Depuis la révolution islamique en 1979, l’influence de la République islamique s’est étendue de manière exponentielle, surmontant au passage de nombreux défis, au premier rang desquels figure la guerre Irak-Iran, qui a débuté un an après la révolution, en 1980, et qui a duré environ huit ans. Cette influence régionale a pris des dimensions bien plus profondes suite à un nombre d’événements internationaux importants, à l’instar de l’invasion de l’Afghanistan en 2001 et de l’occupation de l’Irak en 2003.

Téhéran a été le premier bénéficiaire des politiques américaines successives, qui ont concrètement écarté ses ennemis jurés, à savoir: les Talibans – qui ont triomphé de Washington et lui ont infligé une défaite cuisante, quels que soient les efforts déployés pour enjoliver cette dernière ou l’éluder –, Saddam Hussein et Oussama ben Laden. La question fondamentale est de savoir si le fait d’aboutir à ces résultats désastreux était délibéré, ou s’il s’agissait de simples coïncidences hasardeuses, ce qui est rarement le cas dans les politiques des grandes puissances.

La capacité de l’Iran à déployer avec succès ses ramifications dans un certain nombre de pays de la région – notamment en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen – a contribué à en faire une puissance régionale, même si certains acteurs internationaux ou arabes refusent de le reconnaître. Téhéran joue désormais dans la cour des grands et se retrouve à la table des négociations à Vienne avec les grandes puissances afin de relancer un accord élaboré également par l’ancien président américain, Barack Obama, et négocie avec ces pays jusque dans les moindres détails, tantôt en tergiversant, tantôt en facilitant les négociations, selon son bon vouloir.

Par ailleurs, le fait que l’Iran dispose d’un certain nombre de cartes régionales, par le truchement de ses ramifications locales – dont le pouvoir a été renforcé au détriment de la prospérité du peuple iranien, qui souffre de la pauvreté, de l’exclusion et de l’oppression – lui a donné un élan supplémentaire à la table des négociations et au niveau de ses pourparlers avec l’Arabie saoudite et de la normalisation de sa relation ambiguë avec les Émirats arabes unis, dont Téhéran occupe toujours trois îles: Abou Moussa, la Grande et la Petite Tomb.

Et puis, d’un coup, l’Iran débloque la formation du gouvernement au Liban pour entraver celle d’un cabinet en Irak ; ordonne au Houthis de bombarder les infrastructures vitales d’Abou Dhabi avant que le chef de la diplomatie iranienne ne se dépêche de se rendre sur place pour condamner l’attaque ; demande à son extension libanaise de s’attaquer à Riyad, tout en poursuivant avec lui des négociations sans la moindre interruption par souci de " préserver la sécurité et la paix dans la région ".

Mais comment expliquer cependant la décision américaine de retirer les Houthis de la liste des organisations terroristes après l’arrivée de président Joe Biden à la Maison Blanche, puis de condamner les attaques de cette organisation sur Abou Dhabi? Est-ce un hasard que Washington pousse au renforcement des capacités de défense des Émirats arabes unis pour contrer les attaques des rebelles? Peut-on dire, en toute innocence, que les États-Unis sont les premiers bénéficiaires des Houthis?

La politique des “deux poids, deux mesures” a longtemps imprégné les politiques occidentales, notamment vis-à-vis des questions arabes, à commencer par la cause palestinienne, qui est passée aux oubliettes après avoir été la cause centrale des Arabes. Au XXIe siècle, les Palestiniens sont le seul peuple à se trouver encore sous occupation, avec un occupant qui viole toutes les chartes, décisions et normes internationales, et qui poursuit sa politique d’expansion des colonies, tout en rejetant toutes les tentatives de règlement politique, en particulier celles fondées sur la solution des deux États, empêchant la création d’un État palestinien indépendant et viable. L’occupant se contente d’accorder aux Palestiniens des pouvoirs locaux limités sur des terres éparses, morcelées et parsemées de colonies illégales qui s’étendent sur tout le territoire, sans compter les barrages de sécurité qui persistent à les humilier et les opprimer.

Certains brandissent ainsi les slogans qui diabolisent Washington tout en négociant avec lui, et poussent simultanément les forces qui gravitent dans leur orbite à l’escalade dans la confrontation avec les États-Unis. Ils s’empressent ensuite de se rendre à Vienne pour réclamer la levée des sanctions qui leur sont imposées, ainsi que la libération de leurs fonds bloqués, souvent utilisés pour consolider leur influence régionale et fournir à leurs bras armés le financement nécessaire pour saper le pouvoir central et fragiliser les gouvernements dans les pays " soumis à leur domination ", toujours au service d’agendas en contradiction avec les intérêts nationaux directs de ces pays.

Le Liban caracole en tête des pays qui payent un lourd tribut du fait de ces politiques. Un pays qui a constamment été divisé et qui souffre d’une rupture à la fois verticale et horizontale au niveau de toutes les questions nationales, à commencer par l’identité, le rôle, la mission et la fonction régionale. Tous ces grands titres sont désormais confisqués par ces parties qui évoluent dans des directions totalement incompatibles avec la réalité historique libanaise, qui s’est continuellement appuyée sur son environnement arabe, au sein duquel le Liban a joué un rôle prépondérant depuis sa contribution à la création de la Ligue arabe en 1945, aux côtés de l’Arabie saoudite, la Jordanie, la Syrie, l’Irak et l’Égypte.

Il est regrettable que l’état d’isolement arabe sans précédent dans lequel le Liban se retrouve creuse davantage le déséquilibre des rapports de force et pousse le pays à s’enfoncer encore plus dans ledit “axe de la moumanaa ", en dépit de la volonté de ses fils. La solution serait un retour arabe progressif au Liban, et non par encore plus de repli.