Le Conseil des ministres a approuvé, lundi, la création de la Société de l’Aéroport international de Beyrouth (AIB), sur proposition du ministère des Travaux publics et des Transports. Cette décision marque une étape majeure dans l’application de la loi sur l’aviation civile adoptée en 2002, mais restée largement inappliquée pendant plus de deux décennies.
Cette loi s’inscrivait dans la vague de réformes engagées à la suite de la conférence Paris I en 2001, qui visait à moderniser la gouvernance des infrastructures publiques et à renforcer l’efficacité de leur gestion.
Une société pour centraliser l’exploitation et les investissements
La nouvelle entité aura pour mission de regrouper l’ensemble des activités d’exploitation et d’investissement de l’aéroport, aujourd’hui réparties entre plusieurs contrats et opérateurs. Elle deviendra ainsi l’opérateur unique de l’AIB, responsable de la gestion des infrastructures, des services commerciaux et des opérations aéroportuaires.
Cette décision complète le dispositif institutionnel mis en place en 2025 avec la création de l’Autorité générale de l’aviation civile, chargée de la supervision et de la régulation du secteur aérien.
Un modèle inspiré d’Aéroports de Paris
La réforme libanaise repose sur un principe largement appliqué à l’échelle internationale : la séparation entre les fonctions de régulation et celles d’exploitation. Le modèle envisagé pour l’Aéroport international de Beyrouth s’inspire notamment de celui d’Aéroports de Paris (ADP).
En France, ADP agit comme un opérateur aéroportuaire intégré chargé de l’exploitation des infrastructures, des activités commerciales et du développement immobilier des plateformes aéroportuaires. Son activité est toutefois encadrée par l’État, qui assure les fonctions de régulation et de contrôle à travers des normes strictes en matière de sécurité, de performance et de transparence.
Le Liban cherche à adopter une architecture similaire. La Société de l’Aéroport international de Beyrouth concentrera les activités d’exploitation et d’investissement, tandis que l’Autorité générale de l’aviation civile exercera les fonctions de supervision et de contrôle du secteur.
Toutefois, contrairement au modèle français, dont les mécanismes de gouvernance sont solidement établis, le principal défi au Liban résidera dans la mise en place effective de garde-fous institutionnels garantissant l’indépendance du régulateur, la transparence des décisions et la reddition des comptes.
Une société au périmètre élargi
Entièrement détenue par l’État, avec la possibilité d’une ouverture partielle de son capital conformément à la législation en vigueur, la Société de l’Aéroport international de Beyrouth regroupera des activités jusqu’ici fragmentées : exploitation des infrastructures, gestion des boutiques, restaurants, duty free et parkings, fret aérien, catering, carburant, ainsi que certaines opérations techniques et logistiques.
Elle sera également responsable de l’organisation interne de l’aéroport, de la gestion des espaces et de la perception des redevances. Certaines activités pourront être confiées à des sous-traitants dans le cadre d’un plan de gestion unifié.
Une autorité de régulation aux compétences étendues
L’Autorité générale de l’aviation civile conservera un rôle central dans l’encadrement du secteur. Elle sera chargée de la sécurité aérienne, de la délivrance des licences, de la supervision des compagnies aériennes, de la navigation aérienne, ainsi que des services météorologiques et des communications aéronautiques.
Elle définira également les conditions d’exploitation des aéroports, supervisera les infrastructures, approuvera les tarifs et veillera à l’application des conventions internationales.
Au-delà de ses missions techniques, elle devra garantir une concurrence équitable entre les opérateurs et contribuer à l’amélioration de la qualité des services offerts aux passagers.
Gouvernance: le véritable test de la réforme
Si la création de la société constitue une avancée importante, le succès de la réforme dépendra avant tout de sa mise en œuvre.
La question centrale demeure celle de la gouvernance. Dans un contexte où la nouvelle société concentrera d’importantes activités économiques et commerciales, les enjeux concernent notamment la prévention des conflits d’intérêts, la transparence dans l’attribution des contrats et la capacité du régulateur à exercer un contrôle indépendant et efficace.
L’expérience libanaise montre en effet que la création de nouvelles structures ne garantit pas, à elle seule, une amélioration de la gouvernance. Tout dépendra de l’autonomie réelle des institutions, de la qualité des mécanismes de contrôle et du respect des règles de transparence.
Une réforme enfin lancée, mais encore à prouver
Avec cette décision, le Liban amorce enfin la modernisation de son modèle de gestion aéroportuaire après plus de vingt ans d’attente.
Mais comme souvent dans les réformes publiques, le plus difficile commence maintenant. La création de la Société de l’Aéroport international de Beyrouth et de l’Autorité générale de l’aviation civile ne garantira ni la transparence ni l’efficacité du système. Leur succès dépendra de leur capacité à fonctionner de manière autonome, à résister aux interférences politiques et à imposer des règles de gouvernance crédibles.
Le défi est d’autant plus important que les expériences menées dans d’autres secteurs, notamment l’énergie, les télécommunications et la gestion des déchets, ont souvent révélé les limites des autorités de régulation lorsqu’elles ne disposent pas d’une indépendance suffisante pour faire respecter les règles du jeu et protéger la concurrence.
Après plus de vingt ans de retard, le véritable enjeu n’est donc plus de réformer les textes, mais de faire vivre les institutions.




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