Téhéran annonce la fin des opérations, la crise s’apaise ?

La séquence d’escalade déclenchée dimanche soir entre l’Iran et Israël a-t-elle touché à sa fin ? C’est ce qui, du moins, ressort des dernières annonces venues de Téhéran lundi et des échanges de haut niveau entre Washington et Tel-Aviv, qui pourraient dessiner, à ce stade, un possible retour au contrôle d’une crise qui, en l’espace de moins de 48 heures, avait fait craindre un embrasement régional.

Lundi après-midi, l’agence de presse iranienne Fars, citant le Corps des gardiens de la révolution islamique, a annoncé «la fin des opérations des forces armées». Téhéran a toutefois précisé que si les «agressions et atrocités» devaient se poursuivre, notamment dans le sud du Liban, des «mesures bien plus sévères et plus écrasantes qu’auparavant» pourraient être prises. Une formulation qui combine l’arrêt tactique des opérations et le maintien d’une capacité de reprise immédiate.

Dans le même temps, la chaîne 12 israélienne, citant un responsable politique, a rapporté que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou et le président américain, Donald Trump, se sont entretenus. Selon cette source, Israël attend désormais «des instructions claires» sur la ligne de conduite à adopter.

Ces deux éléments combinés laissent entrevoir la possibilité d’un ralentissement, voire d’une mise en pause, de la dynamique d’escalade engagée depuis dimanche soir. Que s’est-il passé ?

Une séquence de violence rapide et contenue

Dimanche soir, plusieurs salves de missiles avaient été lancées depuis l’Iran en direction d’Israël, en réponse aux frappes israéliennes menées plus tôt dans la journée contre la banlieue sud de Beyrouth. Israël avait ensuite riposté en visant des infrastructures présentées comme stratégiques en Iran.

Au-delà de l’échange militaire, c’est l’équilibre fragile des négociations entre Washington et Téhéran qui semblait alors menacé, avec un risque de rupture durable du canal diplomatique.

Bien que brutale, la séquence apparaît désormais plus courte et plus encadrée qu’anticipé initialement, au regard des signaux actuels de désescalade contrôlée.

Beyrouth, point de déclenchement initial

C’est dans la capitale libanaise que s’est cristallisé le premier choc de cette séquence. La frappe israélienne menée dimanche contre la banlieue sud de Beyrouth a agi comme le déclencheur d’une nouvelle séquence militaire. Si la zone avait été épargnée en début de mois, cette fois, Israël est passé à l’acte, en réaction aux attaques du Hezbollah contre le nord de l’État hébreu.

On rappelle que, le 1er juin, une intervention directe de Donald Trump et d’intenses efforts diplomatiques avaient permis d’éviter une intervention similaire. La frappe de dimanche, visant deux appartements à Dahiyé, fief du Hezbollah, s’inscrit, selon David Rigoulet-Roze, rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques et spécialiste du Moyen-Orient, dans une logique anticipée par les acteurs eux-mêmes.

D’après lui, les autorités israéliennes estimaient que les tirs attribués au Hezbollah vers le nord d’Israël les déliaient des engagements de retenue précédemment observés. Dans cette lecture, la riposte israélienne ouvrait mécaniquement la voie à une réaction iranienne, Téhéran ayant clairement averti qu’une attaque contre ses alliés ne resterait pas sans réponse.

Cette mécanique d’action-réaction explique, par conséquent, la rapidité de l’escalade, désormais contenue. Quelques heures après la frappe sur Beyrouth, les Gardiens de la révolution iranienne lançaient plusieurs missiles vers Israël, affirmant défendre «l’axe de la résistance».

Une stratégie de rapport de force

Derrière cette démonstration militaire se cache un enjeu plus large, qui est celui des négociations entre l'Iran et les États-Unis.

Depuis plusieurs semaines, les pourparlers piétinent. Les dirigeants iraniens espéraient obtenir un assouplissement des positions américaines, notamment sur les sanctions économiques et les mécanismes de dégel des avoirs iraniens à l'étranger. Or, selon David Rigoulet-Roze, ce calcul s'est révélé erroné.

«Ils avaient parié que Trump était pressé et qu'il y aurait un compromis sur les lignes rouges. Ce n'est pas le cas», affirme-t-il. Bien au contraire, l'administration américaine a durci sa position. Comment ? En renforçant la pression économique ces dernières semaines, notamment à travers de nouvelles mesures visant les réseaux financiers permettant à l'Iran de contourner les sanctions. Washington a également refusé tout dégel immédiat des fonds iraniens, exigeant des garanties préalables sur la bonne foi du processus.

D’où une tentative de la part de l’Iran de modifier le rapport de force, en provoquant une escalade contrôlée, qui placerait le président Trump dans une position politiquement inconfortable. En agissant de la sorte, l’Iran entendait pousser Washington à assumer indirectement les représailles israéliennes, tout en faisant porter à Israël la responsabilité de la dégradation régionale. Or, contrairement aux attentes de Téhéran, Donald Trump ne considère ni le facteur militaire ni le facteur temps comme une contrainte majeure.

Ce sur quoi misent les États-Unis

Pour David Rigoulet-Roze, «les indicateurs économiques américains (croissance, stabilité des marchés et relative maîtrise des prix de l’énergie) offrent à Washington une marge stratégique importante».

Ainsi, la pression exercée sur l’Iran est avant tout économique. «Le véritable ‘secrétaire à la guerre’ aujourd’hui, ce n’est pas tant Pete Hegseth que Scott Bessent, le secrétaire américain au Trésor, qui met en œuvre sa stratégie d’«Economic Fury» », note l’expert. L’objectif américain serait d’asphyxier progressivement les capacités financières de la République islamique afin de la contraindre à négocier en position affaiblie.

«Quand il dit qu'il n'est pas pressé, ce n’est pas qu’une posture», suggère David Rigoulet-Roze, ne parlant de M. Trump. Selon lui, les dirigeants iraniens ont surestimé l'urgence politique pesant sur la Maison-Blanche. Or, «la hausse des indices boursiers et la relative maîtrise des prix de l’énergie en l’absence d’escalade offrent justement à Washington davantage de marge qu'escompté», affirme le spécialiste interrogé par Ici Beyrouth.

Il n’en demeure pas moins que, pour David Rigoulet-Roze, ceux qui voient dans cette flambée de violence la dernière crise avant un accord historique entre Washington et Téhéran risquent de se tromper. «Il ne faut rien présager compte tenu de la situation», tranche-t-il. Selon lui, les lignes rouges des deux camps demeurent intactes et aucun n'est aujourd'hui prêt à céder sur les questions fondamentales, notamment le nucléaire iranien.

 

 

Commentaires
  • Aucun commentaire