Il est difficile d’évaluer le projet de recapitalisation des banques avant la finalisation de la loi sur le gap financier, la détermination de la répartition des pertes et la définition de la part que chaque partie devra prendre en charge dans le processus de restitution des dépôts. Toutefois, bien que le projet n’ait pas encore été officiellement dévoilé et qu’il soit actuellement entre les mains du Fonds monétaire international (FMI), dans l’attente de l’ouverture d’un dialogue avec la Banque du Liban (BDL) afin d’en examiner les détails, son contenu permet déjà de dégager un certain nombre de constats, qui peuvent être résumés comme suit:
Premièrement: Le succès ou l’échec du projet dépendra de l’accord qui sera conclu concernant les dettes de l’État envers sa banque centrale, ainsi que des modalités de remboursement de ces dettes.
Deuxièmement: Les estimations montrent que la plupart des banques devront être recapitalisées, ce qui confirme que la majorité d’entre elles perdront la totalité ou la majeure partie de leurs fonds propres.
Troisièmement: Le montant des fonds nécessaires à la recapitalisation (2,268 milliards de dollars) reflète les estimations relatives à la taille de l’économie au cours des quelques années qui suivront la sortie de la crise. Il donne, à son tour, une indication sur la nouvelle dimension du secteur bancaire appelé à financer et à servir cette économie.
Quatrièmement: Il existe une prise en compte de la difficulté à attirer des investisseurs vers un secteur bancaire qui sera tenu de consacrer une partie du total des dépôts à leur remboursement, lequel s’étalera sur de nombreuses années. Cela explique la période de grâce de six ans, proposée par le projet, afin de permettre aux directions des banques de satisfaire à leur obligation de recapitalisation.
Cinquièmement: Tout en mettant l’accent sur la nécessité d’effectuer la recapitalisation en dollars frais, les idées avancées dans le projet prévoient de comptabiliser dans les fonds propres de base les montants injectés par les actionnaires en vertu de la circulaire 567 en 2020.
Sixièmement: La BDL se prépare à l’éventualité que certaines banques soient incapables de satisfaire aux conditions de recapitalisation, tandis que d’autres pourraient s’avérer non viables. Le projet proposé trace ainsi une voie claire pour le sauvetage des banques en difficulté et la liquidation de celles qui ne peuvent être sauvées.
Tous ces éléments, qui dessinent une véritable feuille de route pour permettre au secteur bancaire de renouer avec son rôle dans le financement de l’économie une fois la crise surmontée, semblent perdre toute leur portée si la condition fondamentale posée par le projet n’est pas satisfaite: la responsabilité de l’État dans le remboursement de ses dettes, afin de contribuer concrètement à la réussite du processus de restitution des dépôts.
À ce jour, aucun signe encourageant ne se profile dans cette direction, en raison de l’insistance du FMI à accorder la priorité, d’abord, au remboursement de la dette en eurobonds, puis, ensuite, aux dépenses destinées à combler les déficits et à couvrir les pertes liées à la guerre. Les finances publiques se trouveront ainsi contraintes par ces deux dossiers, de sorte qu’il sera difficile pour l’État de s’engager à rembourser ses dettes intérieures afin de soutenir le processus de restitution des dépôts à leurs ayants droit.
Ces priorités, qui ne tiennent pas compte des intérêts et des droits des déposants, se reflètent aujourd’hui dans les cours des eurobonds, qui ont grimpé jusqu’à frôler les 29 cents par dollar, confirmant ainsi que les fonds détenant ces obligations misent sur la politique du FMI, favorable à une amélioration de la valeur de recouvrement (Recovery Value), avant toute autre considération.



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