13 000. C’est le nombre d’associations enregistrées auprès du ministère libanais de l’Intérieur. Politiques, religieuses, caritatives, sociales, sportives ou culturelles, elles couvrent des domaines très divers. À ce chiffre s’ajoutent chaque année entre 600 et 700 nouvelles structures. Mais combien sont réellement actives? Qui les finance et à quelles fins? Et comment s’assurer que les fonds reçus sont affectés aux objectifs annoncés?

Derrière l’ampleur du tissu associatif libanais se dessine une réalité difficile à cerner: certaines associations n’existent que sur le papier, tandis que les activités et les ressources financières d’autres restent peu documentées.

Des financements peu transparents

Les 13 000 associations recensées peuvent être réparties en trois grandes catégories: celles qui reçoivent des aides locales et étrangères et les consacrent à des projets sanitaires, sociaux ou environnementaux; celles qui perçoivent des fonds sans nécessairement les affecter à des projets concrets; et celles dont l’existence répond avant tout à une recherche de reconnaissance sociale et de visibilité.

La liberté d’association, garantie par l’article 13 de la Constitution libanaise et les conventions internationales, ne dispense pas ces organisations de leurs obligations légales, notamment en matière de gestion financière.

Un contrôle largement théorique

La surveillance des associations relève du ministère de l’Intérieur et des Municipalités, en vertu de la loi de 1909, héritée de l’époque ottomane. Leur création est soumise à une déclaration auprès de l’administration, qui conserve leurs statuts et peut intervenir en cas d’infraction («3elem wa Khabar»). Chaque année, elles doivent également fournir des documents justifiant leurs activités, leurs recettes et leurs dépenses. Les établissements reconnus d’utilité publique sont, pour leur part, soumis au contrôle financier de la Cour des comptes.

Dans les faits, la Direction générale des affaires politiques et des réfugiés, relevant du ministère de l’Intérieur, chargée notamment de leur suivi, manque de personnel pour surveiller plusieurs milliers d’organisations. Elle ne peut donc vérifier régulièrement la réalité des activités déclarées, l’origine des financements, notamment étrangers, ni l’utilisation des fonds.

Face à ces lacunes, la Direction générale réclame la création, au sein du ministère des Affaires sociales, d’un organisme spécialisé dans le suivi des associations et de leurs financements.

Le cadre légal existe, mais son application se heurte aux capacités limitées de l’administration. Avec plusieurs centaines de nouvelles associations chaque année, le contrôle du secteur reste largement insuffisant. La question n’est donc pas seulement de savoir combien d’organisations sont enregistrées, mais lesquelles exercent réellement une activité et dans quelle mesure leurs ressources sont utilisées conformément à leur objet.