Déficit commercial: combien de dollars sortent réellement du Liban?

Le déficit commercial libanais s’est creusé au premier semestre 2026, atteignant 8,65 milliards de dollars, contre 7,87 milliards un an plus tôt, sur la même période. Les importations ont progressé de 5,6% à 10,15 milliards de dollars, tandis que les exportations ont chuté de 14,14% à 1,498 milliard. Ce déséquilibre pose une question essentielle: dans quelle mesure se traduit-il réellement par une sortie nette de devises du Liban?

Selon les chiffres de l’Administration des douanes libanaises, les importations ont augmenté de 539,86 millions de dollars sur un an, tandis que les exportations ont diminué de 246,73 millions. Le déficit commercial s’est ainsi accru de 786,60 millions de dollars, soit 10%.

Le déficit commercial ne mesure pas à lui seul la sortie de devises

Un déficit commercial de 8,65 milliards de dollars ne signifie pas que ce même montant a quitté le Liban ou a été prélevé sur les réserves de la Banque du Liban (BDL). La balance commerciale mesure l’écart entre la valeur des biens importés et celle des biens exportés, sans renseigner sur le mode de financement des importations ni sur l’origine des devises utilisées.

Les importations peuvent notamment être financées par les transferts des Libanais de l’étranger, les recettes touristiques, les revenus de services, les flux de capitaux ou les avoirs en devises détenus par les particuliers et les entreprises à l’étranger.

La question centrale est donc de savoir d’où proviennent les dollars qui financent les importations.

Dans une économie largement dollarisée, leur hausse peut certes accroître la demande de devises, mais elle ne permet pas, à elle seule, de mesurer une ponction équivalente sur les réserves officielles.

Un déséquilibre extérieur qui s’accentue

Pour autant, les chiffres restent préoccupants. Le taux de couverture des importations par les exportations est passé de 18,2% au premier semestre 2025 à 14,8% au premier semestre 2026.

Concrètement, pour 100 dollars de marchandises importées, les exportations ne représentent plus que 14,8 dollars, contre 18,2 dollars un an auparavant. Les autres sources de devises doivent donc potentiellement couvrir une part croissante des achats à l’étranger.

Importations: une hausse à nuancer

La progression de 5,6% des importations n’est pas nécessairement synonyme de dégradation économique. Elle peut refléter une reprise de la consommation, une amélioration de l’activité ou une augmentation des importations de biens d’équipement, de matières premières et d’intrants destinés à la production.

La structure des importations permet de nuancer le diagnostic. Les produits minéraux arrivent en tête, avec 2,457 milliards de dollars, soit 24,20% du total, suivis des perles, pierres précieuses et métaux, avec 1,371 milliard (13,51%), des produits des industries chimiques, avec 1,001 milliard (9,86%), et des machines et appareils électriques, avec 909 millions (8,96%).

Toutes les importations ne correspondent donc pas à de la consommation finale: une partie peut contribuer à l’investissement ou à la production locale. Leur impact sur la demande de devises n’est ainsi pas uniforme.

Exportations: le point le plus préoccupant

Le recul de 14,14% des exportations constitue en revanche un véritable signal d’alerte. En un an, celles-ci sont passées de 1,745 milliard à 1,498 milliard de dollars.

Cette baisse réduit la capacité du Liban à générer ses propres recettes en devises et accroît, toutes choses égales par ailleurs, sa dépendance à d’autres sources de dollars.

La structure des exportations révèle par ailleurs une forte concentration. Les perles, pierres précieuses et métaux représentent 397 millions de dollars, soit 26,54% du total, suivis des métaux communs et leurs ouvrages, avec 257 millions (17,14%), des produits des industries alimentaires, boissons et tabacs, avec 214 millions (14,31%), et des machines et appareils électriques, avec 179 millions (11,96%).

Ce recul pourrait notamment résulter de la baisse de la production industrielle et agricole destinée aux marchés extérieurs, des conséquences de la guerre et des tensions sécuritaires, ainsi que de la hausse des coûts de production, de transport et de l’énergie. Les problèmes de compétitivité et les difficultés d’accès à certains marchés pèsent également sur les exportateurs.

Suisse et Chine: une forte asymétrie

La géographie des échanges illustre également la difficulté du Liban à équilibrer ses flux commerciaux. La Suisse est le premier marché des exportations libanaises au premier semestre, avec 228 millions de dollars, soit 15,22% du total.

La Chine est, de son côté, le premier fournisseur du Liban, avec 1,280 milliard de dollars d’exportations vers le marché libanais, soit 12,61% des importations.

Cette asymétrie traduit la faiblesse persistante de la capacité exportatrice du Liban face à ses besoins d’importation.

L’enjeu: les entrées de dollars face aux besoins

Au-delà du déficit commercial, c’est l’équilibre global des flux de devises qui mérite d’être suivi. Les 8,65 milliards de dollars de déficit doivent être mis en perspective avec les transferts des expatriés, les recettes touristiques, les exportations de services, les mouvements de capitaux et les autres sources de devises.

L’enjeu pour l’économie libanaise est désormais de savoir si la reprise génère suffisamment de dollars grâce à la production, aux exportations et aux services, complétés par le tourisme et les transferts, pour financer ses besoins extérieurs, ou si elle repose principalement sur une consommation alimentée par des devises déjà disponibles.

C’est cet écart entre la capacité de l’économie à générer des devises et ses besoins de financement extérieur qui permettra de mesurer la solidité de la reprise libanaise.

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