À quelques jours de son concert du 25 juillet dans le cadre des Beirut Holidays, Ibrahim Maalouf revient sur le lien singulier qui l’unit à Beyrouth, dévoile l’esprit de son nouveau spectacle T.O.M.A. et explique pourquoi transmettre, dialoguer et revenir jouer au Liban constituent aujourd’hui un même engagement.
Il joue sur les plus grandes scènes du monde, remplit des salles immenses et enchaîne les tournées internationales. Pourtant, lorsqu’il est question de Beyrouth, Ibrahim Maalouf ne parle plus de carrière, de public ou de succès. Il parle d’origine, d’émotion et d’appartenance.
À quelques jours de son retour au Liban, où il se produira le 25 juillet dans le cadre des Beirut Holidays, le trompettiste retrouve une scène qui occupe une place à part dans son parcours.
Lorsqu’on lui demande ce que Beyrouth fait naître en lui que les autres villes ne provoquent pas, sa réponse est immédiate. «À Beyrouth, c’est toujours différent. C’est la ville où je suis né, donc y jouer a une résonance particulière. Le public libanais est exigeant, parfois même difficile, mais c’est justement ce qui rend chaque concert si intense. J’éprouve toujours une immense émotion lorsque je me produis au Liban, et plus encore à Beyrouth. Il existe un lien presque instinctif, familial, amical, quelque chose de profondément enraciné qui ne ressemble à rien de ce que je vis ailleurs.» Puis il ajoute une phrase qui résume à elle seule cette relation unique avec son pays natal.
«Même devant 500 personnes à Beyrouth, je ressens davantage d’émotion que face à 80 000 spectateurs dans un grand festival ou une arena. Parce qu’au fond, c’est là que tout a commencé. Je viens de là.» Ces mots éclairent d’un jour particulier ce retour sur scène. Pour Ibrahim Maalouf, il ne s’agit pas simplement d’une date supplémentaire dans une tournée mondiale, mais d’un rendez-vous avec une ville qui demeure le point d’ancrage de son histoire personnelle autant que musicale.
Une nouvelle étape placée sous le signe de la transmission
Ce concert sera aussi l’occasion de présenter T.O.M.A., pour Trumpets of Michel-Ange, un projet qui marque selon lui un tournant majeur.
«T.O.M.A. est une nouvelle aventure. C’est une nouvelle page qui s’ouvre dans ma vie parce qu’elle marque le début d’un passage de relais. Mon souhait est de transmettre à tous les musiciens qui le désirent tout ce que mon père, Nassim Maalouf, m’a appris sur la trompette qu’il a inventée dans les années 1960.»
Derrière ce spectacle se cache une préoccupation beaucoup plus profonde qu’un simple renouvellement artistique. «J’ai été son seul véritable élève sur cet instrument. Si je m’arrêtais là, ou si je disparaissais un jour, je m’en voudrais de ne pas avoir partagé cet héritage. Je veux que ce qu’il a créé continue d’exister et ne disparaisse pas avec moi. C’est le cœur même de ce projet: la transmission.»
Au fil des années, cette idée s’est imposée comme une évidence. «C’est une idée qui m’habite depuis longtemps, mais qui a mûri avec le temps. Aujourd’hui, elle me paraît plus nécessaire et plus indispensable que jamais.»
T.O.M.A. est aussi pensé comme une célébration. «C’est une immense fête, un mariage symbolique. Le mariage représente l’union, l’espoir, la volonté de construire quelque chose ensemble, pour le meilleur comme pour le pire. Je trouve que c’est l’un des plus beaux messages d’espoir que l’on puisse porter aujourd’hui, surtout dans le contexte que nous traversons.»
À travers ce projet, Ibrahim Maalouf ne cherche donc pas seulement à faire évoluer son univers musical. Il entend transmettre une histoire familiale, préserver un patrimoine et ouvrir cette tradition à une nouvelle génération de musiciens.
«La musique est un formidable moteur d’empathie»
Depuis toujours, sa musique mêle jazz, influences orientales, classique et musiques populaires. On lui demande souvent si elle cherche encore à bâtir des ponts entre les cultures. Lui préfère déplacer légèrement la question. «Je ne sais pas si ma musique cherche à bâtir des ponts. En revanche, je suis profondément convaincu que le métissage, le dialogue et le croisement des cultures constituent l’une des clés de la paix. Que ce soit dans une famille, une entreprise, un groupe de musiciens ou entre les peuples, tout commence par la capacité à comprendre le regard de l’autre.»
Pour lui, le métissage ne relève pas d’un simple mélange d’influences. «C’est accepter de changer de point de vue, de voir ce que l’autre voit et que nous ne voyons pas. Cela demande de la diplomatie, de l’écoute, de la compréhension et surtout de l’empathie.»
Cette empathie, la musique possède selon lui une capacité unique à la faire naître. «Pour moi, la musique est un formidable moteur d’empathie parce qu’elle s’adresse directement à nos émotions. Lorsqu’on ne ressent plus rien, lorsqu’on a été trop blessé et que le cœur se ferme, il reste encore une porte d’entrée: la musique. Elle nous permet de retrouver la joie, la tristesse, les larmes, l’amour. Elle nous aide à communiquer ce qui dépasse les mots.»
Cette conviction dépasse largement le domaine artistique. «C’est pour cela que je crois au dialogue entre les cultures, mais aussi entre les générations, entre les religions et entre toutes les sensibilités. Écouter la musique sacrée d’une autre tradition, par exemple, c’est déjà accepter d’entrer dans le regard de l’autre. La musique nous apprend à ressentir davantage, et c’est peut-être ainsi qu’elle nous rend aussi plus capables de nous comprendre.»
Dans ce contexte, son retour au Liban prend naturellement une dimension particulière. Sans hésiter, Ibrahim Maalouf le décrit d’abord comme un choix artistique et un choix du cœur. Malgré une carrière qui le mène chaque année aux quatre coins du monde, il ne peut imaginer ne pas revenir jouer dans son pays, encore moins avec un spectacle directement inspiré de l’héritage laissé par son père au Liban.
Il y voit aussi une forme de résistance culturelle. Continuer à créer, à jouer et à rassembler constitue, selon lui, une manière d’affirmer que le Liban ne se résume pas à ses crises. À travers ce concert, il veut rappeler que la solidarité demeure une force essentielle et que la culture reste l’un des plus puissants moyens de maintenir vivant ce qui unit les Libanais.
Le 25 juillet, Ibrahim Maalouf offrira au public beyrouthin, un retour aux sources, une transmission assumée et, peut-être plus que tout, une déclaration de fidélité à une ville où, comme il le dit lui-même, «tout a commencé».




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