Près de quarante et un ans après la suspension des liaisons aériennes directes entre les États-Unis et le Liban, le président américain, Donald Trump, change la donne. C’est par une décision prise mardi que le locataire de la Maison Blanche a chargé son administration d’autoriser les compagnies aériennes américaines à assurer des vols directs vers Beyrouth.
L'annonce, faite à l'issue de sa rencontre à la Maison Blanche avec son homologue libanais, Joseph Aoun, alors à Washington, a également et surtout valeur politique.
Dans les faits, il ne s'agit pas encore d'une reprise effective des vols, puisqu’aucune compagnie aérienne américaine n'a, à ce stade, annoncé l'ouverture d'une ligne vers Beyrouth. En effet, et avant toute reprise des dessertes, les autorités américaines devront procéder à une évaluation complète des dispositifs de sécurité de l'aéroport international de Beyrouth (AIB). Les transporteurs conserveront ensuite toute latitude pour décider (ou non) d'exploiter cette nouvelle possibilité. En attendant, retour sur les causes qui ont provoqué, dans le passé, un arrêt des vols directs entre les deux pays.
Une interdiction vieille de quatre décennies
La décision annoncée par M. Trump met fin à une interdiction qui remontait à 1985. Cette année-là, le détournement du vol TWA 847, reliant Athènes à Rome, avait provoqué la rupture aérienne entre Beyrouth et Washington. Pourquoi?
Nous sommes le 14 juin 1985, lorsque le Boeing de la compagnie américaine Trans World Airlines (TWA) est contraint d'atterrir dans la capitale libanaise, après avoir été détourné par des membres du Hezbollah. Pendant 17 jours, les 153 passagers sont retenus en otage. Un plongeur de la marine américaine, Robert Stethem, est assassiné puis son corps jeté sur le tarmac de l'aéroport de Beyrouth. L'affaire provoque une onde de choc considérable aux États-Unis et conduit l'administration du président américain de l’époque, Ronald Reagan, à interdire aux compagnies américaines de desservir le Liban.
Cette décision n’était alors pas anodine, puisque les années 1980 avaient été marquées par une succession d'attentats visant des intérêts américains au Liban. On rappelle notamment l'attentat perpétré contre l'ambassade des États-Unis, en 1983, puis celui contre la caserne des Marines à Beyrouth, qui avait coûté la vie à 241 militaires américains.
Le détournement du TWA a été la goutte qui a fait déborder le vase. Depuis, aucune compagnie américaine n'a repris de liaison régulière vers Beyrouth. Les voyageurs souhaitant rejoindre le Liban depuis les États-Unis devaient transiter par Paris, Londres, Francfort, Istanbul, Doha, Dubaï ou encore Amman.
Aujourd’hui, cette interdiction aura été levée. Que signifie une telle démarche et pourquoi maintenant?
Un signal de confiance… sous conditions
L'annonce du président américain s’inscrit dans le cadre d’efforts, menés depuis plusieurs mois, par Washington vis-à-vis du Liban. La capitale américaine cherche, soulignons-le, à renforcer les institutions étatiques libanaises, en particulier l'armée, considérée comme l'interlocuteur privilégié des États-Unis dans la mise en œuvre des arrangements sécuritaires négociés avec Israël.
La décision intervient aussi à l’issue d'un entretien entre Donald Trump et Joseph Aoun, au cours duquel les deux dirigeants ont évoqué le soutien américain au Liban, le renforcement de l'armée ainsi que la poursuite des réformes. En autorisant à nouveau les compagnies américaines à envisager des vols vers Beyrouth, Washington envoie un message de confiance à l'égard des autorités libanaises et de leur capacité à assurer la sécurité de leurs infrastructures.
Le geste revêt également une dimension diplomatique. Depuis plusieurs décennies, la liaison aérienne directe constituait l'un des symboles les plus visibles de la méfiance américaine envers le Liban. Son éventuel rétablissement traduit la volonté de normaliser progressivement certains aspects de la relation bilatérale.
Cette décision demeure toutefois largement conditionnelle. La Federal Aviation Administration (FAA) devra d'abord réaliser une inspection complète des mesures de sûreté de l'AIB. Ce n'est qu'à l'issue de cette procédure que les compagnies américaines pourront décider si les conditions commerciales et sécuritaires justifient l'ouverture d'une ligne.
Parallèlement, le département d'État américain continue de déconseiller les voyages au Liban, invoquant les risques liés à la situation sécuritaire régionale. De quoi faire patienter ceux qui attendaient une éventuelle reprise des vols directs entre les deux pays.
Un potentiel économique important
Si elle se concrétise, la reprise des vols directs pourrait avoir des retombées bien au-delà du secteur aérien.
Les États-Unis accueillent l'une des plus importantes diasporas libanaises au monde. Aujourd'hui, chaque voyage vers Beyrouth implique au minimum une escale, allongeant les temps de trajet et augmentant le coût des billets. Une liaison directe faciliterait les déplacements familiaux, universitaires et professionnels.
Le tourisme pourrait également en bénéficier. Les vols directs constituent souvent un facteur déterminant dans le choix d'une destination, tant pour les voyageurs individuels que pour les tours-opérateurs. Pour le Liban, qui tente de relancer son économie après plusieurs années de crises successives, l'ouverture du marché américain représenterait une opportunité supplémentaire.
Le secteur des affaires pourrait lui aussi tirer profit d'une telle évolution. Les entreprises américaines présentes au Liban, les investisseurs de la diaspora ainsi que les organisations internationales bénéficieraient d'une connectivité renforcée avec Beyrouth.
À plus long terme, cette décision pourrait également contribuer à améliorer la perception du Liban auprès des marchés internationaux. Le retour éventuel de compagnies américaines constituerait un indicateur de confiance rarement observé depuis le début des années 1980.
Pour autant, la prudence reste de mise. Entre l'annonce présidentielle et le premier décollage d'un avion américain vers Beyrouth, plusieurs étapes demeurent incontournables. Entre validation des normes de sécurité, décisions commerciales des transporteurs, évolution de la situation régionale et éventuelle révision des recommandations du département d'État, les conditions politiques, sécuritaires et économiques devront encore être réunies avant que cette annonce ne se traduise concrètement dans les airs.




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