Cela commence à apparaître entre les lignes, le conflit dans le Golfe n’est pas près de se terminer. Ceux qui espèrent encore un apaisement rapide se trompent de guerre. Ce que nous vivons, c’est une guerre d’usure dont chaque acteur calcule non pas comment en sortir, mais comment se proclamer vainqueur.
Donald Trump a fait son choix. Pas de deuxième vague de bombardements, du moins pour l’heure. Sa stratégie est plus froide: asphyxier l’Iran de l’intérieur. Le blocus des ports se resserre et la Maison-Blanche mise sur ce que certains à Washington appellent, le «scénario soviétique», provoquer un soulèvement populaire sans lancer une seule bombe supplémentaire.
Un pari risqué. Le régime a tellement verrouillé le pays par la peur et les pendaisons massives médiatisées, qu’il n’est pas du tout certain que les Iraniens prennent le risque de se faire massacrer une nouvelle fois en descendant dans la rue.
Les images provenant de Téhéran ces derniers jours montrent une population occupée à survivre plutôt qu’à se révolter.
Pendant ce temps, le monde arabe se désagrège. Comme d’habitude.
L’Égypte vit dans l’angoisse obsessionnelle que le conflit s’étende au point de bloquer le canal de Suez. Pour Le Caire, c’est une menace existentielle. Pris à la gorge, le plus grand pays arabe, fait le dos rond en attendant que la situation s’éclaircisse.
Les Émirats ont décidé de trancher. Leur sortie de l’OPEP, effective à partir du 1er mai, est un séisme. Après près de soixante ans au sein du cartel, Abu Dhabi tire sa révérence, non sans avoir encaissé des semaines d’attaques iraniennes sur son territoire.
Le message est politique autant qu’économique. Les Émirats avancent désormais seuls. La cohésion des monarchies du Golfe vient de perdre l’un de ses piliers. Abu Dhabi, qui a reçu plus de bombes que tout autre pays, défend une ligne plus dure face aux gardiens de la révolution.
La Syrie, elle, tente l’impossible. Rester hors du conflit tout en gérant ses propres fantômes. Cette semaine encore, de nouveaux tunnels du Hezbollah ont été découverts à la frontière Syro-libanaise, dans la région de Homs. Des galeries bétonées, que la milice avait construites pendant des années pour faire transiter armes et combattants.
Damas ne veut pas intervenir. Pas encore. Mais, si, pour une raison irrationnelle de plus, le Hezbollah continue ses provocations et ses trafics à travers une frontière mal contrôlée, Ahmed El Chareh devra s’y résigner. Pour le plus grand malheur du Liban.
Le Hezbollah, lui, est affaibli et privé d’une partie de ses routes d’approvisionnement depuis la chute d’Assad, mais il fait mine de survivre, dans les ruines de ce qui fut le Sud-Liban..
Les acteurs qui ont une vision claire de leurs objectifs ne sont pas arabes.
L’Iran d’abord . Malgré l’étranglement économique et les frappes, il tient ses proxys à bout de bras, Hezbollah, Hachd al-Chaabi, Houthis. Téhéran encaisse et calcule. Un régime qui a survécu à huit ans de guerre contre l’Irak de Saddam et à des décennies de sanctions n’est pas près de capituler sous la pression d’un blocus. Bien au contraire, plus le chaos est grand et plus les mollahs voient leur espérance de vie rallonger.
La Turquie avance ses pions en Syrie tout en se posant en médiateur respectable. Ankara se veut désormais, le protecteur des sunnites du Moyen-Orient. Et y réussit pour le moment, malgré la tension de plus en plus grande avec Tel-Aviv. Pour l’heure Erdogan bénéficie de la bienveillance américaine. Peut-être pas pour très longtemps.
Israël poursuit sa logique de sécurité maximale: démanteler l’axe iranien, morceau par morceau et ne céder sur aucun front.
Ce sont trois puissances non arabes qui dictent le tempo d’une guerre où les pays arabes sont davantage spectateurs que souverains. L’OPEP se fissure. Les capitales regardent ailleurs. Et le régime iranien tient. Par la terreur, mais il tient.
Il est pourtant un pays qui refuse ce destin. Le Liban tente quelque chose d’inédit. Négocier directement avec Israël, sous parrainage américain. Une tentative en solo pour se délier enfin des chaînes qui ont entravé son avenir depuis 50 ans et en ont fait le défouloir de la région. Le Liban ne veut plus être la variable d’ajustement des guerres des autres. Il reste à voir si ces autres le lui permettront.
Dans sa fable Les loups et les brebis, La Fontaine disait: «les grands mangent les petits».
Et si cette fois, le petit se rebiffait…




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