Ils n’ont pas attendu vendredi. Les deux présidents, Trump et Pezeshkian, ont signé le mémorandum d’entente entre l’Iran et les États-Unis, pour lui donner plus de solennité.
En publiant son contenu, les Américains ont voulu essentiellement rassurer leurs alliés et leur opinion publique. Une manière de dire, non! Cette guerre n’était pas inutile.
Une chose est sûre, il n’est pas question d’un accord de paix.
Ce dont nous parlons est d’une trêve de soixante jours, un couloir diplomatique ouvert à la hâte entre deux belligérants épuisés.
L'effet immédiat le plus concret, c'est la réouverture du détroit d'Ormuz, dont le blocus paralysait les marchés pétroliers mondiaux. Une ouverture progressive couplée à la levée du blocus américain des ports iraniens. Mais les vraies questions: le nucléaire iranien, les missiles balistiques, les sanctions…restent à discuter. Sans parler de la chute du régime iranien passée aux oubliettes.
Toutes ces questions sont renvoyées aux deux mois de négociations à venir. On ouvre une parenthèse. On ne ferme pas le dossier. Et les deux parties ne sont même pas d'accord sur ce que dit le texte, chacune l’interprétant à sa manière.
En résumé, pour le moment, le titre de la séquence serait: 60 jours pour échouer.
Sur le nucléaire, le texte stipule que l’Iran devra «diluer» son uranium enrichi sous supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Et si Téhéran ne le fait pas, les bombardements reprennent, a averti le président américain.
Ce qui reste à négocier est, précisément, l'essentiel. Tout ce qui compte structurellement reste suspendu.
La question des proxies en est un autre exemple. Le Hezbollah, les Houthis, les milices irakiennes, le Hamas, qui, soit dit en passant, refuse toujours de désarmer à Gaza. L'Iran a construit depuis des décennies un réseau de puissance par procuration. Les États-Unis veulent que ça s'arrête. Téhéran considère que ça ne regarde pas Washington. Sur ce point, il n'y a pas d'esquisse d'accord. Il y a une impasse.
Et c’est là qu’apparaît le Liban qui essaie de ne pas disparaître.
Pour Beyrouth, la situation devient proprement suffocante. L’accord inclut un cessez-le-feu complet au Liban, couvrant l'ensemble des fronts et des opérations militaires. En d'autres termes, Téhéran a parlé au nom du Liban, sans que le Liban ait été consulté, ni consentant.
L’Iran veut garder le petit pays en otage, à la manière d’une mante religieuse qui tue d’un amour forcé. La milice illégale «libanaise» n’en finit pas de roucouler de plaisir devant ce tableau cauchemardesque.
Le secrétaire général du Hezbollah s’est confondu en remerciements et ronds de jambes. Pour lui, l’Iran «a tout donné, sans rien réclamer en retour au Liban et à son peuple». Ben voyons! Un si bel «amour» valait bien près de 4.000 morts, un million de déplacés et la destruction du Sud du pays.
Dans la réalité, le Liban est écartelé entre quatre forces qui poussent chacune vers une direction différente. Le pays est comme sur un élastique que trop de mains tirent en même temps. Plus il s'efforce de s'arracher à l'orbite iranienne, plus la tension monte, et dès qu'il y a le moindre relâchement, l’élastique le ramène à son point de départ.
Il y a les États-Unis, qui pilotent les négociations et pressent Beyrouth d'avancer vite. Donald Trump a affirmé que le président libanais Joseph Aoun pourrait se rendre à Washington d’ici une à deux semaines. Une manière de soutenir la souveraineté malmenée du Liban.
Il y a Israël, qui refuse de retirer ses troupes du sud du Liban, tant que le Hezbollah n’est pas désarmé et ne s’estime pas concerné par l’accord. l'Iran, qui instrumentalise le dossier libanais comme monnaie d'échange, et maintenant la Syrie.
Dans l’une de ses sorties dont il a le secret, le président américain a estimé que Damas serait plus efficace que les Israéliens dans la lutte contre la milice pro-iranienne . Il a même appelé le président syrien pour en parler.
Pour le moment Ahmed El Chareh, dément toute velléité d’intervention au Liban. Mais la Syrie a toujours regardé son voisin avec les yeux du désir. En cas d’intervention militaire de Damas, les ingrédients d’un conflit sunnites-chiites seraient réunis pour l’apothéose meurtrière finale. Par chance, l’Arabie saoudite et la Turquie sont fermement opposées à ce projet.
Quelle est la solution, me direz-vous? Il n’y en a qu’une seule. Celle que l’État a choisie. La négociation directe à Washington. On a bien compris que l’Iran a réussi à donner l’illusion d’être le sauveur en proclamant tout haut un cessez-le-feu au Liban. Mais tout cela est du cinéma.
Si retrait israélien il y a un jour, il se fera dans le cadre de discussions directes entre Libanais et Israéliens . L’équation est claire: retrait contre paix et désarmement des milices illégales. L’intérêt du Liban n’est pas ailleurs.
Parce qu’il y a un moment où il faut dire stop. Stop à la «brillante stratégie» du Hezbollah qui a réussi en 3 mois à ramener les Israéliens sur le château de Beaufort et mis les Syriens en situation de reprendre la Bekaa. Si quelqu’un voit l’interêt du Liban dans tout cela, qu’il nous livre le fruit de son raisonnement.
Le drame du Liban est qu’il est toujours au centre des négociations et jamais au centre des décisions.
Charles De Gaulle disait: «Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts.»
Et si, pour une fois, nous suivions les nôtres!




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