Le Liban fera-t-il partie de l’accord en préparation entre les États-Unis et l’Iran ? Si cette question fait partie de celles, multiples, qui taraudent les esprits, une première prudence s’impose, du moins, à l’heure actuelle.
D’abord, parce qu’aucun accord n’a encore été entériné. Ensuite, parce que sur la base des précédentes déclarations israéliennes, le dossier libanais ne fait et ne fera pas partie du périmètre des arrangements négociés entre Washington et Téhéran. On rappelle, à cet égard, que, dès le mois d’avril dernier et au lendemain de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, avait affirmé que la trêve «n’incluait pas le Liban». Une assertion que continue de partager Washington, qui a insisté, de nouveau, sur le droit israélien à se protéger contre toute menace.
Dès lors, et en l’absence d’accord définitif, quels pourraient être les différents scénarios susceptibles d’affecter le Liban ?
Ni au cœur des négociations, ni absent
Dans un entretien accordé à Ici Beyrouth, le général à la retraite, Khalil Hélou, invite d’abord à replacer les discussions irano-américaines dans leur cadre global. Selon lui, le Liban n’est pas au centre des négociations actuelles. Celles-ci sont, en effet, dominées par deux axes majeurs qui sont, d’une part, le dossier nucléaire iranien et, d’autre part, la question stratégique du détroit d’Ormuz.
Dans ce contexte, le Liban apparaît en périphérie. Du côté iranien toutefois, la lecture est différente. Téhéran cherche à inscrire ses positions régionales dans le cadre des négociations, notamment en liant le sort de ses «proxies» régionaux à un éventuel accord global. Le Liban figure ainsi parmi les dossiers que la République islamique souhaiterait voir pris en compte dans un arrangement élargi.
Or, comme le souligne le général Hélou, cette position relève avant tout du discours iranien et ne reflète, en aucun cas, une convergence avec Washington ou Tel-Aviv. «Aucun élément concret n’indique que les États-Unis envisagent d’intégrer le Hezbollah dans une logique de concessions liées à l’accord en préparation», lance-t-il, avant d’ajouter que les signaux émanant des États-Unis et d’Israël suggèrent que le Liban demeure un dossier distinct, appelé à être exclusivement traité dans le cadre des négociations libano-israéliennes.
Dans le même ordre d’idées, Washington poursuit une ligne de pression constante, renforcée ces dernières semaines par de nouvelles sanctions visant des figures du Hezbollah (dont des députés) et du mouvement Amal, mais aussi, fait notable, certains responsables en fonction au sein des appareils sécuritaires libanais», rappelle-t-il.
Les déclarations israéliennes récentes confortent d’ailleurs cette lecture. Dimanche, Benjamin Netanyahou affirmait s’être entendu avec Donald Trump sur le maintien de la liberté d’action d’Israël face à toute menace, y compris au Liban, confirmant ainsi que le dossier libanais reste, pour Tel-Aviv, avant tout une question sécuritaire autonome.
Plus encore, lundi, lors d’une réunion sécuritaire, le chef d’état-major Eyal Zamir a réclamé des frappes contre des bâtiments à Beyrouth en réponse aux drones du Hezbollah, tout en soulignant qu’Israël ne disposait pas d’une totale liberté d’action au Liban en raison des restrictions américaines.
De son côté, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a plaidé pour une riposte beaucoup plus offensive, estimant que chaque drone kamikaze devrait entraîner la destruction de plusieurs bâtiments à Beyrouth et qu’Israël devait «changer les règles du jeu» plutôt que se limiter à une posture défensive.
Les scénarios possibles pour le Liban
Dans l’hypothèse où un accord irano-américain verrait le jour, plusieurs trajectoires pourraient se dessiner pour le Liban, sans que son statut soit nécessairement clarifié dans le texte final.
Un premier scénario serait celui d’une inclusion explicite du Liban dans l’accord. Dans ce cas de figure, l’Iran obtiendrait un arrêt des opérations militaires israéliennes sur le territoire libanais dans le cadre d’un compromis régional plus large. Le Hezbollah pourrait alors présenter cet aboutissement comme une victoire indirecte, obtenue grâce à l’intervention de son allié iranien, là où les négociations directes entre Beyrouth et Tel-Aviv n’ont pas permis de résultats concrets.
Une telle évolution pourrait également s’accompagner d’un allègement partiel des sanctions économiques visant l’Iran et du dégel de certains avoirs gelés à l’étranger. Une dynamique qui renforcerait mécaniquement les capacités financières de la République islamique et pourrait, potentiellement, se traduire par un soutien accru à ses réseaux régionaux, dont le Hezbollah.
Une éventualité improbable, comme le suggère le général Hélou, au regard du refus, notamment israélien, de faire converger les dossiers.
Un deuxième scénario serait celui d’un accord américano-iranien limité à une désescalade globale, sans traitement direct de la question libanaise. Dans ce cas, les tensions entre Israël et le Hezbollah pourraient diminuer sans disparaître, tandis que les négociations libano-israéliennes sur les frontières et les zones contestées conserveraient leur rôle central.
C’est précisément l’analyse du général Hélou, selon laquelle l’évolution du front libanais dépend moins de Washington que des choix stratégiques israéliens. S’il estime que les États-Unis ont parfois réussi à contenir certaines escalades, notamment en limitant l’ampleur des frappes sur la banlieue sud de Beyrouth, il considère qu’ils ne disposent pas d’un contrôle déterminant sur les décisions opérationnelles israéliennes.
Enfin, un troisième scénario verrait l’accord se limiter à stabiliser les relations entre Washington et Téhéran, sans retombées directes sur le Liban. Dans cette configuration, les dossiers liés au Hezbollah, au désarmement ou au retrait israélien resteraient traités dans des cadres distincts, prolongeant une situation de statu quo instable.
Et si l’accord échoue ?
Reste enfin l’hypothèse de l’échec des négociations. Une perspective qui ne peut être écartée, tant les divergences demeurent importantes sur les dossiers clés, en particulier le nucléaire.
Le général Hélou rappelle que ce point constitue, pour Washington, un enjeu central et non négociable, les États-Unis redoutant qu’un Iran conservant ses capacités d’enrichissement ne franchisse un seuil jugé stratégique.
En cas d’échec, plusieurs conséquences pourraient affecter directement le Liban. La première serait la continuité de la situation actuelle, avec des frappes israéliennes qui se poursuivraient et une absence de perspective politique claire. La deuxième serait un risque d’escalade régionale plus large, dans laquelle les alliés de l’Iran, dont le Hezbollah, pourraient redevenir des leviers de pression dans un affrontement indirect avec Washington et ses partenaires.
Enfin, un échec prolongerait les logiques de confrontation et renforcerait les lignes dures des deux camps. Même le président américain, Donald Trump, a récemment affirmé ne pas vouloir «se précipiter» vers un accord, illustrant la persistance de fortes résistances au sein même du processus.




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