la réouverture était une condition du cessez-le-feu.
Les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé jeudi que les navires devaient emprunter deux tracés proches des côtes iraniennes, selon eux pour éviter des mines.
Mercredi, quelques navires ont franchi le détroit par lequel transite habituellement 20% de la consommation mondiale d'hydrocarbures.
Sur les marchés, la bouffée d'espoir qui avait accompagné l'annonce d'une trêve n'a pas duré. Le prix du baril de pétrole a à nouveau franchi la barre des 100 dollars, sous laquelle il était passé mercredi.
Le Fonds monétaire international a pour sa part estimé que la guerre en Iran pourrait plonger 45 millions de personnes dans l'insécurité alimentaire.
AFP



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