Nabatiyé n’est pas encore tombée, mais elle est désormais directement prise dans le dispositif de pression israélien. Avec la multiplication des frappes qui touchent aussi bien la ville que les localités qui l’entourent, les appels des habitants à l’armée libanaise se sont succédé au cours des derniers jours.
Pour y répondre, l’institution militaire, déjà massivement implantée à Nabatiyé, a densifié son maillage militaire, multiplié les patrouilles et accru la visibilité de ses soldats et de ses positions dans la zone. Au vu de ces développements, jusqu’où Israël entend-il pousser son emprise autour de Nabatiyé?
L’objectif israélien
Avant d’aborder la question, il convient de rappeler que, depuis la prise de contrôle par Israël d'Ali Taher, la ville et les secteurs environnants sont massivement visés. Située au nord du Litani, Nabatiyé occupe une position stratégique au cœur des axes reliant l’Iqlim al-Touffah, Jabal Rihane et la Békaa.
À quelque 15 kilomètres de la frontière israélienne et à environ 600 mètres d’altitude, Ali Taher offre une vue dominante sur une large partie du Liban-Sud et sur les principaux axes menant à Nabatiyé. La hauteur constitue également un point de jonction entre les secteurs proches de la frontière et l’Iqlim al-Touffah, une zone montagneuse considérée depuis longtemps comme importante dans l’organisation militaire du Hezbollah.
Interrogé par Ici Beyrouth, l’ancien commandant du secteur sud du Litani, le général Khalil Gemayel, considère qu’à l’heure actuelle, l’objectif israélien ne consiste pas à pénétrer dans le cœur de Nabatiyé. «Les Israéliens ne sont pas déployés dans la ville et ne comptent pas le faire, du moins pas pour le moment», explique-t-il, précisant que leurs positions se trouvent principalement à Kfar Tebnite, aux abords sud de Nabatiyé el-Faouqa et à Ali Taher.
D’après lui, Israël chercherait surtout à conserver la capacité de frapper les secteurs où il identifie des cibles liées au Hezbollah. Les raids menés ces derniers jours contre Nabatiyé et les localités environnantes, telles que Kfar Remmane, Habbouche et Kfar Tebnit, illustrent cette stratégie. Le 6 septembre, l’ancien hôpital Ghandour situé à Nabatiyé et fermé depuis plusieurs années a été détruit et le bâtiment du ministère des Finances endommagé. Israël affirme avoir visé des infrastructures utilisées par le Hezbollah, notamment un centre de commandement installé dans l’ancien hôpital.
Le 7 septembre, le village de Kfar Remmane, à proximité immédiate de la ville, a été frappé à son tour. Au moins douze personnes ont péri des suites des bombardements. Pour Israël, il s’agissait d’éliminer des personnes impliquées dans le transfert d’armes du Hezbollah.
L’armée libanaise: renforcer une présence déjà là
C’est dans ce contexte que la présence de l’armée libanaise est devenue beaucoup plus visible à Nabatiyé. Le 8 septembre, plus d’une dizaine de véhicules militaires ont été déployés dans les principales rues de la ville, notamment sur la rue Mahmoud Fakih. Le mouvement a été largement salué par les habitants, dans une ville qui venait de subir plusieurs nuits de frappes particulièrement intenses.
Il convient toutefois de préciser que, contrairement à ce que pouvait laisser penser l’image d’un nouveau déploiement, l’armée n’est pas arrivée à Nabatiyé, elle y était déjà. Elle est également implantée dans les secteurs de Marjeyoun, Khiam, Kfar Kila, Deir Mimas et Bourj el-Moulouk, ainsi que dans les zones proches de la frontière avec Israël.
Le général Khalil Gemayel insiste précisément sur cette nuance. L’armée dispose à Nabatiyé d’une importante caserne comprenant différentes unités, un dispensaire et d’autres installations. Elle possède également des postes dans la région et effectue déjà des patrouilles.
Une réalité que nous confirme également un responsable militaire, interrogé par Ici Beyrouth, sous couvert d’anonymat. Selon lui, l’armée dispose depuis longtemps d’un maillage de positions dans la région et la visibilité accrue observée ces derniers jours correspond davantage à une intensification des missions qu’à une nouvelle implantation.
«Avec davantage de militaires sur les routes, davantage de patrouilles et de points de contrôle et d’observation, l’objectif est avant tout de rassurer une population directement exposée aux frappes», explique-t-on de source susmentionnée. Cette évolution répond donc aussi aux appels des habitants, qui cherchent à voir l’État davantage présent alors que la pression militaire israélienne s’intensifie.
Le contraste est d’autant plus important que cette présence libanaise ne signifie pas que l’armée dispose du pouvoir d’empêcher les frappes israéliennes. Le général Gemayel, tout comme le responsable militaire, souligne que «la décision d’attaquer appartient à Israël et que le simple déploiement de soldats libanais ne constitue pas une garantie contre les bombardements».
Une présence qui n’est donc pas sans risque. L’armée reste elle-même exposée. Le responsable interrogé rappelle, dans ce contexte, qu’une trentaine de militaires ont été tués au Liban-Sud depuis le début de l’escalade actuelle, contre environ 65 au cours des premières phases du conflit. Elle cite notamment le cas d’une patrouille dont le déplacement avait été communiqué à la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (Finul) et au mécanisme de surveillance, mais qui aurait malgré tout été visée par un drone israélien.
De quoi s’interroger sur les limites de cette guerre. Nabatiyé sera-t-elle seulement maintenue sous pression, ou finira-t-elle par devenir le prochain seuil de l’affrontement à l’approche des élections législatives en Israël?




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